‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 75 sur 205 · IV · texte numérisé non relu

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doctrine Orphique. Tous ces noms et tous ces faits, quel qu'en soit le degré d’authenticité, nous montrent les Grecs avides de recueillir les enseignements d’une sagesse inspirée et demandant avec ardeur une révélation des lois secrètes qui règlent la destinée humaine, ou du moins une communication merveilleuse des moyens qui pourront en rétablir l’harmonie troublée. Ils s’exaltent et s’humilient tout ensemble dans un clan passionné vers la pureté, l’ordre et la paix.

Voici un autre effet de cette idée féconde qui fait dépendre la destinée des mortels de l’observation des lois primordiales, c’est-à-dire des lois de la nature. L’expiation est déjà une satisfaction donnée à ces lois et un moyen de rentrer dans l’ordre général : de plus, les Grecs vont chercher dans les mystères de la mort et du monde infernal l’explication et les causes des mystères de la vie. De même que la fécondité du sol provient de la force cachée qui vivifie au sein de la terre la graine tombée de l’arbre dépouillé et renouvelle sans cesse, dans les phénomènes de la végétation, l’alternative éternelle qui fait sortir la vie de la mort et la joie de la désolation : de même, dans les régions souterraines qui, d’après la loi universelle de destruction, ont reçu les débris de l’être humain, résident des puissances inconnues qui président à son existence, en règlent le cours et, par suite, en déterminent les joies et les tristesses, les récompenses et les châtiments. Principes de production et d’ordre dans la nature, elles protègent aussi les droits de la famille et de la cité, elles répriment toute tentative individuelle ou collective des hommes pour franchir les limites

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qui, en vertu du pacte fondamental de l'univers, sont imposées à leur liberté et à leur force. C’est d’abord par la disette ou par l’abondance des biens de la terre, par la maladie ou par la santé du corps, qu elles manifestent leur colère ou leur bienveillance. Mais elles ont aussi dans leur ressort les maladies de l’esprit et de l'âme, les passions et leurs conséquences. Elles embrassent ainsi toutes les causes physiques et morales des faits qui se produisent dans la vie, et surveillent la destinée de chaque homme, de chaque famille, de chaque cité, enfin en général de l’humanité. On conçoit facilement qu’en face de l’énergie réfractaire et passionnée de l’homme, leur rôle est plus souvent répressif que rémunérateur.

Nous avons déjà rencontré ces puissances dans Homère et dans Hésiode. Ce sont, pour rappeler le nom des principales, les Titans vaincus et le souverain des Enfers, Hadès ; ce sont, plus directement en rapport avec les mortels, Mœra, les Erinnycs, et leur cortège à demi-allégorique, Até (l’aveuglement criminel et pernicieux), et llorcos (le serment). A ces divinités il en faut joindre d’autres qui tiennent une place importante dans les mœurs religieuses de la Grèce, et qui ont des droits particuliers à notre intérêt, parce qu'elles nous font voir l’homme pénétrant dans ce monde mystérieux et s'y établissant, comme pour se servir à lui -même de médiateur auprès de la puissance redoutable qui s’y cache et pour se créer un appui contre elle dans son sein : ce sont les héros. La conception des héros est double : il s’y attache l'idée d’une immortalité rémunératrice, et elle fait partie de la religion des morts.

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Qu’est-ce que l'immortalité des héros? Lu notion la plus pure la présente comme un effet de la gloire et de la vertu par lequel l’homme se survit réellement à luimême. Quoique cette vue n’ait pu être dès l’origine très-nette dans l'esprit des Grecs, le mythe des Ages chez Hésiode1 nous la laisse déjà assez distinctement apercevoir. Les hommes de la première race deviennent, après leur vie douce et innocente, des démons justes et bienfaisants : « Lorsque la terre eut reçu leur race dans son sein, ils devinrent, par les desseins du grand Jupiter, les bons démons qui, à la surface de la terre, gardent les mortels : parcourant toute la terre, enveloppés d’un nuage, ces gardiens observent les actions justes et les actions mauvaises, et dispensent la richesse. Telle est la noble fonction qui leur a été dévolue. » Voilà déjà une sorte d’apothéose qui élève les premiers hommes au rang d’intermédiaires entre la terre et le dieu suprême. Jlais ces premiers hommes appartiennent à peine à l’humanité. Ils ont vécu sous le règne de Saturne et sont antérieurs à l’ordre actuel ; ils n’y sont entrés qu’après leur mort. Ce sont des éléments du inonde dans une conception morale et religieuse; mais leur vie elle-même n'a pas un caractère moral, car, le mal n'existant pas encore, leur innocence n’avait rien de méritoire, et leur félicité présente n’est que la continuation de leur félicité passée. Tels sont les démons d’Hésiode, point de départ intéressant de celte démonologie savante ou superstitieuse à laquelle les spéculations et les rêveries des philosophes, de Thaïes, de Pythagore, de Platon, des stoïciens, des

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