Vers
DANS ESCHYLE
ger véritablement le débat, on prévoit bien aussi que l’issue ne leur saurait être favorable. Comment pourraient-elles triompher? Elles ont contre elles l'ordre nouveau que Jupiter inaugure par le ministère de son fds Apollon, son prophète, qu’il leur oppose en face, et de. sa fille bien-aimée Minerve, sa sagesse même, qui préside le tribunal. Ce fait même qu’il y a procès, que le pouvoir des Furies est soumis à une discussion, et que, de l'autre côté, un dieu assume devant les hommes la responsabilité de l’acte auquel il a poussé un d’entre eux, est en soi une révolution : on sent que la fatalité inexorable va céder à une loi plus douce et plus juste.
Cependant la défaite des Erinnyes n’est consommée ni sans lutte sérieuse ni sans atténuation. Le premier succès d’Apollon, celui qu’il remporte à Delphes, n’est pas complet, car ses efforts ne suffisent pas pour les arrêter dans leur poursuite. S'il les a un instant endormies, si grâce à ce sommeil le suppliant a pu accomplir les rites de purification, bientôt elles se réveillent et reprennent leur pouvoir sur lui : il est obligé de fuir devant elles et de subir encore l’expiation, jusqu’à ce qu’enfin, après qu’il aura longtemps prolongé ses courses errantes, il lui soit permis de venir chercher au pied de la statue de Minerve le jugement solennel qui décidera de son sort. C’est que les droits des Erinnyes ont aussi une grande force, tjuand elles suivent à travers les contrées lointaines et les iners la trace du parricide qu’on veut leur ravir, elles remplissent la fonction utile et nécessaire pour laquelle elles ont été créées. Dans l’effervescence même de leur fureur, du milieu île ce flot d’images épouvantables se
dégage le caractère moral dont elles sont revêtues : « Ma mère, ô Nuit, ma mère, toi qui m'as enfantée pouB être le châtiment des vi\ants et des morts, écoute-moi1 ! » Si Jupiter a relégué loin de lui leur race odieuse, si, exclues des banquets des dieux, elles habitent une demeure impénétrable au soleil, au moins doivent-elles conserver intacte l’antique possession d’un ministère que personne ne leur envie. Elles épuisent le coupable par le remords, puis l'entraînent dans les régions souterraines « où Hadès règle souverainement le compte des mortels et examine tout d’un esprit exact*. » Elles-mêmes n’oublient rien, et nul ne peut ni conjurer ni soutenir leurs assauts : inexorables, elles donnent pleinement et sans effort la sanction terrible qui est nécessaire à l’observation de la justice. Tel est le lot qui leur a été assigné au principe des choses.
On ne peut les en priver, sans porter atteinte à l’autorité des parents et à la sécurité des familles. C’est ce qu elles rappellent avec une gravité triste, lorsqu’elles se voient contraintes d’accepter le jugement*. Si leurs droits sont violés, c’est en vain qu’on s’écriera sous le coup d’un malheur mérité : « O Justice, ô trône des Érinnyes ! » Les gémissements des mères seront inutiles, car la demeure de la Justice se sera écroulée. D’ailleurs le juste n’a rien à craindre d’elles ; mais, comme la contrainte est salutaire pour mener au bien, il faut que le châtiment atteigne le criminel dont le pied impie offense l'autel de la Justice, outrage les