Vers 1486 et suis. — 2. Vers lô60et suiv
et le chœur qui les soutient de ses vœux, les anime, les aide, et nous-mêmes que le poète met pleinement sous la domination de cette idée fondamentale de son drame.
Mais le parricide s’exécute. Après un moment sublime d’hésitation, Oreste enfonce son épée dans le sein » sur lequel il s’endormait dans son enfance en y puisant un lait nourricier. » Voici une incertitude morale bien autrement profonde, un conflit sans solution possible : « C'est le destin, mon enfant, qui avec moi fut cause de ce meurtre (celui d’Agamemnon ). — C’est le destin qui ordonne aussi ta mort. — Prends garde, redoute les furies irritées de ta mère. — El celles de mon père, comment leur échapperai-je, si je néglige ce devoir? » Quelle situation! Malgré notre sympathie pour Oreste, nous sommes épouvantés*. La conscience d’Oreste lui-même se révolte et sa raison s'égare. Comment son crime ne tomberait-il pas sous l’action vengeresse des Érinnyes ? Elles ont même plus de droits sur lui qu’elles n’en avaient sur sa mère. Ainsi le cercle fatal se referme et semble envelopper à
1 . Telle n'est pas cependant l’impression de M . Nægelsbach {De rrMgiomlitu Orcstiam contint rilitnis). Pour lui, la première réponse d’Oreste à Clylemnestre est ironique ; et, à ce propos, il rappelle agréablement (page 7) le mot de Zénon à son esclave : • Il était dans ma destinée de voler. — El d’être roué de coups, » répond le maître. Le rapprochement est au moins imprévu. 11 y a, du reste, dans les analyses de M. Nægelsbach, particulièrement dans ce le qui lui sert i expliquer la conception d Alastor, plus d’un trait juste et ingénieux. Mais il pousse le detail trop loin, et il me parait pré tendre à une rigueur trop absolue. Il est dans la nature de ces conceptions de s’en tenir eux idées élémentaires : c’est leur enlever une grande partie de leur force que de les irop définir et de les ordonner trop méthodique ment . Il faut qu’elles restent vagues et mys’érieuses pour émouvoir. Il est vrai que M. Nægelsbach tient peu décompté de l’émotion et, en général, du cété dramatique.
DANS ESCHYLE
jamais dans la nécessité du crime et de l'expiation cette malheureuse famille.
Il faut que ce cercle soit brisé; il le faut, pour soulager notre conscience accablée par cette alliance monstrueuse de l’innocence et du crime; et il faut du même coup que l'humanité soit affranchie d’une loi dont un pareil exemple doit être la condamnation, s’il existe dans le gouvernement du monde un sentiment de bonté et de vraie justice.
Déjà, aussitôt après la mort de Clytemnestre et d’Égisthe , le chœur, dans un hymne enthousiaste en l’honneur de la justice, se laissait emporter à la confiance que cotte série de châtiments dont la maison de Priam et celle d’Atrée avaient offert au monde le spectacle, était enfin épuisée : « Il a atteint le terme de la carrière, l’exilé ramené par les oracles de Pytho, suscité par les sages conseils de la divinité*. » Le foyer devra être purifié des souillures fatales, mais les Furies abandonneront cette demeure et laisseront le légitime possesseur jouir en paix des biens dont il avait été dépouillé : « Voici enfin la lumière*! »
Bientôt, il est vrai, à la vue de l’égarement d’Oreste, le chœur se sent repris par ses angoisses ; il repasse dans son esprit la suite des horreurs qui se sont succédé dans la famille de ses maîtres depuis le festin d’Atrée jusqu’à cette nouvelle épreuve qu’il voit commencer sous ses yeux et dont il se demande quand viendra la fin. Mais, au premier moment, son instinct ne l’a pas trompé; il a même bien vu quel moyen devait arrêter cette succession fatale de malheurs :