‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 89 sur 205 · I. l’iularquc, (w«l. gracie · texte numérisé non relu

I. l’iularquc, (w«l. gracie

L’ORPHISME.

lemcnt quelques caractères ou quelques détails extérieurs et n’avaient pas ce qui en fut comme l ame : l’enthousiasme, ce degré suprême d’une émotion religieuse qui réunissant la foule des fidèles dans la communauté d'un sentiment passionné, surexcitait à la fois leurs sens et leur imagintion. Cette disposition propre aux cultes orgiastiques, ce fut sous l'influence de Bacclius, frère d’Apollon et second chef des Muses, qu elle porta ses fruits dans l’art et dans la poésie. Ainsi naquit et se perfectionna le dithyrambe. Puis, mêlant de plus en plus une préoccupation morale à ces sentiments de terreur et de pitié dont il pénétrait ses adorateurs, le dieu acheva ainsi de préparer l’invention de la tragédie. Ces émotions fécondes qu’éveille la considération de la destinée humaine et du gouvernement divin, nous avons remarqué pour quelle part les initiés les recevaient de lui dans les Mystères d’Éleusis : pour les répandre parmi les Grecs, il employa surtout le ministère de la secte Orohique dont il fut la grande divinité.

l’orphisme.

Bacchus esi dans l'Orphisme le dieu de la vie et de l’harmonie. La Vie orphique et les espérances de la vie future.

La formation de l’Orphisme est peut être le fait le plus intéressant de l’histoire religieuse de la Grèce. O fut une tentative de réforme théologique et morale ;

256 ANTÉCÉDENTS DE L'ORPHISME,

lino sorte d’extension des Mystères, dont 1 esprit transporté dans la vie de chaque jour, ne se borna plus à se faire sentir, à des époques solennelles, au petit nombre délus que la grâce touchait dans cette foule qui interrompait un instant pour la fête ses occupations et ses habitudes. « Beaucoup prennent le thvrse, mais peu sont inspirés de Bacchus1, » disaient aussi les Orphiques : cependant l’Orphisme prétendait appeler au partage de ses bienfaits tous ses initiés, en opérant sur chacun d’eux un effet constant et en les purifiant tous par l’observation quotidienne de ses règles. Tel était le but de sa propagande. 11 s’y livrait avec indépendance, en dehors de toute protection de l'État; c’est dire que malgré ses efforts pour se rattacher à la tradition religieuse, il restait à la fois en dehors du culte et de la cité qui sont inséparables dans l’esprit des anciennes constitutions grecques. Néanmoins, telle était la facilité d’une religion sans dogmes, et telle était aussi l’efficacité du patronage dont Bacchus couvrait les Orphiques de môme que plusieurs confréries, qu’on ne voit pas qu’ils aient été sérieusement inquiétés par la malveillance du peuple.

L’Orphisme asservissait d ailleurs le corps et l’âme par l’ascétisme, comme la discipline monacale ou comme le brahmanisme indien. 11 s’emparaiten même temps des imaginations par le mysticisme de ses doctrines et par le caractère inspiré de la mission qu’il s’attribuait. 11 recueillit en efTet, pour leur donner un objet mieux déterminé et une force plus soutenue, ces élans pieux auxquels les âmes s’étaient abandonnées par interval-

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