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ET DANS HÉSIODE
soumettre l’homme à l’ordre général. Quelle que soit l’énergie des instincts qui l’emportent ou qui l'élèvent, malgré ses témérités ou ses légitimes protestations, il doit subir une contrainte qui est la condition de l’harmonie universelle.
Cependant la violence et la crainte ne peuvent pas étouffer complètement ces nobles germes d’intelligence et de grandeur morale qui sont en lui. C'est la conscience de sa force qui lui fait concevoir la répression comme si terrible : il sent donc toujours cette force en lui-même, il y croit, et, par une conséquence de cette foi, il aspire et il marche à une condition meilleure. C’est la grande originalité du génie grec : il se distingue entre tous par sa puissance intelligente d’initiative et de réaction. Les anciens monuments poétiques, qui nous ont montré sous ces formes intéressantes les précautions qu'il semble avoir prises contre lui-même, renferment aussi de remarquables expressions de cette confiance qui soutient le courage et qui stimule l'activité.
Même dans le vieux mythe de Pandore, si insultant pour la faiblesse humaine et si triste dans sa conclusion, il n'est pas certain que l’homme soit éternellement livré à la souffrance. Sous les lèvres du vase d’où s’est échappée la foule libre des maux qui l'assaillent partout et toujours, il est resté un bien dont la possession lui est assurée : l’espérance. Or l’espérance, dans la pensée d’Homère et d’Hésiode, n’est pas simplement un leurre jeté sur le mal présent, une source intarissable de déceptions pour l’avenir : elle a pour base solide la nature des dieux olympiens et celle des hommes eux-mêmes.
l.'HOMMK DANS HOMÈRE
D'abord lt* cœur de ces dieux n est pas fermé à la bienveillance ni à la pitié. Si les ténèbres uù se cachent les fondements du monde, recèlent des divinités immuables dans leur colère comme les principes qu’elles représentent, les dieux supérieurs qui régnent dans les sphères lumineuses ne sont pas de même inflexibles; leur justice est plus humaine et moins implacable. Le coupable peut se racheter par l'efficacité du repentir. Tel est le sens évident de la célèbre allégorie d’Homère :
« Les Prières repentantes sont lilles du grand Jupiter; boiteuses, ridées, au regard oblique, elles s’efforcent de suivre Até. Celle-ci est forte et a les pieds agiles : aussi elle s'élance bien loin en avant d’elles toutes, et elle les devance en toute contrée dans sa marche fatale aux hommes; mais les Prières viennent à sa suite guérir le mal qu elle a fait. Celui qui accueille avec respect ces filles de Jupiter, obtient d'elles un grand secours; elles écoutent ses vœux suppliants; mais celui qui les dédaigne et les repousse avec dureté, elles vont prier Jupiter, bis de Saturne, d'attacher il ses pas Até, abn qu’il expie sa faute par le mal *. »
11 y a donc un moyen de se soustraire à cet enchaînement de crimes et de châtiments que s’attire l'Injure hautaine : c'est une humiliation profonde et volontaire, c est l’attitude timide, embarrassée, répugnante à l’orgueil humain , d’une supplication fervente et craintive. En outre, les hommes ont en eux-mêmes des ressources pour échapper aux maux qui les tour-