‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 90 sur 205 · I. Plalon, Phédon, p. U · texte numérisé non relu

I. Plalon, Phédon, p. U

L’ORPHISME.

les sur toute la surface du monde grec, fatiguées du mal présent et avides de secours merveilleux. Comme pour continuer plus fidèlement la tradition des Épiménide, des Aristéas, des Abaris et des Zamolxis, ces personnages singuliers dont le prestige semble fondé en partie sur l’imposture, ce fut un faussaire, Onomacritc, qui aida le plus à constituer la secte nouvelle. Cependant les éléments qu’elle contenait avaient assez de valeur pour que son action se reconnaisse, même en dehors de son sein, sur quelques-unes des plus hautes intelligences de la grande époque de la Grèce; et-elle prend au même moment une place assez importante, pour que les premiers Pythagoriciens viennent lui demander un asile, sans croire exposer la pureté de leurs doctrines morales par cette réunion avec les Orphiques. Ainsi séduit encore sous une nouvelle forme un rapprochement fraternel entre les deux divinités inspiratrices, Apollon et Bacchus, et cette fois c’est celui-ci qui paraît avec la prééminence.

Il règne une grande obscurité sur les questions historiques qui concernent l’Orphisme. C’est une œuvre sans date, dont les principaux auteurs avaient pris à tâche de se dissimuler afin de lui donner la sanction d’une antiquité toute divine, et qui, pour les points de détail, laisse llotter la critique à travers une dizaine de siècles. 11 nous suffit d'y remarquer certains principes essentiels qui ont fait sa force du jour où elle s’est véritablement produite, c’est-à-dire, d’après l'opinion généralement reçue, vers le milieu du sixième siècle, et qu’aux derniers temps du paganisme les rêveries mystiques des néoplatoniciens n’ont jamais pu complètement dénaturer. Ce sont, en théologie, une tendance

ANTÉCÉDENTS DE L’ORPHISME.

panthéiste à concevoir les nombreuses divinités que distinguait la religion, connue les diverses expressions de la vie universelle qui circule dans la nature ; en morale, un idéal de pureté et de bonheur proposé aux efforts des hommes.

L idée théologique que les Orphiques développaient existait en germe dans la croyance v ulgaire qui reconnaissait Dionysos pour le dieu de la vigne et, par suite, comme le dieu de la vie physique et morale, puisée à la source même , aux racines cachées du monde, dans les Enfers. Nous avons cherché plus haut à expliquer cette croyance. Le poète Euripide en inventait un symbole, quand il montrait sur le théâtre .les pampres recouvrant le tombeau deSémélé, où v ivait éternellement la flamme divine qui avait atteint la mère de Bacchus sans empêcher ht naissance du dieu ’. Dionysos devint la principale divinité des Orphiques et concentra sur lui-même leur travail. Agrandissant son rôle et y rattachant une doctrine morale, ils s’approprièrent celle de ses légendes qui présentait sous sa forme la plus expressive l idée génératrice de leur système : la légende de Dionysos Zagreus.

Comment était-elle née, ou sous quelles formés ses éléments, grecs ou orientaux, se rencontraient-ils en Crète, ou en Phrygie, ou en Égvpte, ou peut-être encore dans d’autres lieux : c'est ce qu’il serait bien diflicile de déterminer. De même on ne peut guère rapporter à des époques précises les divers effets du syncrétisme qui mêla Zagreus au culte du Jupiter Cretois, de Cybèle cl des Cabires. Mais on sait que ce fut Onomacrite qui

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