‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 178 sur 205 · Chocph · texte numérisé non relu

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LA DESTINÉK HUMAINE

leur œuvre de destruction. Sous le nom général <YHybris (l’outrage, l'audace qui ne connaît ni limites ni mesure , elle agit d’après les mêmes lois : «Un antique outrage en enlante un nouveau parmi les maux des mortels : un jour ou l'autre, quand arrive l'heure fixée, paraît cette divinité de ténèbres, lançant sur les maisons le souffle d’Até, une audace invincible, indomptable, impie; et cet enfant est l’image fidèle de ses parents*. »

C'est ainsi que, par la sentence de Jupiter, protecteur de l’hospitalité, Erinnys s'est abattue sur la maison de Priai» * et qu’enfin le grand filet d'Até a enveloppé en une seule nuit la vaste I lion avec ses tours, ses nombreux citoyens et ses grandes richesses’.

Eschyle ne pouvait manquer de reproduire ainsi par les traits les plus expressifs l’antique croyance au sujet d’Érinnys et de ses funestes acolytes. Il se complaît dans la peinture de ses coups éclatants, et aussi de son action secrète sur les âmes, qu elle livre aux passions furieuses, qu elle plie sous le joug de la nécessité, ou qu’elle trouble par une attente vague au moment où elle s'apprête à frapper. Ce pressentiment qui pénètre le cœur en dépit des apparences trompeuses de la prospérité, c’est ce qu'il appelle « l’hymne sans lyre d’Erinnys, le thrène funèbre qu’elle chante d’ellemême du fond de l’âme*. « Mais il faut particulièrement étudier les Furies d’Eschyle comme ministres de la vengeance des parents. C’est leur caractère le plus antique, au moins en tant que divinités morales; c’est

|. Agnm. 763. — 2. Ibid., 69 et suir. 148. — 3. Ibid. 3GI. 4. Ibid . 090.

DANS ESCHYLE

le seul dont elles paraissent revêtues dans Hésiode; c’est aussi celui qui leur donne une place dans les plus pathétiques légendes qui aient été traitées parla tragédie.

Du fond de l’Érèbe, Erinnys qui s'avance dans les ténèbres, dont le cœur est impitoyable' , entend et recueille l'imprécation des parents irrités. Elle ne la laisse pas périr; elle s’identifie avec elle, de sorte que l’efficacité de l’imprécation c’est l’action même d’Erinnys : Erinnys et Ara (l’imprécation; sont souvent synonymes dans les poètes. C’est de cette manière que dans les Sept Chefs d Eschyle l’Ara d’Œdipe, l'imprécation qu’il a lancée autrefois contre ses lils, les mène fata lement à leur perte. Le dénouement ou, pour mieuj dire, la tragédie tout entière en est le triomphe. Dès le début, Étéoele, au moment où son frère et les six autres chefs alliés vont donner l'assaut, reconnaît quelle est la puissance qui le menace et veut en conjurer le courroux par ses prières : « O Jupiter, ô Terre, ô dieux protecteurs de la cité, et toi, Erinnys, puissante Imprécation de mon père, ne veuillez pas détruire cette ville de fond en comble, ne l’arrachez pas du sol par les mains victorieuses des ennemis1 1 » Cependant il se prépare à la lutte avec énergie et avec sang-froid ; ses paroles respirent la fermeté et la prudence; il ne se laisse troubler ni par la terreur des femmes éplorées qui l’entourent, ni par l’appareil et les démonstrations orgueilleuses des rois conjurés : toutes ses mesures sont bien prises pour la défense de Thèbes, et sa modération égale son courage. .Mais il

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