Plutarch., dr Pythi.r or., 402. Pausin.. X, \xtv
ANTÉCÉDENTS DE L'ORPHISME.
cliait la conception de l'inspiration pythique. Dans ce lieu vénéré la terre semblait percer le rocher avec une force particulière pour faire sentir, au centre de sa surface, |rt*ès de l’Omphalos, sous les deux formes de la vapeur et de l’eau, sa vertu prophétique. Aussi, quand le dieu vainqueur, Apollon, fut reconnu comme le maître de Pytho, vit-il son sanctuaire devenir luimêrrfe le centre de la religion nationale de la Grèce. Ce sanctuaire fut honoré par eux comme le principal foyer d’inspiration. Ils y subordonnèrent d’abord un autre oracle qui était situé à peu de distance, au pied du Parnasse, près de l’entrée du défilé de Delphes, celui de Trophonius. Cet être mystérieux, dont l’antre redoutable, vofcin des sources infernales du Léthé et de Mnémosyne, réservait à ceux qui osaient y descendre des terreurs et un trouble momentané de la raison, à travers lesquels ils entrevoyaient les révélations du destin, Trophonius est réduit par la légende au rôle d’architecte du temple de Pytho ; ou bien, s’il conserve quelque chose de son caractère d’antique divinité des Enfers ou de la production, c’est pour se confondre avec le fils d'Apollon, Esculape, qui tient de son père la science des plantes salutaires et des secrets de guérir, analogue à la connaissance des mystères de l’avenir.
L’autorité d’Apollon sur le monde souterrain était si bien établie dans la foi, que le grand peintre Polygnole, composant à Delphes une de ses œuvres les plus célèbres, ne crut pas pouvoir mieux satisfaire à la sainteté du lieu et à l'attente de la Grèce, qu’en choisissant pour sujet une description des Enfers. Une place d’honneur y fut réservée à Orphée, le fils inspiré
L’ORPHISME.
d’Apollon et l'instituteur «les Mystères. Ce fait nous ramène à l'idée de l'union de Bacclius avec le dieu Pvthien, et nous montre qu'elle était alors reconnue au centre même du culte de ce dernier. En revenant sur les liens qui existaient entre les deux divinités, il nous sera facile de marquer les caractères distincts qu’elles conservaient même dans leur rapprochement.
Le signe le plus frappant de l’intime union d’Apollon et de Bacclius, c’est le trépied lui-même. Cet attribut consacré du dieu prophète semble avoir été d’abord plus particulièrement le symbole de la vitalité essentielle du dieu de la vigne et de son immortalité conquise sur la mort. Primitivement dans l’usage domestique, c’est du trépied que monte la vapeur de l’eau qui frémit et qui bout, image de la vie qui redouble d’énergie en se transformant : dévorée par le feu, l’eau devient cette autre substance qui s’élève libre et légère vers le, ciel. De même, quand Dionysos Zagreus a été déchiré par les Titans, son cœur, sauvé de la destruction, verse le sang et la vie dans un nouvel être plus puissant et immortel. Le rapport du trépied avec cette légende paraît prouvé par ce fait que dans le sanctuaire de Delphes il était placé à côté du tombeau de Dionysos, comme pour rappeler, à côté du souvenir de sa mort, celui de sa résurrection. On sait, d’ailleurs, qu’aux fêtes de Bacclius le trépied était le prix décerné au chorége vainqueur. Les deux divinités possédaient donc en commun le même attribut ’. On voit que dans une des formes du mythe de Za-
1. Ce point a été surtout mis en lumière par Ollr. Muller, Pt Tripodr Velphico,p. 1 1 . Ama/lh., I, p. 110, ot par Gerhard. Autrrl. )'axenb.,p. 121.
■2k 8 ANTÉCÉDENTS DE I.’ORPHISME.
«reus, Apollon est le gardien des restes mortels de son frère. C’était lui, racontait-on, qui avait été chargé par Jupiter de rassembler et d’ensevelir les membres dispersés du jeune dieu. Il est devenu le maître du trépied, soit par une conséquence de cette fonction, soit plutôt qu’il préside au mystère du retour de Bacchus à la vie, de môme que le soleil dans la nature préside à la renaissance annuelle de la vigne et des plantes en général.
Il y a au fond de ces images et de ces récits une idée qui met Apollon Pythien en possession de la puissance fatidique par droit île souveraineté plutôt que par assimilation. En principe, il reste lui-même étranger au trouble qui accompagne l’inspiration. C’est bien par sa volonté que l'esprit vient visiter la Pythie, qu’elle éprouve sur le trépied cette espèce de fermentation des sens d’où se dégage avec effort la perception de l’avenir ; mais l’inaltérable essence du dieu ne perd rien de sa sérénité. La source et les effets de l'inspiration sont représentés par Bacchus : c’est à ce titre qu’il est à côté du dieu Pythien ; c’est pour cela que les Thyades d’Athènes et de Delphes font briller leurs torches pendant la nuit sur les sommets du Parnasse, de même que, de l’autre côté de la plaine de Thèbes, les bacchanales nocturnes couronnent les hauteurs du Cithéron ; c’est pour cela enfin que pendant un quart de l’année il devient à Delphes l’objet du culte principal. « Le reste de l’année, dit Plutarque', c’est le péan qui retentit aux sacrifices; mais au commencement de l'hiver, le dithyrambe se réveille, le péan se tait, et