‹ Le Sérapéum de MemphisChapitre 28 sur 73 · C'est l'Ajns IV, mort l'an 30 de Ramsès IL · texte numérisé non relu

C'est l'Ajns IV, mort l'an 30 de Ramsès IL

3. Louvre, Salle historique, S. 1200, 1201. Je lis le nom du prince slX T W^ Scha-^m-Djorn, faute d'une lecture plus certaine pour le caractère final de ce nom pi'opre.

en forme de pylône, cliacun de ces autels renfermant dans des trous ménagés pardessous, quatre figurines en porcelaine émaillée, écrites au nom du personnage que Champollion a nommé Poëris\ Quant aux niches des parois Ouest et Nord, j'y recueillis plusieurs tablettes en terre crue avec légendes gravées à la pointe, un tat en porcelaine, et quelques paillettes d'or. Les murs étaient, du reste, eux-mêmes couverts de peintures ti'ès effacées tracées sur le rocher. Celles de la paroi Sud étaient seules un peu visibles, et on y distinguait deux tableaux où le roi Ramsès II et son fils Scha-em-Djom, sont deux fois représentés faisant des libations funèbres devant deux Apis, de forme humaine, montés, comme Osiris, sur la coudée du Phtah, et armés, comme le premier de ces dieux, du fouet et du crochet*.

«Sur le sol étaient répandues une grande quantité de feuilles d'or, et je constatai

1. M. DE RouGÉ a, le premier, noté une variante qui substitue au nom propre PoërU, certain d'ailleurs, en d'autres cas, la lecture Peêar. Pesar fut Tun des personnages dont la piété envers notre Apis se manifesta par les plus beaux monuments, et c'est sur un de ces monuments qu'on a une fois écrit son nom

jkK^ Ik ^ PeS&R. Le type hiéroglyphique du chef rN se rapproche ainsi du sémitique *ito, prince et

de la terminaison des noms propres assyriens Salmanasar etc. (Cf. de Rouoé, Ahmh, p. 33.)

2. L'un de ces Apis a des titres que je ne sais pas traduire. La figure de l'autre est accompagnée de la légende transcrite le plus ordinairement à côté du dieu:

IlaPI AoNKH '...... eN PTaH

Apis le ré vivifié de Phtah

Ce titre singulier ne sera bien compris que quand Tétude générale et complète des stèles du Sérapéum nous aura fait connaître le rôle définitif d'Apis dans le Panthéon égyptien. Jusque-là nous devons nous en tenir à la tradition grecque, qui s'est peu trompée sur Apis, et qui, d'une voix unanime, nous représente le taureau de Memphis comme une incarnation d'Osiris, comme une image vivante et fidèle de ce grand juge de l'enfer égyptien. Le révivifié de Phtah ne serait pas ainsi une qualification d*Apis en rapport avec ses attributs essentiels; je le regarderais plutôt comme le titre funéraire du dieu, titre d'ailleurs fréquemment appliqué aux morts, puisqu'on trouve l'expression L le juêUfié^ mise en parallèle constant avec notre nr|, le revivifié. En écrivant le revivifié de Phtah, les Égyptiens n'avaient donc pas d'autre intention que

celle qui les engageait à faire suivre le nom propre de tous leurs défunts d'appellations funéraires comme celles-ci : le justifié, le révivifié, ou bien encore le justifié dans VÂmenti^ le justifié ou le révivifié dans la maismi de Phtah, — Quant à la présence du temple d'Apis auprès de celui de Phtah et aux cérémonies d'intronisation que nous verrons se pratiquer dans ce même temple, il faut y voir une preuve de plus de l'identité d'Apis et de son prototype Osiris. Apis n'est en effet rapproché de Phtah que parce que Phtah, sous le nom de Phtah'Sokar-Osiris, joue son rôle dans le mystère d'Osiris. Le Socharis des Grecs n'est pas plus un dieu que Temumthis n'est une déesse; dans l'un et l'autre cas, les Grecs ont transcrit un titre par un nom propre,

et du moment où l'on trouve 9 ^ — ^\J H^ Phtah le Sokar d'Osiris, il faut admettre que nous n'avons

dans cette appellation que le nom ordinaire du dieu éponyme de Memphis, suivi de la mention de l'une de ses fonctions. Phtah a donc un rôle, quel qu'il soit, à remplir auprès d'Osiris, et c'est ce rôle qui, en rapprochant de lui ce dci-nier dieu, force par là même Apis à prendre à côté du Vulcan égyptien la place que nous lui voyons occuper. En définitive, je ne nie donc pas la nécessité de mettre Apis à côté de Phtah: mais je crois que le titre le révivifié de Phtah n'a son origine que dans le caractère de Phtah par rapport à Osiris et l'identité de celui-ci avec Apis. Que dans une classification des dieux égyptiens on mette par conséquent Apis à la suite de Phtah; mais qu'en même temps on leur adjoigne Osiris. Du reste, ces idées ont besoin d'êti-e élucidées. Le temps et l'étude nous mèneront seuls à un résultat satisfaisant.

