c. Axe du sphinx
a. c2. Direction supposée do Tallée du sphinx.
d. Emplacement supposé du temple.
h. Commencement de la déviation de Fallée.
Quand l'axe du sphinx aura été déterminé, une perpendiculaire sur cet axe (a^ d) nous montrera la direction de l'allée.
Nous pourrons ainsi voir approximativement où l'allée aboutit (d). Là sera le Sérapéum.
h) Quatre sphinx, deux de chaque côté de l'allée, ont été déblayés. On a pu obtenir ainsi facilement, non-seulement la direction de l'allée, mais encore sa dimension en largeur.
Il n'y a pas de doute à avoir. A peu près à l'ouest du sphinx existe une grande enceinte, dont les mouvements du terrain dessinent vaguement la forme (pi. A) ; au centre de l'enceinte s'élèvent de hautes buttes de sable et de décombres, qui cachent évidemment quelque chose d'enfoui. C'est vers cette enceinte et les hautes buttes de décombres que l'allée de sphinx se dirige. Par conséquent, le travail de l'allée des sphinx doit être abandonné et l'atelier des fouilles transporté au milieu des buttes de l'enceinte (en d).
c) Les résultats ont été absolument nuls, à ma grande surprise. Les hautes buttes de décombres, vérification faite, ne cachaient absolument rien. Les sondages ont été poussés jusqu'au rocher. Pas un pan de muraille ne s'est montré. Le Sérapéum n'est donc pas dans le prolongement de l'allée qui conduit aux buttes.
dj Peut-être nous sommes-nous trop hâtés. Si l'allée de sphinx ne se dirige pas vers le temple (dJ, elle se dirige tout au moins vers la grande enceinte. A la rencontre de l'allée de sphinx et de la grande enceinte (p. A, ae, gf) doit être une entrée, une porte, un pylône (ej. C'est ce pylône qu'il faut chercher.
Nouvelle déception. H n'y a pas plus de porte que de temple. L'opération nous sert seulement à reconnaître que l'enceinte n'est pas formée par un mur continu, mais par une sorte de palissade à claire voie.
Nous sommes-nous trompés? La règle est invariable. L'essence d'une allée de sphinx est d'être décorative, et par conséquent en ligne droite. H y a près des temples une enfilade de sphinx, comme il y a une enfilade de colonnes. Il faut donc qu'en prolongeant l'allée de sphinx, nous trouvions le temple ou tout au moins sa porte extérieure.
e) C'est pourquoi nous retournons au premier sphinx (pi. A, a). Le terrain est si bouleversé en cet endroit, si entrecoupé de buttes et de trous, que les mesures ont pu être mal prises. Nous nous sommes donc décidés à déblayer deux nouveaux sphinx à la suite des deux sphinx déjà déblayés du côté nord de l'allée. Nous aurons
ainsi à déterminer la direction de l'allée snr une ligne qui n'aura pas moins de dix-huit mètres de longueur. Si une erreur est glissée dans nos premières opérations, il nous sera facile de l'apercevoir et de la rectifier.
Mais aucune erreur ne s'est glissée. Nous nous sommes aperçus seulement que le quatrième sphinx n'est pas dans l'alignement des trois autres.
Le mystère est donc expliqué. L'allée infléchit à gauche, c'est-à-dii*e vers le sudouest. L'allée, chose extraordinaire, n'est pas en ligne droite.
Il nous faut donc en revenir à notre ponit de départ, et, au lieu de chercher à découvrir du premier bond l'extrémité occidentale de l'allée [d de la pi. A), nous devons adopter le parti plus lent, mais plus sûr, de marcher de sphinx en sphinx, en suivant, par les sphinx eux-mêmes qui la bordent, la direction de l'allée.
Un mois presque tout entier a été perdu dans ces tâtonnements.
f) Nous marchons en eifet de sphinx en sphinx, c'est-à-dh-e que de six mètres en six mètres, c'est la distance qui sépare un sphinx de l'autre, nous faisons des sondages, qui nous font retrouver plus ou moins promptement les sphinx cherchés.
Au point oîi nous sommes, le travail n'est plus seulement difficile, il devient dangereux. L'allée qui est elle-même en pente passe au pied d'une assez haute colline contre laquelle le sable s'est amoncelé (pi. A, A). La couche qui recouvre les sphinx devient ainsi assez épaisse, pour que nous ayons à la percer jusqu'à une profondeur de dix à douze mètres. D'un autre côté, le sable est plus fluide que jamais. Des éboulements nombreux surviennent. Des ouvriers sont ensevelis, et, heureusement, sauvés.
g) Dès le début des fouilles, je me suis aperçu que l'allée des sphinx est bordée des deux côtés de tombes appartenant à des particuliers. Tantôt ces tombes n'ont aucune communication avec l'allée, et elles sont en général très anciennes, puisqu'elles remontent pour la plupart à l' Ancien-Empire; tantôt elles ont une façade tournée vers l'allée, à laquelle elles se relient par une porte de communication. Ce sont les plus modernes.
Je les étudie toutes. J'étudie en même temps celles des autres parties de la nécropole oii je puis avoir accès. Je descends dans quelques puits.
Je crois être arrivé ainsi à me faire une idée exacte de ce que pouvait être autrefois mie tombe égyptienne. Je ne puis affirmer qu'une tombe égyptienne soit toujours annoncée du dehors par un édicule construit à la surface du sol ; mais il est de règle absolue qu'elle se compose en principe d'un caveau creusé dans le rocher, caveau
auquel on accède par un puits vertical plus ou moins profond. C'est dans ce caveau à jamais fermé, dissimulé, caché par tous les moyens possibles, que sont déposées les momies.
