‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 65 sur 205 · Vers 397 et suiv · texte numérisé non relu

Vers 397 et suiv

un dénoûment commun tous les incidents qui se produisent, tout le mouvement des passions et des caractères. On peut accorder qu’un lien unit entre elles les diverses parties des odes de Pindare. Mais comme cette composition d’œuvres savantes et complexes, sur laquelle discutent les érudits, est loin de la simplicité et de la clarté qui conviennent au poëme tragique! Après avoir conduit assez régulièrement Jason depuis lolcos jusqu’au repaire du dragon qui garde la toison d'or, tout à coup Pindare s’arrête et tourne court : Pourquoi ? C’est qu’il a terminé les allusions mythiques qu’il lui convenait de faire au roi Arcésilas de Cyrène, assurent certains interprètes; au rebelle, mais généreux Damophile, répondent d’autres. Pourquoi ce rayon de lumière sur telle partie de la légende, tandis que telle autre reste dans l’ombre? C’est qu elle est en rapport avec les origines de la grande ville lybienne, ou bien avec la fête où se célèbre la victoire, ou bien avec le sanctuaire près duquel elle a été remportée. Si ces interprétations vous paraissent contestables, vous en chercherez d’autres, car il faut interpréter : le récit du poète ne se suffit pas à lui-même, et l’auditeur n’est pas tout entier à l’impression des faits exposés. Au contraire, il est sollicité en tous sens par la multiplicité de ces riches effets : quoi de plus opposé à la nature de l émotion dramatique? Quelle que soit l’harmonie particulière de chacune des compositions du grand lyrique, elle reste toujours bien différente de celle qui est propre au drame.

En dehors, bien entendu, des chœurs et des scènes lyriques, une seule partie de la tragédie grecque a pu profiter des exemples de Pindare et de ses prédéces-

DU PROGRÈS DES QUALITÉS DRAMATIQUES seurs dans le genre où il a excellé : je veux parler de ces belles narrations que nous lisons dans Sophocle et dans Euripide comme dans Eschyle, et où le changement de mètre et de mouvement n’empêche pas de reconnaître dans les descriptions et dans les mots une inspiration toute lyrique. Voilà sans doute la seule réserve qu’il faille faire.

Pindare est le contemporain d’Eschyle, et ce serait tenir peu de compte des dates que de chercher dans ses odes des modèles pour la tragédie naissante. Mais on peut du moins les prendre jusqu'à un certain point pour types des œuvres lyriques qui appartiennent aux époques antérieures. Si, en effet, il a été proclamé le premier de beaucoup' des neuf poètes que la critique ancienne considérait comme les coryphées de cet art, c’est évidemment que les principales des qualités essentiellement lyriques se trouvaient chez lui au plus haut degré. Or ces qualités ne sont nullement dramatiques, en ce sens qu elles ont, pour ainsi dire, une valeur indépendante, qui les empêche de se soumettre aux exigences d’une action complexe et régulièrement développée. Les détails de la forme sont trop importants; le plus souvent les impressions se multiplient avec trop de richesse et de rapidité; quelquefois aussi, par exemple dans les chants de deuil ou de victoire, il a dû arriver que l'expression d’un même sentiment fût trop prolongée. Chaque poète a varié le caractère de ses compositions suivant leur genre et suivant son génie propre; mais on peut affirmer que toutes, même les plus graves, comme les hymnes et, en général, les

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