que, dans des trous taillés dans le roc, existaient une centaine de statuettes funéraires en pierre dure, en pierre calcaire et en terre cuite émaillée^

«Du reste, la partie inférieure des deux sarcophages et le soubassement des murs dans tout le pourtour de la chambre étaient entièrement recouverts de feuilles d'or.

«Ayant ainsi constaté Tétat général des lieux, je pris mes dispositions pour procéder à l'ouverture des deux sarcophages. Je choisis pour la première exploration le sarcophage situé à droite de la porte d'entrée.

«La chute d'une partie du plafond en avait défoncé le couvercle et abattu l'un des côtés. Je reconnus sur les trois côtés qui restaient des inscriptions en lettres blanches, au nom de Scha-em-Djom et d'Apis. Je fis déplacer le tout avec soin et je donnai Tordre qu'on me portât le lendemain ces débris au jour, afin que j'en pusse copier les inscriptions.

«Ce premier sarcophage enlevé, j'en reconnus un second, puis un troisième, ces deux derniers en bois uni et soigneusement ajusté, mais sans peinture et sans légendes. Quand la troisième de ces enveloppes successives eut été écartée, je vis paraître une grande boîte de momie, le visage doré, sans urseus, et orné sur la poitrine d'une légende coupée à angle droit par quatre légendes plus petites. Ces quatre légendes ne contenaient que les noms des quatre génies de l'enfer égyptien. Quant à la plus longue, on y lisait : «Voici Osiris Apis, celui qui réside dans l'Amenti, le «dieu grand, le Seigneur éternel, le dominateur à toujours.»

«J'acquis donc ainsi la certitude que j'avais devant moi une momie d'Apis, et en conséquence je redoublai d'attention.. Je pris le couvercle de ce cercueil parles pieds, un autre le prit par la tête, et nous le soulevâmes. Mais, à mon grand étonnement, je reconnus que cette partie supérieure n'était qu'une moitié de cercueil, et que ce couvercle posait directement sur le sol. Seulement, comme le monument était considérable, on avait ménagé par-dessous et dans l'épaisseur du bois une cavité qui avait environ sept pouces de profondeur, un peu plus de quatre pieds de longueur et deux pieds environ de largeur; de telle sorte qu'en soulevant le couvercle je ne trouvai sur le rocher qu'un monceau tout noir, qui avait conservé la forme et les dimensions de la cavité dans laquelle il avait été logé.

1. J'ai ai compté depuis 247. EUes sont toutes gravées au nom des principaux personnages de Memphis. I^s femmes y sont admises en assez grand nombre. L'étude de ces monuments fournira des détails précieux sur Taristocratie de Memphis, quinze siècles avant Jésus-Christ. Il est à remarquer que tous ces personnages, bien que vivants, prennent le titre de jusUfiés, appliqué aux morts. Ils s'assimilaient ainsi au dieu dont ils célébraient les funérailles.

«Mon premier soin fat de chercher une tête de taureau; mais je n'en trouvai pas. Une matière bitumineuse, très odorante et qui tombait en poussière sous la moindre pression de la main, enveloppait une quantité de petits ossements déjà brisés à Tépoque de l'ensevelissement du taureau. Au milieu de ces ossements, répandus dans la masse sans ordre et au hasard, je recueillis : V quinze statuettes funéraires, à tête de bœuf, avec légendes au nom d'Apis mort; 2^ une dizaine d'objets en or gravés au nom de Scha-em-Djom et de divers autres personnages occupant de hautes fonctions à Memphis^; 3^ plusieurs statuettes en stéaschiste verdâtre représentant le prince lui-même*; 4* d'autres statuettes de même matière représentant d'autres princes de la famille royale; 5"* enfin des amulettes en cornaline, en quartz rouge et en serpentine, finement gravées. Dans la masse avaient été déposées une grande quantité de paillettes d'or.