Deux des tombes qui bordent l'allée ont surtout fixé mon attention.
La première est située au nord et appartient à l'ancien Empire. Elle a été dévastée de fond en comble, et c'est à grand peine que j'en reconstruis le plan primitif. On découvre, dans les décombres où elles ont été jetées pêle-mêle, cinq statues peintes, dont les morceaux, qui se rajustent, sont soigneusement recueillis et rais de côté. Deux niches, cachées dans une muraille qui n'a pas été complètement abattue, sont ouvertes. Nous y trouvons, posées à leur place antique, deux admirables statues. Elles sont en calcaire. Le nu est peint en rouge, les cheveux en noir, le caleçon court (schenti) en blanc. Les yeux sont enchâssés dans une enveloppe de bronze qui tient lieu de paupières. Au milieu des yeux, formés d'un morceau de quartz blanc opaque, est fixé un petit disque de cristal de roche, qui donne à la prunelle ainsi figurée une extraordinaire puissance de vie \ Je fais vider le puits, au fond duquel nous ne ti-ouvons qu'un sarcophage grossier de calcaire grisâtre déjà violé.
La deuxième tombe est située au sud de l'allée. Elle a été rasée jusqu'à la hauteur d'environ un mètre cinquante au-dessus du sol, et il n'en reste ainsi que les soubassements, ce qui lui donne l'aspect d'une ruine pompéienne. L'époque précise est assez difficile à déterminer : on ne se trompera cependant pas beaucoup en la plaçant quelque part entre les dernières années de la XXVP dynastie et la conquête d'Alexandre. Le défunt s'appelle Onnophris. Aucune tombe ne peut donner une meilleure idée de ce que devait être la nécropole de Saqqarah, au temps où des tombes nombreuses, aussi soignées que celle-ci, en décoraient les avenues. L'édicule extérieur de la tombe d'Onnophris est en eflFet une œuvre aussi soignée qu'élégante. Une allée de huit petits sphinx, quatre de chaque côté, se relie par deux murs latéraux, d'un côté à la grande allée de Strabon, de l'autre à une enceinte assez vaste, au centre de laquelle s'élève la chapelle funéraire proprement dite. Cette chapelle elle-
même semble la réduction d'un temple. Elle a plusieurs chambres; un portique de
1. Les sept statues ainsi découvertes sont maintenant au Louvre. Une des deux statues aux yeux rapportés est le fameux scribe accroupi, dont Tapparition a causé dans le monde des artistes et des archéologues une si vive émotion. Vers les derniers temps des fouilles du Sérapéum, j'ai mis une seconde fois des ouvriers dans les décombres où ces monuments ont été recueillis. Le désordre est si grand que je ne saurais affirmer que ces débris n'appartiennent pas à plusieurs tombeaux. Rien de nouveau d'ailleurs n'a été découvert.
quati-e jolies colonnes lui sert de façade. On aperçoit dans l'une des chambres une ouverture béante; c'est l'orifice du puits qui conduit aux caveaux souterrains.
h) Le puits d'Onnophris a fourni plusieurs remarques qu'il est utile de consigner ici.
1° Les quatre parois du puits sont enduites du haut en bas d'une épaisse couche de stuc blanc, ce qui, jusqu'à présent, est pour moi sans exemple. Les puits antérieurement ouverts dans la montagne sont en effet au nombre de plusieurs centaines, et il est facile de constater que nulle part on n'a pris le soin de cacher ainsi, soit la maçonnerie, soit le rocher sur lequel elle s'appuie.
2^ Du témoignage unanime des hommes de Saqqarah qui ont longtemps travaillé à la montagne, il résulte que les puits vierges qu'on découvre de temps à auti*e sont invariablement emplis de sable, de pierres broyées, de terre, de manière à rendre aussi difficile que possible l'accès des caveaux souterrains. Le puits d'Onnophris fait cependant exception à cette règle. Il a, en effet, été laissé intentionnellement vide. Seulement l'orifice était bouché par deux fortes dalles posées en travers. L'une d'elles est encore en place. Ces dalles ne se confondaient pas avec le pavement de la chambre au milieu de laquelle se trouve le puits. Elles étaient posées sur un rebord quadrangulaire, ménagé dans le puits à plus d'un mètre au-dessous.
