‹ Le séquestre des biens ennemis sous la Révolution françaiseChapitre 7 sur 68 · LAN · texte numérisé non relu

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Au début de 1791 s'était fondée à Paris une fabrique d'outils :

1792 ses fondateurs voulaient y adjoindre une manufacture de. limes d’acier (1).

À Chantilly, lFanglais Pattert ou des snecinlan tee) (2). Des Irlandais, les frères Mallois, s'étaient installés em France, où

on les avait appelés, pour fäire différents essais mécaniques con-

. cernant. les métiers et les outils .

L'’anglais Nicolas Joyce était venu en juin 1788 créer au Hâvre

un établissement commercial qui durera jusqu’en 1793 ; puis, em 1791, il s'était fixé à Paris avec l'intention d’y établir une manufacture de coton. Pour fonder cette affaire, il s'était associé avec un de ses compatriotes, Christophe White, l’ancien propriétaire: de l'hôtel anglais situé 7 passage des Petits-Pères, près le Palais- Royal, hôtel qui, sous le nom d'hôtel de Philadelphie, fut durant la. Révolution le lieu de rendez-vous des Anglais et des Américains (3). |

Parmi les négociants, nous pouvons citer l'anglais Marc Grégory, mort à Paris en 1793 (4) ; John Wülkis, sujet anglais lui aussi, établi à Marseille depuis trente ans (5) ; Thomas Burnet, établi depuis quarante-cinq ans en France et qui commandite la maison Salz Promé et Ci° de Cette (6) ; Henri-Jacques et Patrice Galwey, irlandais, qui dirigent à Nantes la maison de commerce

(1) En septembre. 1792, ils demandèrent à la Législative un prêt de 120.000 livres sans intérêts pour développer leur affaire, et cette. demande fut vivement appuyée auprès de l’Assemblée par le président du Comité du commerce.

(2) C’est lui que semble viser le rapport suivant de la police secrète, daté du 17 ventôse an IV, quelques années plus tard: « Les Anglo-Pitt achètent presque tous Ies biens nationaux qui se trouvent en vente dans le département de l'Oise. Us ont. pour courtier en titre un nommé Potter, propriétaire de la manufacture de porcelaine de Chantilly, homme qui était, noyé de dettes il y a deux ans, et qui est aujourd'hui liquidé et riche de plus de % millions de livres. Il n’y a aucun doute qu'il ne soit en France l’agent secret de Pitt, avec lequel il æ eu les plus étroites liaisons depuis la Révolution. » Cité par F.-A. Aulard: Paris pendant la réaction thermidorienne et Le Directoire:

(3) Archives Nationates F7 4.717552: Dans son intéressant article: The british colony: in Paris 1192-93, paru en 1893 dans The english historical review, M. Alger, qui étudie la vie des Anglais à Paris à cette époque, parle de leurs nombreuses réunions à l'Hôtel de Philadelphie.

(4j Archives Nationales T 1348.

(5) Archives des Bouches-du-Rhône Q 2145.

(6) Archives de l'Hérault.

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fondée par leur père quarante ans plus tôt, et font surtout du commerce avec leur pays d’origine.

Etranger ou pour le moins d’origine étrangère, l'allemand Paul Bassenge, né le 8 avril 1742, à Prentzlow (Brandebourg), d’une famille établie en Saxe, était venu en France à l’âge de vingt ans et s’y était fixé. Il avait fondé avec Boehmer, rue de Vendôme (1), une joaillerie-bijouterie qui avait acquis une renommée européenne.

Ouvrier d’art, l'anglais Jacques Gambles avait obtenu dix ans avant la Révolution le titre de maître-imprimeur. inventeur de l'imprimerie des estampes en couleurs, ik était au moment de la Révolution un des marchands d’estampes les plus en vue de la capitale.

Citons aussi le graveur très connu du quai des Augustins, Jean- Georges Wille, qui était né à Kœnigsberg.

La plupart de ceux que nous venons de nommer, on peut le remarquer, sont des Anglais. Mais, parmi les petits commerçants ou les ouvriers (2) dont il nous reste maintenant à dire quelques mots, il y avait des étrangers d’à peu près tous les pays d'Europe : Anglais, comme l’imprimeur Stone que Montané accusera d’être un agent de Pitt (3), comme Huckley, marchand de toiles, 1 rue de la Convention (4), comme Philémon Pickford, artiste mécanicien et manufacturier de coton à Dourdan, ou comme Jacques Moody, brasseur-distillateur d’eau-de-vie et fabricant de savon dans cette dernière ville (5) ; Suédois, comme un serrurier établi 120 rue de Chaillot, ou Polonais, comme Carles Treyenlug ; Allemands, comme le bijoutier Eléazar ou comme Jean Ebhardt, quincaillier hanovrien, 388 rue Saint-Denis, et qui tient boutique au

(1} Aujourd’hui rue Béranger.

(@) 11 y avait, en effet, beaucoup d'ouvriers étrangers en France : aïnsi dans les mines de Poullaouen en Bretagne, qui étaient dirigées par des Allemands, dans les mines de Saint-Georges en Anjou, et dans bien d’autres encore. Voir J, Mathorez, 0p. cit.

(3) Archives Nationales W 47.

(4) Archives de la Seine, Domaines 786.

(5) Archives de Seine-et-Oise Q 780.

Palais-Royal ; Suisses, comme le tourneur Georges Koin, 13 rue de Chaillot, ou comme Jean Lazzaro. Celui-ci, né dans le canton d’Uri, avait longtemps circulé dans divers pays, puis en 1792 il se fixe au Palais-Royal, où il s'établit marchand de marrons : « Son Caractère bon et borné paraissait plus occupé de son commerce que de la chose publique (1) », dira plus tard de lui une

rote de police, et pourtant il fréquente beaucoup le café Corazza,

où se réunissent Proly, Desfieux et tous les meneurs Jacobins.

Si on consulte quelques-unes des listes d'étrangers dressées par les sections au moment de l’application des lois votées contre les étrangers, on est étonné du nombre élevé de petits commerçants que l’on y rencontre. Ainsi, dans la section des Quatre-Nations (2), on trouve quinze tailleurs allemands, deux italiens, un espagnol, un anglais, un hollandais. Dans la rue Mazarine, trois cordonniers étrangers, dont deux allemands ; dans la rue des Mauvais- Garçons, neuf tailleurs et cinq cordonniers étrangers ; quatre tailleurs et deux cordonniers dans la rue des Büûcheries ; trois cordonniers rue du Sépulcre et deux rue du Four ; deux tailleurs étrangers enfin rue Taranne. Si l'on ne trouve pas beaucoup de variété dans le genre de commerce qu'ils exerçaient dans ce quartier, on est obligé de constater que les étrangers y étaient fort nombreux.

Ce rapide tableau montre suffisamment que ce n’était pas dans le haut commerce seulement el dans la haute finance que l’on trouvait à cette époque beaucoup d'étrangers, mais qu'il en était de même dans les autres branches, plus modestes, de l’activité nationale. Nous verrons dans le prochain chapitre que nombreux aussi étaient ceux qui avaient placé en France leurs économies, soit en achetant des rentes, soit en les investissant dans des immeubles, ou qui s'étaient retirés dans notre pays pour y jouir de leurs revenus, après fortune faite.

(1) Archives Nationales FT 4.710.

(2} Archives Nationales F7 4.779. En 1793 la section portait le nom de section de l’Unité; c’est la seule pour laquelle nous avons trouvé des listes d'étrangers assez étendues. L

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