CONDITION DE L’HOMME EN GÉNÉRAL DANS HOMÈRE ET DANS HÉSIODE
Sa faiblesse et sa force. — Les entraves qu’il se crée à lui-mfme et qui constituent les premières formes (le la morale pratique : Mi, le Serment , V Imprécation. — Ses espérances fondées sur la conscience de son énergie et sur sa foi au bien. — Le mythes des Ages dans Hésiode et la morale générale du poème les Travaux et les jours.
Mais ces images qui nous présentent avec tant d’éclat la grandeur morale des héros, enfants ou favoris des divinités, sont idéales. Ce sont des transfigurations de l’humanité par lesquelles l'imagination poétique des Grecs s’est charmée elle-même, obéissant moins au désir de déterminer quelle était au juste la condition humaine qu’à un besoin d’ennoblir et de consoler : ce n’étaient pas des hommes, c’étaient presque des dieux dont elle racontait la gloire, grandie par les siècles. Peut-être faut-il descendre au-dessous d’eux pour chercher dans ce qui s’adresse à tous et dans la peinture des mœurs réelles la foi exacte de ces anciens âges. La poésie primitive, comme plus
ET DANS HÉSIODE
tard la tragédie, au-dessous des acteurs principaux montre la foule, plus naturelle et plus vraie, au sens vulgaire. Homère, le poète des rois et des héros, lui donne une place, au moins dans des allégories, dans des pensées morales, dans des traits de mœurs; Hésiode, le poète de tous, mêle à ses préceptes de détail une morale plus générale . et l'expression des lois antiques ou actuelles qui règlent la condition des hommes. Il semble qu’en interrogeant cette partie plus humaine de l’ancienne poésie, on doive savoir plus sûrement quelle était la véritable croyance des Grecs de l'âge épique au sujet de leur destinée. En effet, bien que les grandes figures d’Homère, de même que les personnages de la tragédie, par la force pathétique de leurs émotions, nous fassent pénétrer plus avant et dans le vif même de notre nature, il est juste de reconnaître que ces peintures plus humbles du lot commun de l’humanité nous disent plus fidèlement ce que pensaient et sentaient chaque jour les contemporains île ces vieux poètes. Cependant il ne faudrait pas exagérer la différence. Dans cette poésie qui parle à la foule •d elle-même, il n’y a plus d'apothéose; l’homme ne peut plus s’élever aussi haut par l'héroïsme, et la faveur des dieux lui est moins facile et moins bienfaisante : mais le fond de la croyance reste le même, et, si l’image dominante est celle d'une justice sévère qui agit par la crainte, pourtant toute noblesse et toute espérance ne sont point bannies de ce monde plus sombre.
Le principe d’où relève originairement la condition de l liomme, c’est la nécessité de mettre un frein à ses désirs et à son orgueil; fait bien remarquable dans