‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 76 sur 205 · Op. et V. , 121 <iî suiT · texte numérisé non relu

Op. et V. , 121 <iî suiT

L'ORPHISME.

néoplatoniciens, donnèrent plus tard tant de développements en sens divers.

Pour le vieux poète, ces démons sont très- distincts des héros, dont 1 idée est chez lui plus précise et plus déterminée. Les héros ont été de \rais hommes; ils ont passé par les épreuves de l'humanité à une époque relativement historique; ils ont chacun leur histoire et leur nom. Ils appartenaient à la race pieuse et guerrière qui a péri sous les murs de Troie et de Thèbes aux Sept Portes. Maintenant, après leur vie glorieuse d’efforts et de luttes, ces mortels sont devenus des demi-dieux qui, en dehors de la condition commune, loin des hommes et des immortels, mènent sousTe sceptre de Saturne une existence bienheureuse ; ils habitent, à l’extrémité de la terre, les îles de l’Océan, où trois fois l'année le sol généreux les fait jouir de sa douce fécondité.

La seconde idée qui entre dans la conception des héros est plus profondément religieuse et, sans doute, plus ancienne. Elle se confond avec celle qui a fondé le culte des parents et des ancêtres.

Le premier objet de l’adoration des Grecs fut, à ce qu’il semble, la puissance productrice de la nature, dont leurs sens étaient de toute part frappés. Aussi, quand ils voulurent s’expliquer le monde, ils le conçurent, on le voit par la Théogonie d’Hésiode, comme une série d’enfantements et en subordonnèrent l’existence à la loi de la génération. Ils rendirent donc d’abord un culte aux principes producteurs. Or au nombre des agents de production ils rencontrèrent l’homme lui-même : agent privilégié parmi les êtres mortels, portant en lui-même un attribut particulier, l'intelli-

ANTÉCÉDENTS I)E L’ORPHISME.

gence, qui lui donne une personnalité plus marquée et plus vivace, ^distingue de la foule des instruments inertes ou passifs de l'activité de la nature et le rend digne d’une place supérieure dans le système de l’univers. Tandis que les autres êtres ne sont représentés au foyer de la vie universelle que d’une manière générale par certaines divinités qui ont pour attribution spéciale d’y présider, l’homme, bien que nécessairement soumis à l’empire de ces di\ inités, mérite cependant de représenter lui-même à côté d'elles la persistance et la perpétuité de sa race. La conscience de sa dignité lui réserve donc l'honneur d’être compté parmi les forces qui maintiennent l’organisation et assurent la durée du monde. Mais il ne peut jouir de cet honneur qu’après son existence terrestre, quand il a satisfait à la loi de tous les êtres que la terre porte à sa surface, quand elle s’est refermée sur lui et que la mort lui a donné accès dans le séjour des puissances élémentaires et conservatrices de l’ordre universel.

Pendant sa vie, ses droits et ses devoirs étaient placés sous la garde de ces antiques divinités de la génération : une fois réuni à elles, il partage dans une certaine mesure leurs honneurs et leur pouvoir. Comme elles, il sait l’avenir, et quelquefois, dans les visions des songes, il envoie son propre fantôme pour le révéler aux vivants. 11 a particulièrement droit aux hommages des enfants et de la postérité qu’il a laissés sur la terre, et il punit leur négligence comme une impiété. De même que sa protection leur est nécessaire, il a besoin de leur culte. Les dieux en général ont besoin des sacrifices des mortels; c’est d’après une idée analogue qu’il est enjoint d’honorer les morts par des

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