I.’ HOMME HANS HuMÈHK
une religion dont le développement est l’œuvre de 1’inlelligence humaine. En même temps qu elle a eu l’audace d’organiser sur sa propre image le monde divin, elle a senti le besoin de se limiter elle-même et de placer les objets de son adoration dans un fort qui lui fut inaccessible. C’est pour cela que pendant longtemps toute poésie didactique ou religieuse insista sur l’infirmité des mortels. Cette contradiction a sa source dans cette autre qui existera éternellement en nous entre des conceptions ou des aspirations inlinies et l’incurable impuissance de nos facultés. Les Grecs , à qui l'énergie de leur nature en donna de bonne heure le sentiment , cherchèrent instinctivement à se l’expliquer par des mythes naïfs et pieux, qui racontaient par quelles luttes les forces de l’homme avaient été domptées et comment, dans la répartition des biens, un lot inégal lui avait été assigné au profit des dieux olympiens, ces autres fils intelligents de la création universelle.
Cette explication, on a pu le voir plus haut, c’est Hésiode qui nous l’a transmise sous sa forme la plus précise et la plus claire, dans le mythe de Prométhée et de Pandore. La conclusion nécessaire de ce mythe, c’est la défaite de l’homme, défaite qui lui laisse, grâce au dévouement du Titanide, son intelligence et son industrie, mais qui le condamne à une vie pénible, à la vieillesse, à la mort, aux maladies du corps et de l’âme. Depuis que s’est ouverte l’urne de Pandore,
« des calamités innombrables errent parmi les hommes, la terre est pleine de maux, la mer en est pleine; nuit et jour, circulant au milieu des hommes mortels, elles s’approchent d’elles-mêmes, malfaisantes et si-
ET DANS HÉSIODE
lencieuses, car le prudent Jupiter les a privées de la voix1 *. » Ce dernier trait est peut-être le plus expressif. De toutes les infirmités humaines, la pire c'est l’ignorance, l’illusion, qui, dans la lutte des hommes contre Jupiter, les rend les jouets du dieu souverain et, de complicité avec la passion, les pénètre de joie au moment même où leur arrive le fléau le plus funeste : « ils chérissent leur propre mal’, » ils sont sous l’empire éternel d’un charme décevant.
Voilà quel est le lot des hommes vaincus et humiliés. Et ce qu’il y a de plus triste, c’est qu’ils croient conserver le souvenir d’une époque primitive de félicité, où ils ne. connaissaient ni le travail ni aucune, des misères actuelles 5. Puis, par une décadence progressive, ils sont arrivés, en traversant depuis l’âge d'or une série d’âges intermédiaires, jusqu’au cinquième, celui d Hésiode, l’âge de fer, où « la nuit comme, le jour, ils sont consumés par la fatigue et par le chagrin. » Homère, sans mettre dans sa peinture de l’époque actuelle un accent de colère comme le poète d’Ascra, n’est pas beaucoup moins sombre* : '« Les dieux ont ainsi destiné les malheureux mortels à vivre dans la douleur, tandis qu'eux-mêmes sont exempts de chagrin. Sur le seuil de Jupiter sont placés deux tonneaux contenant ses dons, l’un les bons, l’autre les mauvais. Celui pour qui Jupiter, le dieu de la foudre, fait un mélange des deux espèces, rencontre tantôt un mal et tantôt un bien. Celui pour qui il ne puise que dans le tonneau des douleurs, devient un