«Ayant ainsi reconnu la disposition du premier des deux sarcophages, je portai mon attention sur la statue en bois doré d'Osiris. Je reconnus qu'elle se composait de deux parties qui se rajustaient longitudinalement , et qu'entre elles deux une petite cavité intérieure contenait du baume enfermé dans une mousseline très fine.

«Je procédai ensuite à l'examen du second sarcophage. Il était sans inscription, et les enveloppes extérieures se présentèrent dans les mêmes conditions que celles du premier monument. Le cercueil, en forme de momie, offrait les mêmes légendes, et quand je le soulevai, je reconnus qu'il posait à plat sur le rocher, et qu'ici encore le cercueil n'avait que son couvercle.

«Les mêmes observations se présentèrent quand je découvris la toile qui enveloppait la masse bitumineuse de l'intérieur. Pas de tête de bœuf, pas de gros ossements; au contraire, une profusion plus grande encore de petits os brisés. Mais au lieu des bijoux, des statuettes et des amulettes de l'autre sarcophage, je ne découvris qu'un naos en or, à émaux cloisonnés^, et portant en dessous de la frise le cartouche-

1. Ces objets précieux, bien supérieurs sous le rapport de Tantiquité et de l'art au trésor découvert par Feruni dans Tune des pyramides de Méroé, sont tous aujourd'hui réunis au Louvre.

2. Scha-em-Djom a multiplié ses images dans cette tombe, qui paraît avoir été spécialement érigée par lui. Les variantes des titres que prend le prince seront curieuses à étudier. Sa généalogie est, du reste, celle qu'on retrouve sur d'autres monuments. Ici Isis-Nofré, l'épouse de Bamsés II, est appelée la yramde chanteuse principale^ celle qui est avec Neith dan» Sais, la royale épouge etc. Sur une autre statuette on lit la légende : le royal fil», le Sam, Scha-em-Djmn; il donne d^illuûiiner ce qui est caché (f); son nom fait paraître Sothi» là oh est Sahou (Orion). On voit par ces échantillons choisis au hasard de quelle variété de documents nos connaissances sur l'antiquité égyptienne vont avoir à profiter.

3. Si je n'avais tenu à laisser à ce procès-verbal sa rédaction primitive, j'aurais modifié ce terme, que Ton sait n'être pas exact. Les bijoux du Sérapéum n'oifrent pas en effet d'émaux cloisonnés; les cloisons sont, au contraire, remplies tantôt d'un simple mastic, tantôt de plaquettes de verre de nuances variées.

prénom de Ramsès II; il était accompagné de six statuettes funéraires à tête de taureau.

«Ces opérations terminées, je fis ouvrir les canopes qui ne contenaient que de For noyé dans du bitume, et comme la nuit avançait, je remis au lendemain à réunir et à cataloguer les nombreuses statuettes de toute matière dont le sol était jonché.»

Tel est le procès-verbal, rédigé sur les lieux mêmes, de la découverte des tombes consacrées à la sépulture des deux Apis morts Tan 16 et Fan 26 du règne de Ramsès n. Les détails consignés dans ce procès- verbal, rapprochés de ceux auxquels a déjà donné lieu Fexamen de la tombe inviolée du quatrième Apis de la XVIII* dynastie, nous prouvent que, selon toute vraisemblance. Apis n'était pas embaumé selon le mode ordinaire, que ses ossements étaient brisés pour être divisés, et que sa tombe est plutôt un monument commémoratif du dieu ou une J30rte de cénotaphe, qu'un lieu destiné à préserver son cadavre des atteintes du temps, ou de celles de la main des hommes.

Apis IV. C'est F Apis dont il a été question plus haut. Treize stèles ont été trouvées près de sa tombe. L'un de ces monuments mérite surtout Fattention à cause de la mention qui y est faite de la mort des trois Apis dont nous nous occupons \ Ces trois Apis sont représentés au principal registre de la stèle. Le premier, comme je l'ai déjà dit, mourut l'an 16 du règne de Ramsès; le second, l'an 26, et le troisième, l'an 30 et le 21 d'Epiphi. La formule est un peu différente de celles que nous rencontrons à d'autres époques. On lit :

L'an du roi Ramsès jour de la venue de la Sainteté d'Apis dans

il S Ci D f Jwww ^ <=> ^ D

la contrée de Khébi pour s'établir dans TAdytum auprès d*Anubis etc.

