I.'ORPHISME
la Grèce et que devaient multiplier encore les effets de la domination romaine.
On a remarqué* que le culte des héros, et principalement des héros du cycle troyen, se célébrait avec un éclat particulier dans les villes de la Grande-Grèce. Aristote’ rapporte que dans la seule ville de Tarente on offrait des sacrifices aux Atrides, aux Tydides, aux Éacides, aux Laërtiades et, en particulier, aux Agamemnonides : sans doute en souvenir de Clytemnerftre, il était interdit aux femmes de goûter aux victimes égorgées en l'honneur de ces derniers. Achille y avait aussi un temple. Philoctète était honoré à Sybaris. Près de Métaponte, dans un temple de Minerve étaient conservés les outils avec lesquels Êpéus avait fabriqué le cheval de bois. Un autre temple de la même déesse en Daunie avait aussi ses reliques du même genre : on y montrait les haches d’airain et les autres armes de Diomède et de ses compagnons. Nécessairement les fêtes consacrées à ces héros revêtaient un caractère populaire et poétique. Le côté plus particulièrement religieux se montrait dans les rites îles sacrifices, et d’abord dans le choix de l’époque où ils étaient offerts : le printemps, la saison où la bienveillance des divinités infernales se manifeste par le renouvellement de la nature. Du reste, ces fêtes, comme celles des grands dieux, étaient conçues de façon à satisfaire le besoin constant de l imagination des Grecs, ennemis des idées abstraites et aimanta se représenter la vie dans les objets de leur culte : elles avaient pour
1 . Bode, Hisl. de la poésie gr. , t. II , H* partie, p. ti7 et suiv. i. De mirab. auseull. , loti et sui*.
ANTÉCÉDENTS OE L ORPHISME.
principal ornement les chants des portes sur les exploits et sur les épreuves des héros. C'est vraisemblablement pour de pareilles solennités que Stésichore d’Himère et Ibycus de Rhégium composèrent les poèmes lyriques que les anciens rapprochaient de l’épopée'.
Nous avons déjà cité Stésichore comme un des précurseurs les plus considérables des tragiques. Le rapport de ses principales compositions avec le culte des Kéros est un fait important à relever dans l’histoire des origines de la tragédie. On en comprendra la portée, si l’on se souvient que la tradition la plus accréditée fait partir de Tarenle Arion au moment où il va introduire à Corinthe le dithyrambe ou la forme plus savante de ce genre de poème dont il passe pour linventeur. Or c’est du dithyrambe qu'est née historiquement la tragédie, et le dieu auquel il était exclusivement consacré, Bacclius,peut être considéré comme le plus divin des héros : il a une légende humaine, et c’est une divinité infernale de la production.
Avant d’insister sur ce nouveau point, bornons-nous d’abord à constater que le culte des héros, en inspirant les chants de Stésichore, conduit à la tragédie. Nous verrons qu il y aboutit également par plusieurs idées essentielles de la religion des morts. I.a même conclusion s’applique aux antiques croyances sur la nécessité et la vertu de l’expiation : elles préparèrent sans aucun doute les esprits des Grecs à la conception la plus élevée et la plus originale qu’ils aient prétendu réaliser dans le drame tragique, en lui faisant exprimer les épreuves et les angoisses de lame humaine
1 . C'est l'opinion exprimée par Bode dans le passage cité plus haut.
l’orphisme.
aspirant à l’ordre et à la sérénité. Mais ce qui paraît avoir le plus contribué à ce résultat, c’est l'influence des Mystères proprement dits, à laquelle il faut rattacher celle des Mystères Orphiques et des doctrines pythagoriciennes.