I. Chant XX, 22. — 2. Iliade, XXIV
ET D’HÉSIODE
en particulier la source de tous les fleuves et de toutes les eaux douces et amères*. Mais, seul de tous les fleuves, il ne se rend point sur l’Olympe à l'appel de Jupiter’, car cet antique principe des choses ne peut se déplacer, et sa force redoutable fait trembler les autres puissances, même le Sommeil, dompteur de tous les êtres, qui oserait à peine tenter d’endormir son courant éternel*. Cependant, lui aussi, il craint la foudre étincelante du dieu de l’Éther, et il entre, comme une cause bienfaisante de vie et de durée, dans un système auquel il était originairement étranger.
La durée, la stabilité, les principes fixes et les lois sensibles ou cachées du monde, voilà ce que représentent, à la fois en vertu de leur essence propre et par une nécessité de l’ordre universel auquel ils sont maintenant soumis, tous ces grands êtres primordiaux. De là un sentiment de vénération qu’éprouvent pour eux les dieux comme les hommes, et certaines attributions morales qui semblent encore les élever audessus de tout le reste de la création. Le Sommeil raconte comment sa mère la Nuit a pu le protéger contre le courroux de Jupiter qu’une fois déjà il avait eu l’audace d’endormir:* « Sa colère éclata à son réveil; il maltraitait les dieux dans sa maison et me cherchait seul de tous; et il m’eût anéanti en me précipitant du ciel dans la mer, si la Nuit, qui dompte les hommes et les dieux, ne m’eût sauvé. Je me réfugiai auprès d’elle, et, lui, il s'arrêta, malgré son courroux,
1. Iliade, XXI, 195. — 2. Iliade, XX, 7. — 3. Iliade, XIV, 245.