‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 49 sur 205 · I. Trav. et jours · texte numérisé non relu

I. Trav. et jours

132 L'HOMME DANS HOMÈRE

envoyé un grand fléau, à la fois la famine et la peste; les citoyens périssent; les femmes n’enfantent pas; les familles s’épuisent , par les conseils de Jupiter olympien. D’autres fois il détruit une grande armée de cette ville coupable ou abat ses remparts, ou bien ce dieu vengeur brise ses vaisseaux sur la mer*. »

Dans le plus grand effort de leur haine éloquente qui les représentait l’un à l'autre comme des objets de la malédiction divine, Eschine et Démosthène se renvoyaient ces vers consacrés depuis cinq cents ans par la vénération de la Grèce. Nous avons déjà vu Homère’ présenter d’une façon analogue ces effets opposés de la justice de Jupiter, en les rapportant plus directement à l’influence des princes sur le bonheur des peuples. 11 n’est pas sans intérêt de reconnaître, dans cette autre poésie plus libre et plus brillante, mais moins accentuée, la même forme sentencieuse et quelque peu voisine de l’apologue, sous laquelle circula d’abord dans le vieux monde grec la notion salutaire de la justice divine.

Il y a une conclusion commune à tirer de toutes ces idées sur la destinée humaine, envisagée soit dans les héros, soit dans tous les hommes en général, c’est que la religion qui en a fixé les lois n'a nullement détruit l’activité de ceux qu elle semblait réduire si complètement sous sa puissance jalouse. Au contraire, tout en acceptant son joug, ils agissent et ils espèrent, ils vivent de leur vie propre, et cette vie, sous son inspiration, est énergique et, à des degrés divers, passionnée. En un mot, la religion est un secours,

Page 1