‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 30 sur 205 · CONDITION DES HÉROS HOMÉRIQUES · texte numérisé non relu

CONDITION DES HÉROS HOMÉRIQUES

Leur miscre et leur grandeur. — L’idée du mérite et de la récompense dans VOdgttie.

L’état naturel d'un héros d’Homère, c’est l’état merveilleux, puisque partout, autour de lui et en luimême, il croit voir ou sentir la divinité. Mais cet état merveilleux ne supprime pas son activité propre, et n’affaiblit nullement l’intérêt qu’il nous inspire, car c’est pour lui-même une source perpétuelle d'émotions et une occasion de développer sa force par l’exaltation ou parla lutte. Près de lui, dans la mêlée tumultueuse, se multiplient les apparitions des dieux, tantôt sous une forme empruntée, tantôt même sous leur propre forme, se manifestant tout à coup dans leur éclat immortel, puis disparaissant dans un nuage, où souvent

L’HOMME BANS HOMÈRE

ils enveloppent avec eux un fils ou un favori qu’ils dérobent à la mort. Avec de pareils adversaires ou de pareils soutiens, qu’est-ce donc pour lui que l’ivresse du combat? Qu’est-ce que la confiance et qu’est-ce que la crainte? Qu’est-ce pour lui que ces paniques et cette contagion d’épouvante qui s’est fait tant de fois sentir à de grandes armées dans la fièvre du péril et de l’inconnu? Les Grecs du temps d’Hérodote affirmaient qu'à la bataille de Salamine il leur, était apparu une figure de femme, leur disant à haute voix de ramer vers l’ennemi : quels fantômes le combattant d’Homère ne croyait-il pas voir dans la plaine divine d'Ilion ’? Ce guerrier qui s'avance en face de lui avec un aspect si terrible, entraînant de la voix et du geste les phalanges ennemies, qui sait si ce n’est pas Mars ou Neptune? Assurément ce ne peut être quelque obscur soldat d’Hector ou d'Agamemnon. Et cette ardeur subite dont il se sent lui-même animé, d’où vient-elle? Il ne se le demande même pas, comme le héros de Virgile, et surtout il ne lui vient pas à l’esprit que c’est lui-même qui déifie sa passion*. Non, c’est une divinité véritable qui l’inspire, il sent sa force doublée, et il accomplit des actions héroïques. Héroïques en effet, car cette confiance l'élève au-dessus de lui-même et lui fait tenter des efforts surhumains. Et ce n'est pas la divinité qui se substitue à l'homme et l’annule : au contraire, par un mystère qui présente quelque analogie avec celui de la grâce pour le chrétien, la

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