‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 25 sur 205 · I. Iliade, XIX, 258; III · texte numérisé non relu

I. Iliade, XIX, 258; III

LES DIEUX D’HOMÈRE

piter et la nécessité îles lois du monde, Homère en voyait certainement l'image quand il se représentait le dieu tenant la balance d’or où se pèsent le sort mortel d’Achille et celui d'Hector1 : a II la souleva par le milieu : le jour fatal d’Hector fit pencher le plateau et alla vers la demeure d'Hadès: Phébus Apollon l’abandonna. » Rien de plus simple, de plus expressif et de plus grand que ce célèbre passage. La destinée muette prononce, et aussitôt son arrêt enchaîne sur la terre la volonté d’Apollon, protecteur du mortel qu elle condamne; mais elle ne prononce qu’entre les mains de Jupiter, dont la figure majestueuse préside du haut du ciel à toute la scène.

Ainsi, et c'est là l’importante conclusion qu’on ne pourrait établir sans entrer dans le détail de la mythologie homérique, en définitive tout est gouverné par les conseils de Jupiter. Sa souveraineté intelligente est reconnue par tous les êtres, de quelque nature qu ils soient et quelque rang qu’ils occupent dans la hiérarchie universelle. Elle s’exerce d'abord sur les dieux supérieurs qui forment sa famille et sa cour. Quelle qu’ait été autrefois l'origine particulière de chacun d’eux, dieux de races, de villes, de familles, tous sont venus se réunir sur l’Olympe, ils y ont pris comme une seconde naissance, ils sont devenus les enfants de Jupiter. C’est l’image et le résultat de l’union nationale et religieuse qui s’est opérée entre toutes les tribus grecques, principalement sans doute par l’action de la poésie. Comme elles, leurs dieux se sont rapprochés, reconnus, confondus, et il s’est

J. Iliade, XXII, 20!).

ET D’HÉSIODE

formé une famille d’immortels, faite sur le modèle de la famille humaine, et dont le poète, qui n’a nullement conscience de ce travail préparatoire, nous présente le tableau varié et vivant. Dans ce groupe de divinités, il yen a deux qui se distinguent comme les plus rapprochées de leur père et comme ses enfants préférés : Pallas-Athéné, née de son cerveau, d’après le mythe Hésiodique, « comme son énergie ou sa pensée divine1 2, » la déesse guerrière, fille d'un père puissant, la déesse industrieuse, qui représente à la fois sa force intelligente et irrésistible, et sa sagesse infinie; Apollon-Phébus, le dieu brillant et serein, le dieu des chants, qui calme et embellit la vie présente, le dieu des oracles, qui sait les lois de l’avenir*.

Toutes ces divinités olympiennes se rassemblent sur le plus haut sommet de la montagne, pour prendre part aux conseils que préside Jupiter. Elles y sont convoquées par Thémis, l’antique personnification de l’ordre, des principes établis, qui deviendra plus tard la déesse de la justice. Aux assemblées solennelles de l’Olympe assistent même les divinités inférieures, toutes celles qui peuplent les airs, et les Ilots, et les vallées humides*. Ainsi se déroule, sous l’autorité d’un seul maître, toute la hiérarchie divine. Comme dernier terme, elle descend jusqu’aux hommes, dont beaucoup tiennent par leur naissance aux immortels, et qui sont tous appelés en général, comme les dieux, les enfants de Jupiter. Les rois en particulier sont ses fils, « ses nourrissons, » parce qu’ils tiennent de lui

Page 1