3"* Une question curieuse s'est présentée. A l'orifice du puits d'Onnophris, et précisément sur l'angle aigu des pierres qui forment l'assise supérieure, j'observe des rainures verticales, comme en produiraient des cordes qu'on aurait laissé glisser pour descendre dans le puits quelque fardeau pesant. C'est évidemment le passage du sarcophage qui a laissé ces traces. Je compare le puits d'Onnophris aux autres puits de la montagne. H en est peu d'entre eux où la même observation puisse être faite. Un point essentiel se dégage cependant. Jamais les puits de l'ancien Empire n'ont
de rainures à l'orifice, et tous ceux auxquels j'ai pu en constater appartiennent,
* comme le puits d'Onnophris, à une époque qui ne peut remonter au-delà de la fin de
la XXVI*" dynastie. Y aurait -il là comme un indice de quelque progrès accompli
vers ce temps dans la mécanique? Mais alors, par quel procédé réussissait-on à
descendre dans les puits des dynasties antérieures les sarcophages de proportions
si souvent colossales qu'on y rencontre? Ce problème est jusqu'à présent sans
solution ^
1. J'aurai occasion d'y revenir. On emplissait le puits de sable. On plaçait le sarcophage sur Torifice du puits. Le sarcophage descendait à mesure que le puits se vidait. Quoi qu*en ait dit M. Letbonke (Sur la mécanique des ancteriê Egyptiens), Amasis n'est pas le premier roi d'Egypte qui ait eu un goût prononcé pour les très lourdes masses; je citerai les immenses colosses d'Aménophis III et de Bamsès II sur la rive
4^ Le puits d'Onnopliris n'échappe pas à la règle dont j'ai trouvé des applications si fréquentes dans les tombes de la nécropole de Saqqarah. Ce puits a été creusé évidemment pour un seul personnage, qui est Onnophris. Il a servi cependant, peutêtre presque sous les Romains, à d'autres sépultures. Le caveau d'Onnophris, en effet, n'est pas le seul qu'on trouve au fond du puits. D'auti'es caveaux y ont été successivement ajoutés, la famille du fondateur s'étant probablement éteinte. Je dois ajouter que toutes les momies trouvées dans les caveaux ajoutés m'ont paru appartenir à l'espèce la plus commune.
i) Les dernières journées de la période qui nous occupe ont été pour moi pleines d'anxiété. Un sphinx avait été découvert, mis à sa place sur le plan général des fouilles. Nous passons au suivant. Rien ne paraît. En vain étendis-je la fouille jusqu'à près de quinze mètres de profondeur; en vain m'obstinai-je à poursuivre dans tous les détours que je croyais possibles l'avenue qui semblait se dérober sous nos pieds. Aucun fragment, soit d'un autre sphinx, soit de sa base, ne fiit reti'ouvé ; le dallage lui-même n'existait pas. Enfin, le 24 décembre, dans la soirée, le sphinx si ardemment souhaité, est découvert. Mais, circonstance bizarre, il est à angle droit avec les autres ^ L'allée ne marche donc plus vers l'ouest. Elle quitte son ancienne direction et s'avance, par un coude subit et imprévu, vers le sud (voy. pi. B, p. 14). Où aboutit-elle? Encore ime fois, la grande enceinte, à laquelle j'avais consacré tant d'heures de recherches perdues, ne serait -elle pas celle du Sérapéum? Une colline naturelle se dresse au sud (voy. pi. A, la colline marquée B) précisément dans le prolongement de la nouvelle branche de l'allée; le Sérapéum, monument sépulcral d'Apis, est-il taillé, comme les souterrains de la Vallée des Rois à Thèbes, dans le flanc de cette colline?
j) Autre mystère, plus impénétrable encore. Ce n'est plus un sphinx que, cette fois, nous trouvons après les six mètres, mais une statue de style grec.
On a travaillé jusqu'à minuit, et le déblaiement de la statue a été lestement enlevé. Le personnage est assis sur un siège à dossier recouvert d'une peau de panthère. Son bras gauche soutient un instrument que je crois une lyre. Sur la partie antérieure du socle se croisent et se mêlent des graffiti gi-ecs sans nombre, au milieu desquels on distmgue une inscription principale, dont les quatre premières lettres encore visibles semblent former le nom de Pindare. Le mot A10NY2I est gravé en
gauche de Thèbes. Amasis n'est peut-être que le premier qui ait appliqué au transport de ces très lourdes masses des moyens vraiment empruntés aux lois de la mécanique. 1. Au point h de la planche A. Voy. le plan général des fouilles.
grandes lettres sur le dossier da siège. Le monument est d'ailleurs de mauvais style et taillé dans un bloc de calcaire qui s'effritte. La matière est égyptienne et îndubi-
!'|!":'i;/i/(l%ii
tableinent provient du Mokattam La statue de Pîndare n'a donc pas été apportée de Grèce pour concourir à la dtcoration du temple de Sérapis.
Nous arrivons ainsi à Textrémité de Fallée des sphinx. En somme, contre toutes mes prévisions, l'allée n'a pas été construite en ligne droite. Elle n'aboutit ni à l'enceinte de l'ouest, ni à un pylône. Du dernier de ses sphinx elle passe subitement à un bizarre monument, dont la présence en pareil lieu est, jusqu'à présent, une indéchiffrable énigme. Quant à l'enceinte de l'ouest et au Sérapéum dont je croyais y retrouver les ruines, le coude subit que fait l'avenue des sphinx remet tout en question, et peut-être l'enceinte n'a-t-elle rien à faire avec le temple que nous cherchons.
k) Récapitulons.
Le premier sphinx étant trouvé en a (pi. A), nous avons imaginé qu'il aurait suffi de chercher, au moyen de ce sphinx, la direction de l'allée et d'aller rencontrer au bout de l'allée le temple qui la termine (d). Première déception. Le temple n'est pas à l'endroit que nous croyions être le bout de l'allée.
Nous avons pensé ensuite que, tout au moins, on trouverait la porte ou le pylône du temple au point d'intersection de l'allée prolongée et du mur de l'enceinte dont les linéaments apparaissent à la surface du sol (pi. A, c). Rien ne s'est présenté.
