I. Odyttie, XIII, '.'HT. — i. Hésiode, Thcoyonie, H>J
ET DANS HÉSIODE. 117
spécialement par les Érinmes' , dont le ministère s'exerce aussi sur la terre. De là une crainte religieuse, qui imprime fortement dans les âmes le respect de la foi jurée, et par ce moyen le respect des différents droits.
Lisez la partie la plus générale du poème moral d’Hésiode : vous reconnaîtrez que ses leçons, par l’influence inévitable des mœurs contemporaines, sont placées sous la sanction du Serment. Le poète s’élève, il est vrai, jusqu’à l’idée pure de la justice; il fait d’elle une divinité, fille de Jupiter; il la représente « parcourant en larmes les villes et les demeures des hommes, revêtue d’une vapeur et apportant le mal à ceux qui la chassent et faussent son caractère*, » ou bien « glorieusement assise auprès de son père et lui disant l'esprit injuste des hommes afin qu’il les punisse’ »; et par là se prépare le triomphe final de la justice*. Mais par quelle puissance déterminée la justice obtient-elle ce triomphe ? Par celle du Serment qui est une divinité tour à tour vengeresse et bienfaisante.
« Le Serment court avec les sentences iniques’.... Le fils de Saturne a institué cette loi pour les hommes : que les poissons, les bêtes sauvages et les oiseaux ailés se mangent entre eux, car parmi eux n'est pas la justice; mais il a donné aux hommes la justice, qui est de beaucoup le premier des biens. En effet, si quelqu’un veut bien selon sa conscience dire ce qui est juste, Jupiter au vaste regard lui donne la prospérité; mais le témoin menteur qui commet un
1. Iliade, III, 2Î8; XIX, 2.‘>9. — 2. Tm\ et jours . 220. — :t. Trar. et jours , 5f»7. — 4. /Wd.,215. — 5. 517.
L’HOMME DANS HOMÈRE parjure volontaire et qu’un égarement irrémédiable entraîne à violer la justice, celui-là ne laisse après lui qu’une postérité qui se flétrit : au contraire après l'homme vrai dans le serment s’élève une postérité plus florissante1. »
Il faut se rappeler qu’Hésiode, en composant ces vers, pensait aux procès de son temps, peut-être aux siens, où le serment était décisif, comme dans le procès représenté sur le bouclier d’Achille.
On le voit, la justice est un sentiment, une force morale, que le poète personnifie et divinise au même titre que la pudeur ou l’esprit de querelle. Le serment est un acte religieux et social, c’est une force tirée de la vie réelle et de la foi positive qui, en se divinisant, se rattache directement aux déesses antiques et vénérabl es par lesquelles on jure, et qui sont des objets d’adoration et d’horreur pour les mortels. Aussi continuera-t-il de présider aux institutions, aux tribunaux, aux conseils, aux assemblées, tant que la vie politique et la vie sociale existeront en Grèce.
Faisons un pas de plus, et nous trouverons les divinités protectrices des serments mêlées elles-mêmes à la vie et à la réalité par l’Imprécation (\p«), un des noms qu elles portent. L’Imprécation est étroitement liée au Serment’; à tout serment, à toute convention solennelle était restée attachée dans les mœurs grecques une imprécation. Mais ses applications s'étendent plus loin. On peut dire en général que les Érinnyes sont chargées de réprimer toutes les transgressions impies. En principe, l'imprécation est la protestation