C. Assemblée législative
Addition à la séance du jeudi 7 août 1851.
Rapport fait par M. Lacrosse, au nom de la Commission du budget de 1851, sur le projet de loi tendant à ouvrir au ministre de l'Intérieur un crédit de 30,000 frcs., applicable aux travaux de déblaiement d'un temple dédié à Sérapis (ruines de Memphis).
Messieurs, le gouvernement recherche avec sollicitude les occasions d'augmenter la collection classée avec tant d'érudition et de goût dans les salles du Musée Égyptien. On est parvenu à rassembler des monuments nombreux et précieux du culte et de l'art égyptiens avant le règne des lieutenants d'Alexandre. La période pendant laquelle les rites grecs se sont mêlés à ceux de l'Egypte primitive, a fourni jusqu'à présent beaucoup moins de spécimens. On espérait en trouver au milieu des ruines de Memphis, et surtout dans le temple consacré à Sérapis.
Le culte de Sérapis était le seul où se fût opérée une véritable fusion entre les croyances du peuple conquérant et du peuple conquis. La religion, dans les autres temples, était restée purement égyptienne ou grecque. C'est donc dans le Sérapéum qu'il faut chercher les monuments du style grec et du style égyptien.
Une mission a été donnée dans ce but à M. ^Iariette, l'un des employés du Musée : les moyens matériels de l'accomplir étaient circonscrits dans les limites étroites du budget de l'Instruction publique. M. le ministre de l'Intérieur est intervenu par une première subvention prélevée sur les fonds de son budget. Les fouilles ont été continuées avec ardeur; elles sont très fructueuses. Nos musées pourront s'enrichir de bas-reliefs, de statues et de plus de cinq cents figures de bronze, dont quelques-unes sont d'une grandeur et d'une importance capitales.
On est fondé à compter sur des résultats encore plus avantageux à la science archéologique. Le Sérapéum, couvert de sable dès le temps de Strabon, est resté intact. L'Académie des Inscriptions porte le plus vif intérêt aux travaux qui permettront à la France de s'approprier des objets précieux, d'une origine authentique, et qui ont échappé à la main des barbares.
Parmi les morceaux de style grec, on signale douze grands génies divins montés
8U1* des animaux symboliques qui n'ont été connus jusqu'ici que par des figures de petite dimension,
. Dans le système égyptien, on remarque deux beaux sphinx admirablement conservés, et deux lions pareils à ceux qui, sous la dénomination de lions de NectanéhOy décorent le Musée du Vatican.
Le sanctuaire du Sérapéum n'a pas encore été exploré par M. Mariette, qui saura diriger les sondages vers les points où les ornements devaient être le plus multipliés.
On connaît les difficultés d'une telle entreprise. Elle peut être entravée par des incidents sur lesquels il ne serait point nécessaire d'arrêter votre attention : la situation intérieure de l'Egypte pourrait même devenir encore moins favorable à l'extraction et au transport des objets enfouis à Memphis.
M. Mariette tient à la disposition du gouvernement les produits de ses laborieuses recherches. Les frais de transport jusqu'à la mer sont évalués à 15,000 frcs.
15 autres mille francs sont jugés nécessaires pour que M. Mariette ait la faculté de parcourir le Sérapéum, en ouvrant quelques voies souterraines au milieu des sables et des débris. Malgré la circonspection et la prudence qui ont présidé aux opérations de l'explorateur français, l'éveil est donné aux étrangers. On leur interdirait difficilement l'approche du temple.
Suspendre ou cesser des recherches conduites avec tant de succès, ce serait livrer aux musées rivaux ce qu'il dépend de nous de déposer dans la collection nationale.
Ces motifs ont décidé votre Commission du budget à proposer le vote du crédit total de 30,000 frcs. demandé par M. le ministre de l'Intérieur dans la séance du 4 de ce mois.
La dépense ne pouvait être prévue lors de la présentation du budget. La dotation du chapitre XV est trop faible pour y faire face; c'est ce que nous avons exposé dans un précédent rapport.
Nous n'admettons pas qu'il y ait lieu de maintenir l'art. 2 du projet. La faculté de dépenser dans le courant de l'exercice 1852 les portions de crédits non employées en 1851 ne peut être donnée qu'après la clôture de l'exercice actuel et par une loi. Aucune raison ne motive la prévision d'un retour au système des reports qui sont écartés de notre législation financière. D'ailleurs, il est urgent d'achever les fouilles et d'en faire enlever les produits, afin d'assurer au Musée national la possession de ces nouvelles richesses.
Nous avons l'honneur de proposer l'adoption des art. 1 et 3 du projet.
Projet de loi.
Art. V\ Il est ouvert au ministre de l'Intérieur, sur l'exercice 1851, un crédit extraordinaire de 30,000 frcs., applicable aux travaux de déblaiement d'un temple dédié à Sérapis, découvert parmi les ruines de Memphis, et au transport en France des objets d'art qui en proviendront.
Art. 2. Les portions de crédit qui n'auraient pas été employées dans l'exercice courant, pourront être reportées, en vertu d'une loi, sur les exercices suivants.
Art. 3. Il sera pourvu à la dépense autorisée par la présente loi au moyen des ressources affectées par la loi de finances du 7 août 1850 aux besoins de l'exercice 1851.
Ministère Le Caire, 12 septembre 1851.
des
Affaires Étrangères.