Revenant sur nos pas, nous nous sommes décidés à suivre l'allée de sphinx en sphinx, à partir du premier sphinx trouvé, et nous nous sommes aperçus que l'allée ne chemine pas en ligne droite. Autre anomalie. Arrivés au point h (pi. A), l'allée, au lieu de continuer son chemin vers l'ouest, infléchit subitement vers le sud, comme si le Sérapéum était caché dans le flanc de la colline (B^ pi. A) vers laquelle l'allée se dirige. Mais l'allée s'arrête subitement à une statue de Pindare.
Oîi allons-nous? Les pauvres couffes de nos hommes sont des engins bien impuissants devant les montagnes de sable au travers desquelles nous avons maintenant à nous frayer un chemin. Si encore nous savions dans quelle direction marcher. Le but, heureusement, ne peut pas être loin. Nous nous acculons de plus eu plus à des collines de rocher, au devant desquelles le Sérapéum a dû s'élever, s'il ne se cache pas dans leurs flancs. De façon ou d'autre, nos travaux touchent à leur fin.
m. Temple de Nectanébo. Du l'"" janvier au 16 mars 1851, — a) Avec le 1"" janvier 1851 et la découverte de la statue de Pindare, les fouilles sont entrées dans leur deuxième période, qui se termine le 15 mars suivant.
Les portes du Sérapéum ne nous sont pas encore ouvertes. Mais les problèmes que la fin de l'année précédente a fait surgir reçoivent la solution à laquelle nous devions le moins nous attendre.
b) La statue de Pindare n'était pas seule. Nous avons trouvé successivement dix autres statues grecques comme elle, montées sur un socle commun qui eifecte la forme d'un hémicycle (voy. pi. B, p. 14). Toutes sont d'un style pitoyable et la plupart des têtes manquent. Elles sont si mutilées que, pour les soutenir et les empêcher de tomber, on a élevé anciennement une grossière construction en pierre qui les relie l'ime à l'autre.
Peut-être l'identification de ces statues n'est-elle pas aussi difficile qu'elle semble l'être au premier abord. Le nom de Pindare est encore lisible sur la première, une autre donne le nom de Platon, sur un troisième socle se déchiffrent les lettres nPOTAF^g^^g, qui peuvent appartenir au nom de Protagoras. Une quatrième enfin semble rappeler le type bien connu d'Homère. Si quatre des onze statues sont des poètes et des philosophes grecs, il n'y a pas de raison pour croire que les sept autres n'appartiennent pas à la même série des grands hommes de la Grèce.
cj L'hémicycle a été déblayé de fond en comble. Vérification faite, les onze statues de poètes et de philosophes grecs forment un demi-cercle en avant des deux derniers sphinx de l'allée. Elles terminent l'allée, mais en la bouchant (voy. pi. B, p. 14).
La conclusion est facile à tirer. H est évident que l'allée des sphinx n'a pas été faite pour aboutir à un hémicycle de statues grecques. Quand on suivait l'allée et qu'on arrivait à l'hémicycle, la place qu'occupe l'hémicycle indiquait tout naturellement que c'est à gauche, c'est-à-dire vers l'est, qu'il fallait tourner \ Le Sérapéum n'est donc pas en avant de la colline du sud, comme je le pensais {B de la pi. A). H est adossé à la haute colline {A de la pi. A) qu'on a devant soi quand, placé à l'extrémité de l'allée des sphinx, on regarde vers l'orient.
cl) En sortant de l'allée de sphinx, nous avons effectivement tourné à gauche, ou vers l'est. Arrivés à la dernière des onze statues de l'hémicycle, nous avons trouvé deux sphinx (pi. B, a, 6). Ceux-ci sont de plus grande taille et d'un autre style que ceux de l'avenue de Strabon. Ils sont ornés des légendes de Nectanébo I" avec des
1. Je devais raisonner ainsi à Tépoque où nous sommes. Je ne connaissais alors, ni le dromos, ni la tombe d'Apis, ni même le temple de Nectanébo. A ne voir que rbémicycle et la place qu'il occupe par rapport à Tallée de sphinx, on ne peut, en quittant Tallée, que tourner à gaucbe.
qualifications qui se rapportent au culte d'Apis. Us accompagnent une haute muraille dont les débris gisent çà et là tout autour.
Que cette enti'ée termine l'allée de sphinx et qu'elle donne accès dans un temple qui cache ses ruines sous les buttes de sable que l'on aperçoit au-delà (vers l'est), c'est ce qui ne peut être l'objet d'un doute. Nous arrivons ainsi au bout : non-seulement l'exploration de l'allée est définitivement achevée, mais nous connaissons la porte si vainement cherchée du Sérapéum (voy. pi. B).
Le plan du Sérapéum, tel qu'il se montre jusqu'ici, s'éloigne donc de tous les plans connus. Après avoir marché de l'est à l'ouest, l'allée qui mène au temple prend la direction du nord au sud, puis se retourne sur elle-même pour remonter vers l'est. L'hémicycle, placé entre l'extrémité de l'allée et la porte d'un édifice dont la façade regarde le plein désert, est une autre anomalie, dont j'essaie en vain de me rendre compte.
Le programme de ce qui reste à faire est bien net. Il faut déblayer tout ce qui se trouve entre les deux gros sphinx et la colline rocheuse A^ à laquelle les sables s'appuient. C'est là que sera le Sérapéum.