Sur une autre stèle, de la même main que la précédente, commence en ces termes une invocation au dieu défunt : Action défaille le proscynème dans la chambre d!w (le tombeau). Que ta purification soit la purification dJHorus; que ta purification soit la purification de Sev; que ta purification soit la purification de Thoth; que ta purification soit la picrification de (effacé), ô hasilicogrammiate • Fiai!

Apis V, VI, VII, VIII, IX. Ces cinq taureaux, morts pendant la seconde moitié du règne de Ramsès II, c'est-à-dire en trente et quelques années, font inteiTenir, au

milieu d'une discussion dont Timportance n'échappera tout à l'heure à personne, un argument sur la valeur duquel il est nécessaire de donner dès à présent quelques explications.

On trouve dans Pline (VIII, 46) la mention d'un fait qui, depuis longtemps ^ a mérité l'attention des savants : «-^^07^ est fasy dit cet auteur, eam (Apidem) cei^tos vitœ excedere annos^ mei^sumque in sacerdotum fonte enecant,» Ce même usage a été connu de Solin : <Statum cevi spatium est^ quod ut affuit, profando sacrifontis immersus necatur, ne diem longius trahat, qaam licehit,^ (Solin., c. 32.) On lit aussi dans Ammien Marcellin : ^Apis — quwnpost viveiidi spatitua prœstitutimi saa^o fonte immersus è vità abierit^ nec enlm idtra eum trahei^e licet œtatem quam sécréta llbroriun prœscjnbit auctoritas mysticorum^ alter cuia puhlico qiiœrltar luctu.^^ (Amm. Marc, XXII, 14, 7.) Enfin, à ces témoignages déjà si explicites, on peut ajouter celui de Plutarque lui-même : Ilotct Se XcTpdYtovov r^ irsvtàç à<p' ia^j-rijc, Soov T(bv YpajJtjJidtcov irap' AiYOïrttotc xo irXr^ôoc èoxt, xai ooov èvta'JTôv l^i] /povov o'Atoc» [De Is.j c. 56.) Midtlplié par lu{'7Hême, le nombre cinq produit un carré égal au nombre des lettres égyptiennes et à celui des années que vit Apis. Ainsi, Apis ne pouvait vivre au delà d'un certain nombre d'années dont Plutarque fixe le chiffre à vingt-cinq, et une mort violente tranchait ses jours quand ils avaient atteint la limite qu'il leur était défendu de franchir.

Si maintenant nous interrogeons ces mêmes auteurs, non plus sur le genre de mort d'Apis, mais sur les caractères par lesquels ils ont distingué cette divinité, nous voyons Apis revêtir dans toutes les parties de son dogme des attributs qui, selon eux, le rapprochent, tantôt d'Osiris^, tantôt de la Lune^ à laquelle Apis est plus

spécialement consacré, et dont nous avons déjà dit qu'il porte les marques sur le corps. Apis serait donc, selon les écrivains de l'antiquité grecque et romaine, une

1. Voy. dans Jablonbki, Panth, jEgypL, 2" partie, p. 197, la note des passages de Dod^vell, Mabsham et VioMOLE. Cf. Lepsius, Einleiluiig, p. 160.

2. "^Ev ht Mi^içci Tp^^eaOai tov ^Akiv, eïôtoXov ovia ttî; £xe{vou ('Ogîpiôo;) 'J'ux^î. (Plut., De /*. et Osir,^ c. XX.) 01 8à :;Xei9T0i tôjv Up^cov-oavi-i^yoûjjievoi xai oi^aaxoviE; ^/{xaç, a>ç EU'xop^ov sixovx ypfj vop.C^Eiv t^; ^Oa^pcSo; «J'u/^^ç TOV 'Akiv. {Ihid,, XXIX.) — Tôv ''Attiv, sixova jjl^v '*Oa{piooî . . . (Ibid.^ XLIII.) — T^ç 8à tou pooç toutou tijiîÎç aiTÎav fvtoi çspouat X^yovTEç oti TEXguTiJaavTo; ''Oa^ptoo; ilç toutov f^ '^yy/j aÙToO {xet^jttj .... (Diod. Sic., I, 85.)

