‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 6 sur 205 · Iliade, V, 859. - 2. Iliade, IV · texte numérisé non relu

Iliade, V, 859. - 2. Iliade, IV

LA RELIGION DE LA NATURE

cachent le grand Jupiter, spectateur et modérateur de leurs luttes, qui souvent manifeste sa présence par les éclats de sa foudre ou par les ouragans qu’il déchaîne, fait tourbillonner cl renverse les phalanges sous les coups de son fouet, ou bien les lance en avant par l'impulsion de sa puissante main Tout à coup, au-dessus des combattants consternés, le ciel s’obscurcit: c’est lui qui trouble l'atmosphère, dont il est le dieu suprême, et c’est à lui qu’Ajax adresse son héroïque adjuration : « Grand Jupiter, délivre de ces ténèbres les fils des Achéens, rends-nous la sérénité du ciel et fuis que nos yeux voient ; perdsnous ù la clarté du jour, puisqu il te plaît de nous perdre! »

Ainsi le champ de bataille des Grecs et des Troyens est rempli de la divinité. A tous ces phénomènes physiques qui sont comme ses actes, répondent encore les spectacles que la mer et les montagnes voisines offrent d’elles- mêmes à leur naïve curiosité, comme pour tenir leurs sens dans un état d’excitation perpétuel, au milieu de ce mélangé des émotions volontaires ou intelligentes de la nature personnifiée, et des troubles ou des mouvements aveugles de la nature matérielle, inintelligente et passive. Ce dernier genre de peintures se trouve surtout, il est vrai, dans les comparaisons du poète. Mais ces vives images des objets les plus proches de ses héros représentent leurs sensations réelles, tout en complétant l’effet du tableau général dont elles multiplient les aspects et qu elles agrandissent. En même temps que les cris

1. Voyez dans Vlliade, XII, 37; XII], 812 ; XX, 2M, et ailleurs.

DANS HOMÈRE

ries Argiens, on entend le bruit des vagues soulevées qui battent à coups redoublés ce rocher escarpé du rivage1. Cet incendie qu’allume aux lianes boises des montagnes l'imagination d’Homère pour rendre l’éclat des armes et l’ardeur dévorante de la bataille, nous le voyons, comme les combattants ont pu le voir, rouler les tourbillons de ses flammes dans les forêts de l’Ida*. C’est ainsi que la nature, et même la nature voisine, vient accroître la grandeur poétique des scènes humaines.

Il serait facile d’en multiplier les preuves. Voici un passage qui mérite peut-être une attention particulière, parce qu’on y voit bien comment se réunissent dans un admirable ensemble les aspects de la guerre et ceux de la nature, soit sous les formes propres de celle-ci, pour ainsi dire, ou sous la forme des dieux qui la représentent. Neptune, dont la chevelure azurée rappelle la couleur de l’élément qui lui est consacré, conduit lui-même les Grecs contre Hector; il brandit à la main une longue épée qui brille comme l’éclair. Le voici donc transformé en divinité des combats; mais voyez s’il ne reste pas en même temps le dieu des flots :

« La mer * vint baigner les tentes et les vaisseaux des Grecs, tandis que les deux armées se rencontrèrent en poussant des clameurs immenses. Ni la voix des vagues ne s'élève avec un pareil fracas, quand le funeste Borée soufflant de la haute mer les pousse contre le rivage, ni le feu ne brûle avec un bruit pareil dans les vallées d’une montagne où il consume les forêts, ni le vent le plus sonore et le plus furieux ne mugit avec

I. Iliade, I!, m. - 2. Iliade, 11, 455; XI, 155; XX, 490, XXIV, 396.

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