é) Le déblaiement de ce que je croyais être le Sérapéum est commencé. La porte aux deux gros sphinx précède une cour, qui a une trentaine de mètres de largeur et au fond de laquelle se trouve un escalier. On trouve dans cette cour une statue du dieu Bès \
La découverte de la statue de Bès devient un événement. Quand elle a été trouvée, la statue était par terre, précipitée en bas de son socle encore intact, sur lequel je l'ai rétablie.
Le dieu est debout. Ses grosses mains appuyées sur les hanches, la barbe frisée, la bouche démesurément ouverte. Il a pour ceinture un serpent. Il est trapu et grotesque.
Ce dieu est lié, je ne sais pourquoi, au culte d'Apis *. Les statuettes le montrent, en effet, la tête surmontée d'un édicule, au centre duquel apparaît une figure de taureau divinisé de Memphis.
1. On nomme ainsi le dieu barbu qu'on appelait autrefois Typhon,
2. La filiation n'est peut-être pas aussi obscure qu'on pourrait le croire. Si Bh», le dieu antique du pays de Poun et des autres contrées de l'Orient, est le prototype de Bacchus (DUmysos), l'identité d'Apis et de Dionysos (Osiris) suffit à expliquer les points de contact que nous remarquons entre les deux divinités. Bès est, comme Osiris, mais à un étage inférieur, le dieu du bien, du mal vaincu, de la résurrection, de la gemination, de la joie. Dans les statuettes d'époque moderne, il porte le glaive, comme Horus porte la pique. Il est le vainqueur du mal. Il est l'ennemi de la douleur, de la tristesse et du chagrin.
C'est l'heure du repas de midi, et le soleil tombe d'aplomb sur la statue dont il fait saillir puissamment tous les reliefs. Il est venu des femmes d'Abousyr et de Saqqarah se joindre à nos ouvriers. Une sorte de procession se forme. Evidemment on prend Bès pour le diable. Le défilé commence.
Chacun agit alors selon son tempérament. Les femmes se posent devant la statue et l'injurient, avec des gestes de forcenées. En général, les hommes crachent dessus. J'ai parmi mes ouvriers deux ou trois nègres. Ils regardent en face l'impassible divinité, et subitement se sauvent en riant aux éclats \
f) Le déblaiement suit son cours. On trouve quelques bas-reliefs encore en place, représentant Nectanébo, dans la posture de l'adoration devant une divinité qui est invariablement Apis. Apis est nommé, tantôt Apis tout court, tantôt Osiris-Apisy tantôt Apis'Osiris,
Quand les murailles du temjjle de Nectanébo n'ont qu'une petite épaisseur, c'est-àdire quand elles ne dépassent pas soixante ou soixante-dix centimètres, elles sont construites en maçonnerie pleine, formée de beaux blocs de calcaire soigneusement ajustés. Mais le système change quand les murailles atteignent leur plus grande largeur,, qui est ici de près de trois mètres (2" 95). La muraille se compose alors d'un noyau de grosses briques crues mélangées de détritus végétaux. A la surface apparaît le revêtement de pien'e.
Des branches d'acacia épineux, aussi droites et aussi longues que possible, sont noyées çà et là dans le massif du noyau de briques, oîi ils tiennent la place d'une assise. On remarque que quelques-unes de ces branches sont marquées des deux cartouches de Nectanébo, soigneusement gravés.
L'usage des morceaux de bois substitués à une assise de briques est facile à comprendre : la solidité de la construction en est augmentée, et les architectes du Caire savent encore aujourd'hui que rien n'est plus propre à enrayer les fissures verticales qui peuvent se produire et à les empêcher de se propager.
g) Nous avançons péniblement, à cause de la grande épaisseur de la couche de sable qui s'est amoncelée par dessus les ruines. Le temple devient de plus en plus dévasté, et il est souvent difficile d'en reconstituer le plan primitif.
Les parties sud du temple sont mieux conservées. Quelques petites chambres de l'aile méridionale sont même à peu près intactes. Une d'elles possède encore son
1. La statue est maintenant au Louvre, sur le palier qui mène de Tescalier de la Salle Henri IV au Musée Charles X.
plafond, formé de troncs de dattiers coupés longîtudinalement en deux, de branches de dattiers posées en travers sur les troncs, et enfin d'une couche de terre mélangée de paille et de cailloux légers étendue sur le tout. Les murs de la chambre sont, bien entendu, en briques crues. Les parois, recouvertes d'un beau stuc blanc, n'ont reçu aucun ornement. Dans un angle est une sorte de banc en pierre calcaire, ti-ès poli aux endroits où l'on s'est assis le plus souvent.
A la porte du couloir qui donne accès dans cette partie du temple, on recueille quatre lions grecs de mauvais style. Ils sont en marbre \
h) Que le Sérapéum soit le monument sépulcral d'Apis, c'est ce qui ne peut faire l'objet d'un doute. Sa position dans le désert et au milieu d'une nécropole, les passages souvent cités de Pausanias*, du Pseudo-Plutarque^, de Clément d'Alexandrie*, sur lesquels nous reviendrons, le témoignage des papyrus grecs du Louvre provenant du Sérapéum ^ , tout le prouve.
C'est dans le but de me représenter ce que cette tombe avait été et par conséquent de me figurer direction à donner aux fouilles pour la chercher, que je n'ai négligé aucune occasion d'étudier sur le vif les tombes de particuliers qui se sont présentées à nous. Nous connaissons déjà la tombe d'Onnophris. Le temple de Nectauébo nous offre plusieurs autres tombes qui sont cachées sous le dallage. Je fais vider jusqu'au fond les puits qui y conduisent, et je les explore avec soin.
