V. 392 et juiv
L’HOMME DANS HOMÈRE
ment de ce qu'il peut. L’encourager à l'effort, et lui montrer que la nécessité de sa condition, le travail, est en même temps la source de son salut, ce n’est point l’avilir à ses propres yeux, mais c’est lui révéler la richesse de sa nature. Par là, ce poète des laboureurs et des opprimés d’un coin de la Béotic, à une époque de misère, redevient le poëte de tous les hommes et de tous les temps comme dans le grand mythe de Prométhée; et ainsi se relient ensemble, à travers les incohérences de détail, les deux parties de l’œuvre qui lui est attribuée, la partie générale et la partie pratique. Par là aussi s’explique le sentiment universel qui, pendant les longs siècles du paganisme, fit toujours regarder ce poëmc vénérable comme le monument d'une sagesse inspirée et presque divine. C’est Hésiode qui a dit :
« Le vice, il nous est facile d’y atteindre, même en foule : la route est unie, et il habite tout près de nous. Mais devant la vertu les dieux immortels ont placé les sueurs : le chemin qui y mène est long, escarpé et âpre au commencement; cependant, quand on est parvenu au sommet, il devient aisé, malgré sa difficulté première1. »
Quoi de plus élevé, et tout ensemble de plus humain que cette belle maxime? C’est elle qu’on retrouve au fond du célèbre apologue de Prodicus. Platon et Xénophon la répétaient encore avec respect, et la direction spirituelle des prêtres chrétiens n’a rien trouvé de plus efficace pour gagner les âmes au charme austère de la vertu. Hésiode y ajoute la sanction de