‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 46 sur 205 · Trav. ci jour», 109 et s. — 2. 1ÎB et s · texte numérisé non relu

Trav. ci jour», 109 et s. — 2. 1ÎB et s

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semble en contradiction avec la légende primitive. La race qui peuple alors la terre est, il est vrai, la race d'argent; les hommes dont elle se compose vivent pendant de nombreuses années, et, après leur mort, « ils sont appelés les bienheureux mortels des enfers. » Ils ont donc encore, malgré la distance infinie qui les sépare des hommes du premier âge, devenus après leur existence terrestre des génies bienfaisants, gardiens de la justice, ils ont des privilèges, une supériorité par rapport aux âges suivants. Cependant ces êtres inertes, engourdis dans la matière, dont presque toute la longue vie se passe dans une enfance stupide, et qui, à peine arrivés à la puberté, meurent victimes de leur- sottise impie, sont en réalité inférieurs aux hommes de la race d'airain qui leur succèdent. Ceuxci au moins sont vivants et énergiques au milieu des excès où les emporte leur indomptable violence; et ils servent de degré pour monter jusqu’à la quatrième race, o la race divine des héros, » ces demi-dieux qui ont combattu sous les murs de Thèbes et de Troie, que leur gloire et leurs vertus ont rendus dignes d’habiter après leur mort les îles Fortunées sous le sceptre de Saturne.

Ainsi du second âge au quatrième il y a progrès; l’énergie humaine s’est dégagée de la matière, s’est développée, et d’un état barbare et brutal elle s’est élevée jusqu’à reconquérir par une demi-apothéose les joies de l’âge d’or. Il est vrai que de l’âge héroïque l’humanité retombe immédiatement dans l’âge de fer. Mais on peut dire qu’avec ce cinquième âge qui représente sa condition actuelle et auquel Hésiode se désole d’appartenir, commence la réalité : 1 âge hé-

L’HOMME DANS HOMÈRE

roïquc achève un premier cercle tout merveilleux que ferment ces brillantes et glorieuses légendes par lesquelles l’épopée enchante les hommes d’aujourd’hui. Or, si dans la réalité de la vie présent® ils se sentent bien loin de ces héros transfigurés par la poésie, cependant ils ne sont pas enchaînés à une condition définitive; l’espérance ne leur est pas interdite, non plus que le progrès; la série des âges n’est pas encore close : le poète regrette de ne pas être né dans la période suivante1, et, au milieu des prédictions sinistres dont son humeur chagrine accable sa génération, il reconnaît que le mal admettra le mélange du bien *.

L’idée du progrès est donc bien visible dans la suite irrégulière de ces cinq âges. C’est 1 idée grecque par excellence. Le Grec, tout en sentant profondément la faiblesse et la misère humaines, croit en lui-même : c’est pour cela qu'il a tant d’activité et d’invention. Lorsqu'il a pris dans les légendes communes de l’humanité le mythe des âges, il y a mêlé un élément nouveau et disparate, le principe du progrès que lui révélait la conscience de sa nature propre et de son avenir, et par là il y a mis son empreinte. Ce sens particulier et si intéressant du mythe d'Hésiode semble s être perdu après lui. Du moins on n'en trouve plus trace dans les imitations beaucoup moins expressives d’Aratus, de Virgile, d’Ovide, où la rigueur logique du développement n’a pas médiocrement contribué à effacer tout caractère antique et religieux.

I. Vers 17IJ. — #2. Vers 177 ,’A/.).* ijATîr,; xou to:*i lupuUiat toô>.*

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Assurément il serait hardi d’allirmer l’authenticité absolue de tous les vers qu’on lit aujourd’hui dans le mythe du poème des Travaux. Mais ce serait singulièrement exagérer le scepticisme, que de le réduire à un rapprochement fortuit de morceaux incohérents ou modifiés par le caprice des anciens éditeurs. Allâton môme jusqu’à croire que ces morceaux sont d origine différente, on ne peut nier qu'ils appartiennent à l'antique école hésiodique, et que, nar conséquent, cette idée de progrès qu’ils contiennent y a été au moins introduite par l’esprit grec dès une époque trèsreculée. Nous venons de remarquer que cette idée ne se retrouve plus dans les siècles sui\ants; il faut ajouter qu’au contraire elle est d’accord avec la doctrine générale du poème.