Dès maintenant, je crois deviner ainsi ce que sera la tombe d'Apis, sinon intérieurement, du moins à son débouché à la surface du sol. Selon toute vraisemblance,
1. On les a déposés provisoirement dans le long couloir où sont réunis les objets composant la collection du Musée algérien du Louvre.
2. cLe plus ancien des temples de Sérapis est à Memphis. Pour celui-ci, il n'est pas peimis aux étrangers d'y entrer, et ses propres prêtres n'ont ce droit qu'après y avoir inhumé le bœuf d'Apis. > (Pausanias, I, 18.)
3. c Encore moins faut-il croire ces auteurs qui veulent que SÔrapis ne soit pas le nom d'un dieu, mais celui du monument sépulcral d'Apis. > {De la, et Osir., XXVI.) On voit par ces passages que Pausanias et Plutarque ne sont qu'un écho affaibli d'une tradition vraie. Nous verrons plus tard que, si les étrangers, les non-Ég}'ptiens, n'entraient jamais dans l'enceinte proprement dite du Sérapéum, les prêtres d'Apis y pénétraient de tout temps. La tombe seule du dieu ne leur était pas accessible, uniquement parce qu'en dehors des funérailles elle était fermée, comme toutes les tombes égyptiennes. Quant au Pseudo-Plutarque, les auteura qu'il cite confondent le nom du dieu (Sérapis) et le nom du temple qui sert d'enveloppe à la sépulture (Sérapéum). Le mot Sor, sur lequel nous allons revenir, a amené cette confusion.
4. «Nymphodore d'Amphipolis dit que le taureau Apis, une fois mort, était enseveli dans une cellule Sopd; du temple du dieu ...» (Clément d'Alexandrie, Strom,^ L. I", p. 323.) Cette notion est importante et mérite qu'on s'y arrête. L'aute ur cité par Clément d'Alexandrie a évidemment entendu dire qu'un des noms égyptiens
des nécropoles est \^ ^^ To-sor («la contrée de Sor»). C'est avec Sor qu'il aura forgé son étymologie du
nom de Scr-ApU (la nécropole d'Apis).
5. Brdnet de Presle, Mémoire sur le Sérapéum de Memphis, pages 12, 25, 27 etc.
l'entrée de la tombe consistera en une ouverture en forme de puits rectangulaire, pratiquée dans le rocher sur lequel la couche de sable qui forme le désert est étendue. H résulte en outre des constatations déjà faites que cette entrée, une fois la momie en place, aura été soigneusement cachée \ H résulte enfin de l'étude des lieux que l'ouverture cachée de la tombe devra se trouver, non en dehors de l'édifice sacré, mais sous le dallage d'une des chambres.
La voie est donc tracée. Nous devons soulever partout le dallage, percer la couche de sable jusqu'au rocher, et voir si, quelque part, n'apparaîtra pas l'ouverture cachée d'un puits.
ej Le 11 février 1852, une découverte imprévue nous a fait croire que nous étions arrivés à la grande journée.
En pratiquant à travers le dallage un des sondages qui ont pour objet l'étude du roc souterrain, je me suis aperçu que les décombres sur lesquels le dallage est posé n'avaient pas leur aspect habituel. On y avait anciennement creusé un trou, et ce trou avait été ensuite bouché avec du sable facile à distinguer des éclats de pierres, des fragments de toute sorte, dont le sol environnant est formé. Puis le dallage avait été adroitement remis en place.
D'un autre côté, en vidant le trou, nous vîmes apparaître au fond, non le roc vif comme dans tous les autres sondages, mais une dalle rectangulaire en beau calcaire blanc.
C'est donc un puits que nous découvrons, et un puits situé sous le dallage d'un temple d'Apis ne peut être que l'entrée de la sépulture du dieu. Bien plus, la dalle est encore très visiblement encastrée dans le roc auquel elle adhère par un ciment très dur. Donc la tombe est vierge, ce qu'a priori je regarde comme un immense succès.
Nos premiers efforts, tout naturellement, se sont réunis sur la dalle, qu'il s'agissait de déplacer. Des pinces sont apportées. Nous nous y mettons tous, et en quelques instants le trou béant du puits apparaît sous nos pieds.
J'y jette quelques bouts de papier allumé. Le papier brûle. L'air est respirable.
Nous n'avons que les mauvaises cordes de la montagne, faites en fibres de dattiers. 'J'en choisis deux des plus solides. Je me fais attacher et je commence une route verticale, en marche vers l'inconnu.
1. Arnobe {Adv. Gentes, VI, 6, tome V, page 1175, Migne) ne dit-il pas : «Les Égyptiens avaient décrété des châtiments contre ceux qui auraient publié en quel lieu Apis était enseveli»?
Mohammed^ me suit presque aussitôt, sans l'aide d'aucune corde. La descente et la montée des puits par les ouvriers qui les aménageaient, s'opéraient autrefois au moyen de trous, qu'on remarque de distance en distance sur les parois de la plupart d'entre eux, soit qu'on adaptât dans ces trous des échelons qu'on retirait, le travail une fois fini, soit que les ouvriers s'en servissent, comme les nôtres le font encore aujourd'hui, en s'aidant tout simplement des pieds et des mains. C'est par cette voie aérienne que Mohammed était descendu.
