‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 180 sur 205 · Vers C'.:t et siiiv · texte numérisé non relu

Vers C'.:t et siiiv

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DANS ESCHYLE

plie-t-on d’arracher de son cœur la passion qui l’occupe avant quelle ait porté ses funestes fruits : il se sent invinciblement entraîné : « Puisque la divinité hâte l’événement, que toute la race de Laïus, haïe d’Apollon, s’abandonne au vent qui la pousse vers les vagues du Cocyte.... La mélidiction d’Œdipe bouillonne comme un Ilot furieux. » 11 se précipite donc où la divinité l’appelle, et il laisse le choeur épouvanté : « Je tremble que la déesse destructive des familles, dissemblable des autres dieux, véridique prophétesse de malheur, Erinnys, invoquée par les vœux paternels, n’accomplisse au milieu du délire des âmes la malédiction d’Œdipe courroucé. »> Et le chœur insiste sur ces pressentiments, en y rattachant dans le passé la triste suite dés malheurs qui ont éprouvé la race de Laïus.

A peine exprimés, ces pressentiments sont justifiés par la mort des deux frères; et le chœur, en s’apitoyant longuement sur ce coup terrible, nomme encore avec effroi la sombre divinité qui l’a frappé. Il ne se lasse pas de rappeler la puissante imprécation d’Œdipe, de faire retentir ce nom d’Erinnys dont il entonne l’hymne lugubre comme prélude des lamentations d’Antigone et d’ismène. Enfin, pendant que les deux jeunes filles exhalent en plaintes déchirantes leur affliction, il répète par deux fois ce sombre refrain : a Ah! Parque, lourde dispensatrice de douleurs, ombre vénérable d'Œdipe, noire Érinnys, certes ta force est grande! » Ainsi ce thrène développé qui terminait d’une façon si pathétique, avec la tragédie elle-même, la trilogie dont elle complétait l’ensemble, est en grande partie un hommage à la 'puissance de

l’Imprécation, d’Érinnys. C’est Érinnys, en effet, qui avait tout préparé, puis qui tout à coup, sous les yeux des spectateurs, maîtrisant l'aine énergique et fière d’Étéocle, a précipité la catastrophe.

La seule trilogie complète que nous ayons d’Eschyle, la dernière qu’il ait donnée à Athènes, et, à ce qu’il semble, le chef-d'œuvre de son art, VOrestie, se termine par la tragédie des Euménides. Les Euménides remplissent le premier rôle dans la conclusion de ce grand ensemble dramatique; un débat sur leurs fonctions et sur leur puissance marque le terme des événements qui l’ont rempli : comment y seraient -elles restées étrangères? Et en effet, dans Agamemnon et dans les Chocphores, il n’y a pas d’autre action que celle des forces mystérieuses dont les Furies sont par excellence l’expression.

Cela paraît vrai surtout de la première de ces deux tragédies, qu’on peut considérer tout entière comme l’exposition de ce vaste drame à trois actes; leur prédominance y est ainsi établie au principe parmi les éléments essentiels de la composition. Partout où sont présentées les causes de la mort d’Agamemnon et de ses terribles conséquences, l'idée des Furies est toujours présente. Si Égisthe est devenu adultère et assassin, c’est par suite de l’imprécation que son père Thyeste avait autrefois prononcée. Il ne paraît qu'à la dernière scène, quand le crime est consommé; il \ient se réjouir sur le cadavre du roi « gisant dans le voile des Érinnyes » : sans aucun doute, en le présentant alors au public, Eschyle veut rendre plus sensible l’idée de l’expiation; celui qui a reçu la mission héré-

ditaire de la vengeance est rapproché de la victime. Égisthe ne parle que du crime d Atrée, il décrit la scène du festin de Th veste, il rappelle la malédiction que le malheureux père lança contre les Plisthénides. C'est là en réalité son rôle; il disparaît après l’avoir rempli, et on ne le revoit qu'un instant à la fin de la tragédie suivante, quand il doit à son tour expier sa vengeance criminelle.

Cette malédiction de Thyeste est la cause dominante et première : les calculs ambitieux d’Égisthe, comme le ressentiment maternel et la passion coupable qui se partagent l ame violente de Clytemnestre, ne sont que les causes secondes. De même qu elle apparaît aussitôt après le meurtre d’Agamemnon, dans le langage et, pour ainsi dire, sous les traits d’Égisthe, de même, immédiatement auparavant, le forfait qui la provoqua est remis sous les yeux dans cette scène de prophétie qui est comme l’explication pathétique de la tragédie donnée par la voix même du destin. A peine arrivée auprès du palais des Pélopides, ce qui semble arrêter d’abord les yeux de Cassandre dans cet assemblage de crimes et d’horreurs évoqué par le dieu qui est en elle, c’est le spectacle du festin de Thyeste, conséquence de la faute originaire1 , c’est-à-dire de l’inceste dont il s’était lui-même souillé. Par deux fois cette affreuse image obsède l’esprit de la prophétesse, comme inséparable du nouvel attentat qui se prépare et qu’elle prédit : « Voyez-vous assis dans la maison ces enfants semblables aux fantômes des rêves? C’est un crime domestique qui les a fait périr, on le reconnaît : les

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