Quel est, en effet, le sens de l’autre grand mythe par lequel est expliquée la destinée humaine, du mythe de Prométhée? N’y voit-on pus de même l'homme dépouillé de sa félicité première, mais gardant son énergie industrieuse et l’espérance? lit, dans le reste de l’œuvre, si le poète parle avec un ressentiment personnel des misères de son temps, sans aucun doute il ne croit pas que les Muses de l’Helicon, en lui remettant le sceptre de laurier, ne lui ont donné pour mission que de maudire et de désespérer ses contemporains. Non; l’objet de sa vocation, c’est au contraire de leur porter, avec la triste science du présent, des paroles d’espérance pour l’avenir qui stimulent leur courage et leur activité. Avec les causes des peines actuelles de la vie, sa voix accentuée et pénétrante leur en dira aussi les remèdes.

Tel est bien le but de son poème. Que signifieraient

LHOMME HANS HOMÈRE

ces exhortations réitérées au travail et à la droiture, s'il n’y avait pas au bout une récompense? L’homme est condamné pour vivre au travail; il a, de plus, à lutter contre les désordres d’une société livrée à l’avidité des grands et à la mauvaise foi : mais néanmoins le travail, énergique et assidu, est la source de tous les biens. 11 donne la richesse et la dignité, il engendre toutes les supériorités, il concilie la protection divine. Voilà le fond de l’enseignement d’Hésiode.

Dans le détail, sa morale paraît souvent étroite et sèche, prudente jusqu’à la défiance, égoïste, sans noblesse, rarement délicate et généreuse. On y reconnaît le paysan dur aux autres comme à lui-même; on y sent l’ âpreté de sa lutte journalière contre la nature et contre le besoin :

« Donne à qui donne; ne donne pas à qui ne donne pas. — Si tu mets de côté petit à petit, et si tu le fais souvent, bientôt ton épargne deviendra grande. — Invite à dîner ton ami, laisse ton ennemi; invite surtout celui qui demeure près de toi : car s’il t’arrive un accident dans ton bourg, les voisins accourent sans ceinture, tandis que les parents prennent le temps de se ceindre. Un mauvais voisin est un fléau; comme un bon est un grand bien. — Ton bœuf ne mourra pas, si ton voisin n’est pas mauvais. — Faistoi donner la juste mesure par ton voisin, et rendslui de même, et même, si tu peux, avec du surplus, afin que plus tard, dans un jour de besoin, tu trouves encore en lui un prêteur généreux. »

Voilà quelques-uns des préceptes d’Ilésiode; il en a encore plus d’un du même genre. Voyez jusqu’où il va : h Même en liant avec ton frère, aies un témoin. »

ET DANS HÉSIODE

Le poêle lui-même ne rit pas avec son frère, mais il lui adresse de rudes admonestations :

« (Travaille) pour que tu recueilles les moissons de Gérés, pour que chacune croisse et mûrisse en son temps, et que dans l'intervalle tu n’ailles pas, pressé par le besoin, mendier dans les maisons étrangères, en perdant ta peine. C’est ainsi que dernièrement tu es venu à moi; mais je ne te donnerai plus rien, tu n’auras pas une mesure de. plus. Travaille, Persès, grand insensé, travaille aux ouvrages que les dieux ont fixés pour les hommes, afin qu’un jour il ne te faille pas, suivi de ta femme et de les enfants, le chagrin dans l ame, implorer ta subsistance de tes voisins, sourds à ta prière. Car peut-être obtiendras-tu deux ou trois fois; mais, si tu les importunes encore, tu ne réussiras plus, tu prodigueras vainement les paroles, tous tes discours ne t’avanceront à rien. Mais, je t’y engage, songe à payer tes dettes et à éviter la faim '. »

Il faut se rappeler, à la décharge d’Hésiode, que Persès, tout en dissipant sa part de l’héritage paternel, lui avait intenté des procès, peut-être même avec avantage, si l'on en juge d’après la manière dont sont apostrophés dans le poème les princes, juges corrompus, mangeurs de présents.

Cependant le principe qui dicte ces conseils intéressés n’est pas dénué d’une certaine grandeur. Cherche tes ressources en toi-même, fais d’abord appel à ton énergie : le reste suivra. Ce n'est pas là une doctrine énervante. Au moins donne-t-elle à l’homme le senti-

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