PLANCHE G
Tombe d'Apis.
Excavation préparée dans le sol d'une chambre pour recevoir le sarcophage. Le pointillé indique le
sarcophage mis en place.
chambre, emplie de sable, et, quand le sarcophage arrivait au bord du trou dans lequel il devait être en quelque sorte plongé jusqu'à mi-corps, quatre hommes étaient
COMPTE-REimU DES FOUILLES. 83
placés dans des niches ménagées aux quatre faces du monument, et, enlevant par ces conduits le sable qui se trouvait en-dessous, laissaient descendre le sarcophage, sans accident possible, à la place qu'il devait définitivement occuper et où nous le retrouvons encore aujourd!hui.
Ce procédé, comme on le voit, est d'une simplicité remarquable, et, si j'en dis ici quelques mots, c'est que la description que je viens d'en donner ne repose pas sur une supposition, et qu'au contraire les preuves du fait s'établissent avec toute la certitude possible. En effet, j'ai trouvé un de ces sarcophages que les Égyptiens avaient laissé en route. H n'était engagé dans le trou que de quelques centimètres, et, par conséquent, encore éloigné du sol d'environ une demi-hauteur d'homme. J'ai entrepris alors de continuer moi-même l'œuvre interrompue, et, après avoir placé quatre hommes dans les quatre niches des côtés, je me suis donné le plaisir de faire descendre à sa place, avec une régularité parfaite, une masse énorme dont le creux intérieur était plein de pierres, et dont le poids total, ainsi augmenté, devait dépasser cent mille kilogrammes.
H ne peut donc y avoir de doute sur la manière que les Egyptiens ont employée pour faire arriver au fond du souterrain les sarcophages de la tombe d'Apis, et ce qui résulte de ces observations, c'est que l'usage du sable, pour le déplacement et le transport des masses, est aussi incontestable que l'emploi du treuil appliqué à la solution des problèmes souvent fort compliqués que la mécanique égyptienne avait à résoudre.
k) Telle est, en résumé, la tombe d'Apis. Nous venons de quitter les terres cultivées, nous avons marché de plus en plus vers l'ouest, la limite du grand désert a été atteinte, nous sommes arrivés à la solitude, à la mort, à l'immensité. Bab-el-Molouk n'a pas mieux été choisi comme lieu de sépulture des rois que l'emplacement du Sérapéum comme lieu de sépulture du taureau sacré. Jamais ce plateau désolé, éloigné de toute habitation, sans eau, sans communication facile avec les centres du ravitaillement, n'a pu être le Sérapéum des papyrus grecs, nourrissant tout un monde de prêtres, de pastophores, de soldats, de pleureuses jumelles, d'ensevelisseurs, de gardiens. Le Sérapéum grec était à l'autre extrémité de l'allée de sphinx, là où la proximité de terres cultivées rend la vie facile; le Sérapéum égyptien, qui n'est autre chose que la tombe d'Apis, a pu être fondé au lieu où nous venons d'arriver, c'est-à-dire à l'extrémité même de la nécropole.
l) Ce qu'on appelle le Sérapéum de Memphis n'est donc, en principe, que le temple