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se tromperait, si l’on n \ reconnaissait que le signe de la grandeur morale du héros : elles marquent nettement que la catastrophe des prétendants est un acte de la justice divine, et expriment ainsi, au moment où le drame se dénoue, la pensée qui en est comme l’Ame. Une preuve remarquable de la force de cette préoccupation chez le poète, c’est le point de vue où il s'csl placé pour envisager la tragique légende du retour d’Agamemnon. De tous les souvenirs qui se rattachaient à la fin de l’expédition de Troie, c’est celui qui, après son principal sujet, s était le plus fortement emparé de son imagination. On le conçoit : outre l’intérêt supérieur qu'éveillait naturellement cette chute misérable du grand chef de l'armée victorieuse des Grecs, il y avait entre la conduite de Clytemnestre et celle de Pénélope un contraste qui faisait d’autant mieux valoir la vertu de celle-ci et relevait encore tout le côté intime et domestique du poème. C’est Homère lui-même qui indique ce contraste : il conclut par là le pathétique récit de la mort d’Agamemnon', comme aussi, après la reconnaissance si chaste et si pure des deux époux, il ne leur fait prononcer le nom d’Hélène, que pour rendre hommage à la prudence de la fidèle Pénélope. Mais sa pensée dominante, en rappelant le retour d’Agamemnon, c’est de montrer le châtiment des deux coupables qu’unissent l’adultère et le meurtre. Égisthe vient de périr
1. Chant XI, 445. Je ne puis tenir compte, dans ces considérations, des doutes tout modernes qui ont été eiprimés sur l’authenticité absolue du XI' chant. It me semble difficile de les admettre pour la plus grande partie, car il faut convenir que l’auteur, s’il n’est pas Homère, s’est uni d’esprit, à un degré bien invraisemblable, avec le poète du reste de l' Odyssée.
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pour avoir cédé à sa passion, malgré les avertissements des dieux, qui déplorent, au début du poème, ce récent exemple de l’incurable aveuglement des mortels; Clytemnestre a été entraînée dans la punition, comme elle l’avait été dans la faute; et O reste n'est présenté que comme le glorieux vengeur de son père et de son foyer domestique. Le parricide a disparu, de môme qu’il n’est pas question des griefs maternels de Clytemnestre contre son époux : il ne reste plus que l’idée très-nette d’un double, crime et d’une inévitable expiation. C’est là ce qui fait, à la veille du retour d’Ulysse dans sa patrie, l'entretien des hommes et des dieux; c’est comme l’annonce du sort qui est réservé aux prétendants.
En regard de la loi de la punition, se place celle de la récompense, dont le prix est en proportion des qualités et des efforts qui l’ont méritée. La récompense accordée à Ulysse est éclatante; mais par combien de luttes et d’épreuves ne l’a-t-il point achetée! D’abord ces erreurs de dix années qui, après tant de périls, le laissent au terme seul, sans vaisseaux et sans compagnons, sur le rivage de son île natale. Parmi tous les chefs des Grecs, lequel a autant souffert au retour? Mieux valait mourir une fois comme le Locrien Ajax, frappé de la foudre sur son rocher, que de prolonger indéfiniment les angoisses en disputant sa vie aux tempêtes et aux naufrages. Mais lequel eut été capable de supporter autant de souffrances? Si aucun des héros de cet âge ne semble l’objet d’une faveur plus marquée de la part d’une divinité, il faut reconnaître aussi que nul n’a besoin de déployer plus d’énergie et de vertus personnelles. Son inébranlable constance.
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son sang-froid toujours présent, les ressources inépuisables de son esprit, et en même temps son goût d’entreprise et d’aventure qui donne de l’attrait au péril, enfin son attachement inaltérable pour sa famille et pour sa patrie, n otaient pas de trop pour résister à toutes les épreuves de sa vie errante. Ulysse est bien un fils de l’ûpre rocher d'Ithaque, actif et industrieux, auquel la mer, en lui offrant la tentation du gain et de l’inconnu, a enseigné la hardiesse et la prudence; mais c’est surtout pour Homère un modèle complet de la sagesse humaine, telle qu’il la conçoit, ayant à sa disposition toutes les ressources du corps et de l’intelligence, y compris la ruse, aimant le bien cependant et capable de grandeur, unissant dans sa piété le culte de la famille et le respect des dieux. C’est un nouveau type d’héroïsme où l’humanité domine, supérieur à ces enfants de Jupiter auxquels la gloire de leur origine tenait lieu de tout droit : s’il triomphe dans ses luttes contre les monstres, s'il pénètre jusque dans la région des morts, c’est du droit de l’intelligence et de la vertu. Il est enfin le digne favori de Minerve.
Que tous ces mérites paraissent, quand Ulysse, poursuivi par la colère de Neptune, est abandonné à lui-même, rien de plus naturel. Mais ce qui est digne de remarque, c’est qu’alors même que sa protectrice a repris toute sa liberté d’action, loin de le dispenser de l’exercice de ses vertus, elle lui fournit des occasions de les produire. Elle ne veut pas que son patronage les lui enlève. A peine introduit sur la scène, il les a fait paraître dans celte magnifique tempête par laquelle le dieu des mers signale une dernière fois
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son pouvoir expirant, et elles ne le quitteront plus : c’est qu'elles sont sa nature même, les causes de l’affection de Minerve, les armes sans lesquelles la victoire serait impossible. La patience et l’empire sur soi-même, voilà les premières conditions du succès. Et à quelles épreuves n’esLil pas soumis! Quelle rentrée pour Ulysse, le destructeur des villes, dans cette maison après laquelle il soupire depuis tant d'années! Quelle métamorphose indigne, que d’humiliations et que d’outrages! La déesse, ailleurs si officieuse, parfois même, ce semble, au détriment de la majesté divine, est la première à exciter contre lui l’insolence des prétendants, « afin de le pénétrer d’une douleur plus profonde. » Un instant, il est sur le point d’éclater : « Patience, mon cœur, dit-il en se frappant la poitrine; tu as supporté une injure plus cruelle, quand le
Cyclope féroce dévorait tes braves compagnons' »
Et, s’agitant sur la couche grossière qu’il a préférée lui-même à un lit plus doux, il laisse les femmes infidèles souiller la pureté de son foyer par les désordres d’une dernière nuit. Ne vient-il pas d’ailleurs de donner une preuve de fermeté bien autrement grande? Sa femme bien-aimée, il s’est entretenu avec elle pendant longtemps, il a vu sa tendresse et son affliction, et il ne s’est pas trahi! Il l’a charmée et consolée par son éloquence pénétrante, mais il a résisté à la tentation de lui dire : L’époux que tu pleures est près de toi*! « Il composait ainsi dans ses discours beaucoup de fables semblables à la vérité; et pendant qu elle l’écoutait, ses larmes coulaient sur son visage, elle