IHadr. IX, M
ET HANS HÉSIODE
mentent; leur condition est susceptible d’amélioration et de progrès. •
Ce principe, évidemment contenu dans le mythe des âges d'Hésiode, en fait lapparente incohérence et la profonde originalité. l.e fond primitif du mythe, c’est, sans contredit, cet antique sentiment d'une déchéance par laquelle l'homme s’est expliqué à lui-méme ses idées de bonheur absolu si peu justifiées par sa condition actuelle. Il s'est figuré qu’autrefois il avait joui de cette félicité parfaite dont le désir le poursuivait, que ce désir était un souvenir, un regret, un rêve du passé plutôt que de l’avenir, et, si cette pensée aggravait pour lui les tristesses du présent, il trouvait aussi une sorte de douceur à se réfugier dans ces images si différentes de la réalité. De là de très-anciennes traditions, qu’on retrouve dans les quatre Yougas des Hindous, et assurément très-antérieures à Hésiode, sur une diminution proportionnelle de la durée de la vie et du bonheur, depuis l’époque originelle jusqu’à l’époque présente. Prenez les deux âges extrêmes décrits par le poêle grec, et cette idée fondamentale ressortira avec toute sa force.
« D’abord les immortels habitants des demeures olympiennes firent d’or la race des hommes à la voix articulée. Ces premiers hommes existaient sous l’empire de Saturne, quand il régnait dans le ciel : ils vivaient comme des dieux, l’âme exempte de soucis, étrangers aux fatigues et au chagrin; la triste vieillesse ne les approchait pas; mais, les pieds et les mains toujours semblables, ils goûtaient la joie des festins, hors de l’atteinte de tous les maux; ils mouraient comme vaincus par le sommeil. Ils étaient en
I/HOMME DANS HOMÈRE
possession de tous les biens : la terre féconde produisait d’elle-même des fruits en quantité, et eux, tranquilles et sans contrainte , ils en jouissaient dans l’abondance et la félicité'. »
En regard de ce tableau, voici le lot des contemporains d’Hésiode, qui forment la race de fer :
« Jamais, ni le jour ni la nuit, ils ne cesseront d’être minés par la fatigue et par le chagrin; les
dieux leur prodigueront les inquiétudes pénibles Ni
le père ne s’accordera avec les enfants, ni les enfants avec le père, ni l’hôte avec l’hôte, ni le compagnon avec le compagnon, ni les frères ne s’aimeront d’une affection durable. Ils se hâteront d’outrager leurs parents vieillissants; ils leur adresseront des paroles dures et insultantes, les impies, sans souci de la vengeance des dieux; incapables de rendre à la vieillesse de leurs parents les soins qu’a reçus leur propre enfance, ils ne connaîtront que le droit de la force : par un échange de violence ils saccageront leurs villes. Ni le serment, ni la justice, ni le bien n’obtiendront plus d’honneur; tous les hommages seront pour la méchanceté et pour la violence; la brutalité remplacera le droit, la pudeur n'existera plus; le mauvais opprimera le bon par son langage faux et par ses parjures. Les misérables hommes auront tous pour compagne assidue l’Envie à la voix discordante, au visage repoussant, qui ne connaît que la joie du mal *. »
Voilà les deux termes opposés, et le contraste est frappant. Mais examinez les âges intermédiaires : dès le second, s’annonce l’apparition d’un élément qui