‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 88 sur 205 · Aristoxéne dans Plutarque, rie Musica. XV, p · texte numérisé non relu

Aristoxéne dans Plutarque, rie Musica. XV, p

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Dans la nature, Bacclius s'attache à la vigne, qui devient ainsi le type de la vie universelle, car la vie s’y manifeste avec l’énergie la plus persistante par les phénomènes de la fermentation. Elle ne s’éteint pas, en effet, même dans le fruit détaché de l’arbre et broyé sous le pressoir : au contraire elle se dégage et s’active, pour passer avec le vin dans les veines de l'homme dont elle échauffe et remplit tout l’être, dont elle excite jusqu’au vertige ou enchaîne à son gré les forces physiques et morales. Cette vie indomptable, mystérieuse dans son principe et merveilleuse dans ses effets, les théologiens grecs en plaçaient naturellement la source dans le sein de la terre, où elle était comme l’âme frémissante de ce grand corps, et où elle obéissait à Dionysos infernal. Ceux à qui il l’envoyait ne pouvaient s’abreuver à cette coupe trop forte pour leurs sens mortels, sans en être enivrés. Voici donc le signe par lequel sa divinité se révèle chez les hommes : l’exaltation, l’enthousiasme. Tel est aussi l’élément qu'il introduit dans la poésie.

C’est là le fait capital dans l’histoire du drame grec; c est ce qui en détermina la naissance. Les épiques, Homère surtout, avaient créé l’art de faire vivre les personnages par la peinture de leurs actions et par l’expression de leurs sentiments. Ils avaient même déjà interrogé avec émotion les secrets de la destinée humaine et y avaient trouvé une source de pathétique religieux et moral. Mais ces impressions, éveillées par quelques paroles, ne s’étaient guère détachées du récit qui entraînait tout dans son cours. L’homme, d’ailleurs, ne se reconnaissait qu’à moitié flans ces héros que leur commerce avec les divinités semblait transporter

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dans un monde supérieur. Quant aux. poètes moralistes qui, principalement à la suite d’Hésiode, avaient cherché à éclairer la vie de chaque jour, leurs conseils de courage, de modération et d'espérance tendaient surtout à fonder sur la raison pratique un calme entretenu par l’activité, et l'oubli des maux de l’existence présente. .Mais voici (pie le souci de la condition humaine s’éveille avec une vivacité toute nouvelle par la douleur et par la joie; voici que s établit une communication intime entre les hommes et un dieu qui souffre et qui jouit lui-même avec une énergie de sensation à laquelle il les fait participer : le choc qu’ils en ressentent exalte leur imagination et fait naître en eux une émotion dramatique intense et profonde qui attache aux faits de la légende une valeur morale. I.a passion de Bacchus ne se distingue plus des souffrances de l'humanité, elle en est le symbole; et les élans d affliction qu’elle provoque chez les adorateurs du dieu, de même que les transports de joie qui célèbrent sa résurrection ou son triomphe, sont des effusions de la nature humaine qui se soulage au sein d’une illusion religieuse et pathétique. Le principe de l’émotion propre à la tragédie grecque est là.

Sans doute l’instinct d’imitation doit être donné, ainsi que le fit Aristote, pour l’origine générale et philosophique du drame. On peut même, en interrogeant les mœurs grecques, y trouver dans les rites du culte des manifestations particulières de cet instinct qui constituent des sortes de drames religieux et paraissent des acheminements naturels vers le drame profane : par exemple les pantomimes et les spectacles qui faisaient partie de l’exécution de certains hymnes, comme

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la représentation des noces de Jupiter et de J unon à Argos; ou bien certaines fêtes, comine en particulier YHêroidc que les Th jades célébraient à Delphes en l’honneur de Sémélé ramenée par son lils des Enfers, et, au même lieu, le Septérion, qui revenait tous les huit ans et où étaient représentées la lutte d’Apollon contre le serpent Pjthon, l’attaque, la mort du monstre et peut-être la purification du vainqueur à 'Tempé1. 11 se peut aussi que, malgré le respect qui protégeait l'inviolabilité des Mystères, certains effets des drames mystiques aient contribué à fournir à la tragédie quelques éléments de spectacle. Ainsi ces apparitions subites qui faisaient voir au fond d’un sanctuaire l’image éblouissante ou lugubre de la divinité dans sa gloire ou dans ses tribulations, ne sont pas sans quelque analogie avec cet usage constant sur la scène grecque qui, par le jeu d’une machine, offrait tout à coup à la vue des spectateurs la victime exposée dans l’intérieur du palais, et donnait le signal d’une longue explosion de sentiments passionnés.

Rien n’est moins certain (pie cette supposition. Cependant il n’est pas impossible que ces pantomimes et ces représentâtes religieuses, antérieures à la naissance de la tragédie, n’aient point été sans influence sur les premières conceptions dramatiques, même indépendamment de tout dessein arrêté d'imitation. Du moins témoignent-elles du penchant qui portait naturellement les Grecs à mettre le drame dans la religion. Mais il y avait encore une grande distance de ces sortes de spectacles à la tragédie. Ils en présentaient scu-

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