3. Inler aniniaîia antiquU observationibtis conaecrata, Alnevis et Apia auni notiora : Miievia aoli aacratur .... aeqtÊcna Lunce. (Amm. Marc., 1. XXII, p. 246.) Voy. Jablonski, Panih.y 2* part., p. 181, et Lepbius, EitU,, p. 160. Apis passait pour devoir la naissance à un rayon de la lune : AJyunTioi $^ X^youoi, aAx; etii t^v ^ouv SX tou oupavou xaT^yEiv. xai ev toutou t(xteiv tov *'A;:iv. {Ifetod., III, 28.) — AiyunTioi to'v "'Ariv Xo/sÛ£90a{ çaaiv ÈTia^îj Tfjç aeXijviijç. (Plut., QuceaL, Sympos. VIII, 1.) — Tbv Ôk ^A;:iv Y£v«<ïOai (X^youai), oTav ^ôiç ipzi^ ydvijjLov

«no TTÏç JB/.Ti'^jÇ xat xaOa«J»r,Tai Pobç op^wor;; (Plut., De la, et Oair.^ XLIII.) Voyez aussi Elicn et

Suidas, loc» cit., et Porphyre ap. Eusëb., Prep. Ev.^ III, 13.

divinité luni-solaire, symbole d'Osiris, c'est-à-dire du soleil dans sa marche nocturne, comme Mnévîs, à Héliopolis, aurait été le taureau solaire, symbole d'Hélios ou du soleil dans sa course brillante au-dessus de nos têtes. (Comp, Elien, De nat. anim. XI, 11 : Toôtov [le Mnévis] Aiy^'icTtot r)loo ^aob tspov, âirst tov Ys'Airtv àvdÔTjjJia sfvat osXt^vï] XsYOoatv, et Suidas, voc. Apis:Toùzo^ [l'Apis] AtYÙ'icitot osXt^vyj ttjjiôat, xai tspoc -jv 58c 6 ^oûç r^c osXtjvtjc, ûarsp 6 Mvsôtç toô i^Xioo.)

Or, la question une fois posée en ces termes, il est difficile de ne pas remarquer que les vingt-cinq années de notre divinité luni-solaire sont précisément celles d'un cycle astronomique également luni-solaire, lequel, tous les vingt-cinq ans, ramenant en conjonction (àTcoxardotaotç) le soleil et la lune aux mêmes points du ciel et presque aux mêmes heures du jour, pourrait bien s'être en quelque sorte personnifié dans Apis, ce qui a l'avantage d'expliquer tout naturellement le motif de la mystérieuse mort dont on frappait le dieu. Telle est, en deux mots, l'origine de la fameuse période d'Apis, dans laquelle nous pouvons déjà, sans plus d'explications, démêler deux éléments distincts et indépendants l'un de l'autre : l'un, le cycle de vingt-cinq ans, cycle réel et bien connu des anciens, puisque Ptolémée s'en est servi dans ses tables manuelles pour le calcul de l'anomalie moyenne du soleil sur des intervalles de vingt-cinq années; l'autre, l'application de ce cycle astronomique à Apis, c'est-à-dire la période d'Apis elle-même qui, comme on le voit, n'a d'autre fondement que la brève remarque de Plutarque.

Maintenant si le but auquel ces développements tendent n'a pas échappé au lecteur, on doit voir que la période d'Apis n'intervient en ce moment que parce que la découverte de la tombe du dieu doit nous fournir, ou jamais, la solution du problème et le deniier mot de cette question si controversée : y avait-il une période d'Apis? les Apis se succédaient-ils de vingt-cinq ans en vingt-cinq ans? l'âge d'Apis étaitil en même temps celui d'un cycle luni-solaire dont les Égyptiens se servaient, soit pour la supputation des temps, soit dans un but religieux? Il est impossible que le mot de l'énigme ne soit pas aujourd'hui entre nos mains : c'est à nos monuments qu'il faut le demander.

Nous voilà donc ramenés, après ce détour indispensable, aux cinq Apis qui font l'objet spécial de ce paragraphe et à l'argument que l'on est obligé de tirer de la mort de ces animaux, survenue en une période qui ne dépasse pas trente-six ans. Evidemment il n'y a pas là trace d'un cycle qui, personnifiant sa durée dans celle de la vie d'un taureau, ne ramenait tous les siècles que quatre Apis dans la tombe

creusée sous le Sérapéum, et la même conclusion se tire des trois premiers Apis du même règne, lesquels sont morts en quatorze années. La période d'Apis n'a donc pas existé, au moins dans les conditions qu'on lui avait attribuées jusqu'ici, et il paraîtrait, d'après les seules considérations qui viennent d'être développées, qu'il faut renoncer au cycle, ou plutôt à celui des attributs d'Apis qui nous engagerait à

voir dans le taureau de Memphis un symbole vivant de ce cycle.