Notre premier soin est d'explorer le bas de chacune des quatre parois du puits. Le rocher à travers lequel le puits est percé apparaît très nettement tout le long de trois d'elles. Mais l'extrémité inférieure de la quatrième, celle de l'ouest, laisse voir une porte murée par une grosse maçonnerie.
Nous nous mettons immédiatement à l'œuvre. Les pinces sont descendues et une pierre de la muraille est bientôt déchaussée, puis jetée par terre.
Une forte odeur de bitume qui s'échappe du trou nous prouve que nous allons inévitablement avoir affaire à xme tombe et à des momies.
C'est en effet dans une tombe que je pénètre. Elle se compose d'un couloir horizontal qui n'a pas plus de 8™ 50 de longueur. Une chambre se trouve au bout.
La chambre est rectangulaire et assez élevée. Le plafond est plat. Aucune niche ne s'ouvre sur les parois, qui sont absolument dépourvues d'inscriptions. Le sol est recouvert d'une couche de sable pur d'environ dix centimètres d'épaisseur.
Un cercueil ordinaire, à visage humain, est déposé par terre, au milieu de la chambre. La légende qui le couvre est bien vite lue. Ce n'est pas un Apis que le cercueil contient, mais tout simplement la momie de l'un de ses prêtres qui, par une faveur dont l'origine restera pour toujours inconnue, a obtenu d'être enterré dans le temple du Dieu qu'il a servi. Il s'appelait Ra-ouah-het (Ouaphrès).
Dans l'un des angles du fond, celui de gauche, est une petite caisse de bois peint. Elle a la forme extérieure d'un naos. Un épervier, également de bois peint, est accroupi sur le couvercle, dans la posture de l'incubation. Les côtés sont décorés de peintures variées où les «milomètres» et les «boucles de ceinture» alternent avec les chacals, emblèmes d'Anubis. L'intérieur est plein de statuettes funéraires confusément amoncelées.
Une statuette de bois peint, représentant Osiris, est dans l'autre angle. La statuette
1. Mohammed Karkosch : c'était, à ce moment, le surveillant général des fouilles.
est recouverte d'un stuc blanc qui s'écaille en beaucoup d'endroits. Le dieu est debout, la tête surmontée de deux plumes coloriées en vert. D a le visage doré. Il est monté sur un socle très allongé où une rainure laisse deviner une cavité. A l'ouverture, le papyrus roulé que cette cavité contient tombe immédiatement en poussière.
Des statuettes funéraires de faïence émaillée sont plantées debout dans le sable tout autour du cercueil auquel elles semblent servir d'escorte. Nous n'en comptons pas moins de cent vingt, toutes d'ailleurs de style unifonne et si mauvais que le nom du personnage auquel elles se rapportent est à peine lisible.
Le cercueil est à face humaine, et le bois, qui n'a reçu aucune couleur, se montre à nu. Il est très poli et luisant, comme s'il avait été frotté d'huile. Le couvercle, si massif qu'il soit, est taillé dans un seul morceau de cèdre, comme aussi la cuve. Une légende gravée court sur le devant, de la poitrine aux pieds. On n'y lit qu'une courte prière à Osiris en faveur du défunt, dont nous connaissons déjà le nom.
La séparation du couvercle et de la cuve ne s'opère pas sans quelque difficulté. Des chevilles de bois qu'il faut arracher rendent l'adhérence parfaite.
Le couvercle enlevé, la momie se montre à nu.
La momie est, selon l'usage, recouverte de bandes de toile. Par dessus les bandes de toile, une longue pièce d'étoflFe est étendue, comme un linceul, et cousue par derrière. Des cartonnages découpés et peints de toutes les couleurs sont disposés çà et là et servent d'ornements extérieurs. La tête disparaît sous un masque qui cache la face et les épaules; le visage est doré, les yeux peints en blanc et en noir, les cheveux en bleu. Sur les pieds sont deux petits cartonnages carrés dans lesquels apparaissent deux Anubis noirs sur fond rouge. Sur quatre autres cartonnages carrés, appliqués le long des jambes, sont représentés les quatre génies des morts sur fond blanc. Enfin, au milieu de la poitrine est une sorte de tablier, découpé à jour, sur lequel on lit une prière à Osiris en faveur du défunt.
La momie est sortie de son cercueil et déposée par terre. On ne trouve au fond de la cuve qu'un petit vase d'albâtre qui contient de la poudre d'antimoine pour les yeux, et des branches de feuilles sèches, qui doivent provenir d'une couronne que le temps a presque entièrement réduite en poussière.
L'ouverture de la momie ne donne que de médiocres résultats. Le corps est noir, pesant et ne forme qu'une masse de bitume avec les bandelettes nombreuses qui l'enveloppent. Il faut la pioche pour briser tout cela, et encore n'y réussit-on qu'avec
peine. Le bitume a envahi Fintérieur du crâne et le tronc tout entier. Une feuille (l'or est appliquée sur la langue. On recueille çà et là dans la cavité de la poitrine et noyés dans le bitume des tat, des vases cordiformes, des têtes de serpent en cornaline, de nombreuses statuettes de divinités en faïence émaillée. On y trouve des Isis, des Nephthys, des Horus, des Harpocrate, des Thotli, des Phtah embryon. H est remarquable qu'ici pas plus qu'ailleurs Osiris n'est compris dans la série des statuettes en faïence ou en pierre plus ou moins dure lapis-lazuli, feldspath vert etc., qui étaient déposées, probablement comme des sortes de talismans, à côté des momies qu'on croyait préserver ainsi de l'atteinte des génies malfaisants.
j) On continue le déblaiement du temple de Nectanébo. Plusieurs chambres sont nettoyées à fond.
