I. Vers 16ô4. ’■ I
raison d’art; il \ en a une autre qui tient au fond de la conception du porte : il veut qu’Oreste nous intéresse ; il veut, autant que possible, excuser son crime. 1) ailleurs le parricide est en même temps un devoir de piété filiale ; l’action d’üreste est sainte en un sens : il ne l’accomplira donc pas en furieux, sous l’empire de ces affreuses divinités qui portent avec elles le trouble et le délire. Il est envoyé par Apollon, ramené par Hermès infernal, sous la sanction de Jupiter lui-même, dont le nom retentit dans ses invocations et dans celles du choeur; enfin l’épée est maintenue dans sa main par son père lui-même dont le droit s’impose impérieusement et dont il est le vengeur consacré ( 6 rotviTbjp, o -rigaopo; . C'est, en elTet, Agametnnon qui, du fond des enfers, semble combattre pour sa propre cause; c'est lui-même qui est ici le ministre de la religion des morts : tant la vue de son tombeau, constamment exposé aux regards et au pied duquel ses enfants orphelins se reconnaissent et implorent son secours, tant les vains efforts de Clytemnestre pour l’apaiser, et surtout la grande scène d invocation où le souvenir de son assassinat et des outrages prodigués à son cadavre est l’appel le plus pressant à sa colère, remplissent les esprits de l’idée de son droit et de sa puissance! Eschyle a des vers singulièrement expressifs pour faire sentir ces liens indissolubles qui enchaînent les enfants à leur père :
« .Mon enfant, dit le chœur à Oreste, la violente morsure de la flamme ne dompte pas le sentiment du mort; il fait encore éclater sa passion : il entend les lamentations de ceux qui le pleurent, et il se révèle par ses coups. Lorsqu’un père a été égorgé, sa légi-
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lime colère s’agite irrésistible, au moment décisif de la vengeanco * . »
.Mais à peine les meurtriers d’Agamemnon sont-ils punis, que la seconde face de l’action d’Oreste se découvre complètement. Il est l’assassin de sa mère, il a violé les plus saints parmi les droits du sang; il appartient donc aux Furies : elles se rapprochent et rentrent en possession de leur ministère. On a bien souvent admiré la manière dont Eschyle a su rendre sensible cette invasion subite des Érinnyes : le désordre qui s’empare de l'esprit d’Oreste, cette lutte prolongée de sa raison qui se rattache éperdue à tout ce qui peut la rassurer et la raffermir, enfin sa défaite et le commencement du supplice. Il a eu beau faire déployer auprès des cadavres d’Égisthe et de Clytemnestre le tissu de pourpre où se distingue encore le sang d’Agamemnon, il a eu beau prendre à témoin les dieux et la foule de la légitimité de la vengeance accomplie : les monstres sont là, visibles pour lui; il voit leur noir costume, les serpents enroulés dans leur chevelure, le sang qui distille de leurs yeux; il fuit devant eux, et tout le monde sent comme lui leur présence. C’est une admirable préparation à l’idée hardie qui, au commencement de la tragédie suivante, les montre en plein théâtre, gardant ou poursuivant leur proie.
Leur proie, en effet, peut leur échapper. C’est la première fois que leur puissance est mise en question. Elles viennent ostensiblement soutenir leurs droits, et elles paraissent elles-mêmes dans toute l’horreur de leur forme hideuse et avec tous leurs attributs. Nous