‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 51 sur 205 · Oct1 eî<r’ 06(icvo; xai àr.jisvo · texte numérisé non relu

Oct1 eî<r’ 06(icvo; xai àr.jisvo

DANS HOMÈRE

Voilà les contrastes : ce sont eux qui frappent d’abord et qui donnent aux tableaux leur effet et leur force expressive. Mais, en même temps, comme il règne dans tout le morceau une harmonie heureuse et complète! Que de convenances et d'affinités entre les diverses parties! Que d’intentions délicates, serait-on tenté de dire, si l'on ne sentait que cette subordination des impressions particulières à une impression générale est trouvée d instinct et d’inspiration! Quelle est, en effet, l'impression dominante? Malgré le but que se propose Homère, quoiqu’il éveille dans le cœur de Nausicaa une émotion bien voisine de l’amour, quoiqu’elle l'avoue elle-même simplement à ses compagnes et qu elle aille jusqu’à le dire à demi à celui qui le fait naître, par quel détour ingénu de coquetterie naturelle et fière, c’est ce que le texte seul pourrait faire sentir : néanmoins tout vient se résumer dans un sentiment général de pureté; toute cette scène délicieuse est empreinte d’une grâce pure et d’une délicatesse naïve, où réside l’intérêt particulier qu elle inspire. Supposez-y un autre caractère : vous tombez nécessairement dans l’afféterie ou la grossièreté, et le charme s’évanouit.

Cet effet qu’éprouve la fille d’Alcinoüs, il était inévitable. Nous en connaissons la cause première : c’est un artifice de Minerve qui veut assurer le retour de son protégé; et certes, elle n’épargne rien poulie succès. Comment Nausicaa aurait-elle résisté à cette influence supérieure? Un songe, ou plutôt la déesse elle -même est venue la solliciter à sc rendre au lavoir du fleuve, afin de préparer des vêtements éclatants de blancheur en vue d'un hymen auquel pense

142 DES QUALITÉS DRAMATIQUES DE COMPOSITION tout le monde autour d’elle, sa famille comme les premiers des Phéaciens. Elle y va donc, et tout à coup un naufragé se présente à ses yeux; puis, il se trouve que ce malheureux dont elle a secouru par pitié la détresse, est doué de l’éloquence la plus séduisante eide la plus éclatante beauté : n’était-ce pas une inspiration divine qui lui suggérait de venir? N’est-ce pas là cet époux inconnu dont tout lui parlait d’avance, son rêve, le visage même de son père quand il la comprenait à demi-mot, ses propres pensées? Comment ne croirait-elle pas le reconnaître, dans le trouble de la double surprise où la jettent les deux aspects si différents sous lesquels l’étranger lui est successivement apparu? Regardez-la cependant, et dites s’il pouvait naître une fleur plus pure dans cette nature à moitié sauvage dont les vers du poêle nous apportent comme le parfum. Voyez ce charme qui s’ignore, cette liberté et cette noblesse d allure dans les jeux auxquels elle s'abandonne avec ses femmes :

« Telle, dans le Taygète élevé ou dans l’Erymanthe, Diane armée de flèches descend la pente des montagnes, faisant son jeu de poursuivre les sangliers et les cerfs rapides; autour d’elle s’ébattent les nymphes sauvages, filles du dieu de l’égide; et Latone jouit dans son cœur : Diane élève au-dessus de toutes sa tète et son front; elle est facile à reconnaître, quoique toutes soient belles. Ainsi brillait au milieu de ses femmes la jeune vierge. »

Tout ce qui entoure Nausicaa participe de sa beauté, les compagnes de ses jeux, comme les deux femmes douées par les grâces, qui, la nuit, gardent la porte bien close de sa chambre virginale, pendant que sur

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son lit arlistement travaillé, elle dort semblable aux immortelles. Elle semble tout illuminer de son éelat. Mais surtout, quel accord entre la beauté de la jeune vierge et celle du lieu où elle paraît aux yeux d’Ulysse! La solitude gracieuse de ce vallon, ces rives boisées d'un fleuve qui verse ses belles eaux dans la mer entre les rochers du rivage, n’est-ce pas une demeure naturelle pour les nymphes des sources et des montagnes, dont le héros à son réveil croit entendre les voix? Aussi, quand il aperçoit la fdle d’Alcinoüs, quelles idées se présentent à son esprit? « Que tu sois une déesse ou une mortelle, je t’implore, ô reine. Si tu es une des divinités qui habitent le vaste ciel, je me figure que tu es Diane, la lîlle du grand Jupiter : tels doivent être sa taille, et son air, et sa beauté. Si lu appartiens à la race des mortels qui vivent sur la terre, trois fois heureux ton père et ta mère vénérable; trois fois heureux tes frères; sans doute leur âme est pénétrée d’une joie bien douce, et sans cesse renouvelée, à cause de toi, quand ils voient se mêler aux chœurs de danse un pareil rejeton... » Et, conduit par cette image, si expressive dans le grec, il la compare à une pousse de palmier, élancée et vigoureuse, qu'il acontemplée autrefois avec admiration près de l’autel d’Apollon, dans l île sainte des enfants de Latone.

La première partie de la scène semble vraiment conçue sous 1 inspiration de la chaste et fière déesse de la chasse : 1 île et l’arbre qui lui sont consacrés, les retraites sauvages, témoins de ses courses, et son gracieux cortège, son iimige enfin et tout ce qu elle rappelle, ne quittent pas la pensée du poète. C’est sous ses traits qu’il voit Nausicaa et que nous la

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