I. 274. — 2. Hésiode, Trav. et jours
ET DANS HÉSIODE
«lu droit violé qui, impuissant dans le présent, appelle dans l’avenir une compensation (row/Qque lui garantissent des lois éternelles. En exposant comment Homère concevait le gouvernement du inonde, nous avons dû indiquer quelles étaient les fonctions des Erinnyes, préposées originairement au maintien des droits de la famille, puis, par suite, présidant à la cité, qui n est que le développement de la famille, et aux rapports sociaux des hommes entre eux, enfin associées a Mœra comme causes fatales des égarements pernicieux et comme gardiennes de l’ordre dans la nature. Bien que ni Homère ni Hésiode ne parlent de leur rôle dans la conscience ni de leur influence sur les remords, il est impossible de séparer de la conception primitive des Erinnyes l’idée des tourments intérieurs de l’Ame après la perpétration d'un crime. La furie qui recueille et réalise l'imprécation, ne punit pas le coupable sans présenter à son esprit épouvanté le double souvenir de ce qu’il a fait et de la malédiction qu’il a encourue : autrement, elle ne personnifieraitpas cette malédiction. Aupointde vue de la poésie, il n’est pas indifférent de remarquer que l’Imprécation a un caractère plus dramatique que le Serinent. Celui-ci représente une nécessité, l’obligation de respecter certaines limites; c’est, une des premières abstractions qui aient été conçues par les Grecs, et il n'est tombé dans le domaine de l’imagination que par une application de la loi universelle de l’anthropomorphisme, en dehors de laquelle il ne pouvait rester. Derrière l’Imprécation on sent à l’origine un être humain qui souffre et qui se venge : créée par l’imagination de moitié avec la conscience, Erinnvs, dont
l/HOMME HANS HOMÈRE
l’approche est terrible trouble et obsède les Ames par des émotions et par des fantômes.
Quand on voit ainsi se former la société, primitive autour de ce groupe d'idées si fortement imprimées dans la foi et dans les mœurs, on mesure avec quelque surprise le chemin qu'avait du parcourir la libre pensée des Grecs pour arriver aux sophismes que Socrate réfute dans le Gorgïas. Cette prétendue opposition entre les lois naturelles qui consacrent, dit Calliclès, le droit du plus fort, et les lois d’usage qui établissent une égalité de convention, cette conjuration des faibles pour enchaîner les forts comme des lions qu’il faut apprivoiser, cette oppression organisée des génies trop vigoureux par la multitude médiocre et craintive, ces audacieuses théories à l’usage des ambitieux sans scrupule, ne s'accordent pas plus avec la vérité historique qu’avec la saine philosophie. Assurément les bases de la société naissante n’ont pas été posées en Grèce par un calcul intéressé de la foule. Elles sont bien l’œuvre de tous, mais sous une inspiration religieuse. Qu’il y ait eu ou non un Orphée pour adoucir la barbarie des premiers âges, sans qu’il soit possible de rien déterminer, ni hommes ni dates, il est certain que, sous l’empire des besoins et des émotions naturels, guidés par une obscure conscience des conditions de l’humanité, les premiers Grecs placèrent la famille et la cité sous la garde vigilante et redoutable d’Até, du Serment et de l’Imprécation; et leurs croyances au sujet de ces antiques divinités relevèrent d’une même idée sentie par leurs Ames pieuses : la nécessité de