Ch. XIV
34 LA RELIGION DE IA NATURE
celte force dans la che\elure élevée des grands chênes.... »
Mais nulle part le rapport qui unit la nature et les grandes divinités dont elle semble à la fois la substance et l’empire, ne se montre plus directement que dans le célèbre passage du vingtième chant de l'Iliade où elles se manifestent dans tout l’éclat de leur majesté et de leur puissance. C'est au dernier combat du poème, celui où Achille paraît enfin sur le champ de bataille. En même temps que la destinée reprend son cours, les dieux, enchaînés auparavant par la volonté de leur maître, descendent libres et sans déguisement dans cette plaine d’Ilion où ils n’ont pas cessé d'être présents par la pensée et par la passion ; ils vont s’attaquer en face dans une lutte prodigieuse, pour le plaisir de Jupiter lui-même qui, du haut de son trône de nuages, se repaîtra de ce spectacle. A l'approche des combattants divins, l’univers se trouble, les montagnes tressaillent, et il semble que leur clioc va faire rentrer le monde dans le chaos 1 :
« Lorsque les dieux Olympiens \inrent se mêler aux guerriers, la forte Eris la discorde , qui ébranle les armées, s’élança; Minerve faisait éclater ses cris : tantôt elle se tenait près du fossé creusé en dehors de la muraille du camp, tantôt elle poussait sa grande voix sur le rivage retentissant. Du côté opposé lui répondait Mars, pareil au noir tourbillon, envoyant aux Troyens ses cris d’exhortation de la pointe extrême de la ville, ou bien de Callicoloné, dont il parcourait rapidement la pente baignée par le Siinoïs.