Nous sommes au l"^"" mars 1851, La pluie qui vient de tomber donne lieu à une observation intéressante, dont nous tirons parti pour les fouilles. Le sable, en effet, s'est mouillé. Mais, en se séchant, il a vite repris sur les parties où il est un peu épais sa couleur jaune naturelle. Au contraire, dans les parties profondes plus rebelles à l'évaporation, il reste encore aujourd'hui la teinte sombre que le sable prend quand il est pénétré par l'eau. Or, cette partie foncée du sable mouillé dessine sur le flanc de la colline (pi. A, A) des carrés réguliers qui, par leur forme, semblent les figures que tracent les fenêtres ou les portes sur la façade d'un édifice. La conclusion est facile à tirer. Les figures géométriques qui se montrent sur le flanc de la colline marquent la place où se trouve l'entrée de souterrains encore inconnus. Serions-nous en présence des souterrains où repose la momie d'Apis?
L'expérience est faite. Les figures géométriques sont les entrées à ciel ouvert qui conduisent à des chambres creusées dans la colline. Au milieu sont les puits, d'ailleurs ravagés depuis longtemps et au fond desquels nous ne trouvons absolument rien. Des débris de momies communes gisent çà et là. Ce n'est pas encore Apis qui repose ici.
k) Le déblaiement du temple de Nectanébo touche à sa fin. Le nom hiéroglyphique d'Apis, d'Apis-Osiris, d'Osiris-Apis, est partout. D'un autre côté, nous sommes en plein désert et en pleine nécropole. Que le temple de Nectanébo soit, sinon le Sérapéum, au moins un Sérapéum, c'est ce qui ne peut faire l'objet d'un doute. Mais où sont toutes les dépendances dont nous parlent les papyrus? où est l'Anubidium, où est le temple d'Astarté, où est le temple d'Esculape, où est la place pour ces marchés
qui se tiennent à l'intérieur de l'édifice sacré? où est la tombe d'Apis? Sans la tombe d'Apis, le Sérapéum n'est pins le Sérapénm.
PLANCHE c.
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I. h. Ligne de décombrCH marquant la direction <Ie la e. /. Axe longitudinal du môme temple, pcrpcudi-
erande cncuinte, cOté £st. cnlairc à a, b.
i. d. Aïc transversal du temple do Nectanébo. g. Einplaccmeiit prËfiuinâ de la porto d'entrée île
la grande c
On voit que nous ne sommes pas à la fin de nos travaux. H faut chercher autre part un ensemble qui réponde mieux aux conditions que nous venons d'énumérer. H nous faut surtout chercher autre part la tombe d'Apis.
l) C'est pourquoi nous retournons à la grande enceinte.
En c, d (plan C ci-joint) est Taxe transversal du temple de Nectanébo. En a, h est la ligne du côté Est de la grande enceinte, telle que les décombres la marquent sur le terrain. Or, ces deux axes sont absolument parallèles. Tout porte donc à croire que le temple de Nectanébo, et l'édifice, quel qu'il soit, qui est enfermé dans l'enceinte, appartiennent au même ensemble.
Qui sait maintenant si un chemin que nous ne connaissons pas encore ne mène pas de l'un à l'autre ? Pour s'en assurer, ne suffirait-il pas de mener une perpendiculaire entre la ligne des deux axes (voy. pi. C, e, /). Au point d'intersection des deux lignes (g)^ une dépression du terrain semble indiquer d'anciennes fouilles et quelque chose d'enfoui; ne serait-ce pas là qu'est le fameux pylône que nous avons vainement cherché?
m) Un pylône, en effet, occupe le fond de la dépression du terrain [g de la pi. C). Des sondages nous ont, en outre, prouvé que, sous le sable, une voie dallée s'étend du temple de Nectanébo à l'enceinte de l'ouest.
Il est donc vrai que le voyageur qui suivait l'allée de Strabon, pour se rendre au Sérapéum, pouvait, arrivé au bout de cette allée, tourner à sa gauche, c'est-à-dire vers l'est (pi. B) où il rencontrait le temple de Nectanébo; mais il est également vrai qu'il pouvait aussi tourner à droite, c'est-à-dire vers l'ouest. Peut-être, en définitive, est-ce à l'intérieur de l'enceinte, et dans un édifice qui ferait face au temple de Nectanébo, qu'est placée la tombe d'Apis.
On voit par là que, de découvertes en découvertes, nous voici obligés à une volteface complète. Nous abandonnons, ou à peu près, le temple de Nectanébo, et le gros des hommes est employé à l'exploration du chemin dallé qui s'étend entre la statue de Pindare et le pylône de l'enceinte. Nous déblaierons ce chemin, puis le pylône auquel il aboutit. Nous verrons ensuite ce qui se trouve au-delà.
IV. Dromos. Du 15 mars au 6 juin 1861. — a) Nous avons appelé dromos, avec Strabon, le chemni dallé qui s'étend en face du temple de Nectanébo et va rejoindre perpendiculairement la grande enceinte de l'ouest (voy. la pi. D ci-après, a, h, c, d, et le plan général des dromos).
La période dans laquelle nous entrons sera consacrée principalement à l'exploration des dromos.