Mais comme, en matière si neuve, la critique a le droit de se montrer exigeante, je dirai que, malgré ce qui précède, les preuves de la non-existence de la période, telles qu'on vient de les voir, ne se présentent qu'accompagnées d'un certain doute, n se pourrait en eflFet que, le même principe s'incamant successivement dans les divers Apis, le cycle n'ait pas été nécessairement lié à la vie de tel Apis, et que, quand un de ces animaux mourait avant les vingt-cinq ans de rigueur (ce qui devait être un cas fréquent), les prêtres avaient le droit de reporter sur son successeur^ les années du cycle par lesquelles le premier avait déjà passé. En ce cas, l'Apis mort l'an 30 de Ramsès II aurait vécu quatre ans parce que dans sa quatrième année s'accomplissait la fin d'un cycle commencé sous l'un des Apis précédents; de même l'un des derniers taureaux morts à la fin du règne de ce roi, c'est-à-dire en l'an 55, selon une inscription tracée sur le mur de la chambre sépulcrale, aurait vu sa mort coïncider avec la fin d'un cycle commencé vingt-cinq ans auparavant (30+25 = 55). Bref si, à la première vue, la tombe des taureaux de la XIX® dynastie nous porte à rejeter la période comme contredite parles monuments, on voit que, après un examen plus mûr, nous sommes forcés , sinon de faire un pas en arrière , au moins de nous avancer avec une plus grande circonspection. La question n'est donc pas vidée; elle est encore une fois ajournée. Je ne dis pas que nous rencontrerons partout les doutes avec lesquels nous sommes obligés d'accueillir les preuves que nos cinq Apis semblent apporter avec eux ; au contraire, quelques pas de plus, et ces doutes vont disparaître complètement. Mais jusque-là, nous n'avons pas encore mis la main, avec les seuls Apis de Ramsès H, sur le nœud du débat, et en attendant que de nouveaux monuments fournissent à la discussion des bases plus solides, il est peut-être plus sage de nous abstenir.

Trois de nos Apis ont été ensevelis dans les chambres n"*' 2, 3 et 4 des Petits Souterrains. Les deux autres avaient été déposés dans un même caveau sur l'une des parois duquel était tracée la date de l'an 55 déjà mentionnée. L'un mourut alors

1. M. DE LoNOPÉRXER lue rappelle à ce sujet les Suffeeti consulet de Rome.

que le prince Ménephtah, qui plus tard devait succéder à son père Ramsès H, avait remplacé Scha-em-Djom dans le gouvernement de Memphis, et par la position de la momie, je ne pense pas que ce soit à cet Apis que se rapporte la date écrite sur le mur. L'autre est mort par conséquent en Tan 55, et cette remarque a de l'intérêt si, comme il pourrait se faire, la momie dont j'ai recueilli les débris, au lieu d'être celle d'un Apis, était celle du prince Scha-em-Djom lui-même. Ce point nouveau mériterait de longues explications. Qu'on se figure une momie de foime humaine, détruite dans toute sa partie inférieure à partir de la poitrine. Un épais masque d'or, aujourd'hui au Louvre, couvrait le visage. Au cou étaient passées deux chaînes également en or à l'une desquelles trois amulettes étaient suspendues. Quant à l'intérieur, il ne présentait plus qu'une masse de bitume odorant, mêlée d'ossements sans forme au milieu desquels furent trouvés deux ou trois bijoux à cloisons d'or, emplies de plaquettes de verre. Enfin, auprès de ce singulier monument, je ramassai un gros scarabée en stéaschite grisâtre, une colonnette en feldspath vert et une vingtaine de statuettes funéraires de forme humaine. Voilà notre Apis, et on aura la mesure de l'embarras dans lequel cette découverte doit nous mettre quand on saura que, tandis que touâ les monuments trouvés sur la momie ne portent rien autre chose que le titre et le nom de Scha-em-Djom, tous ceux au contraire trouvés dans les environs mentionnent le nom et les qualifications habituelles d'Osorapis. Est-ce là un Apis? est-ce là la momie de Scha-em-Djom qui, mort en l'an 55 du règne de son père, aura tenu à être enterré dans la plus belle des tombes qui ornaient le cimetière de la ville dont il était le gouverneur, à l'exemple des autres grands de l'Egypte qui se faisaient ensevelir à Abydos près de la tombe d'Osiris? J'hésite à prendre un parti, et je n'aborde pas même une discussion qui nous entraînerait bien loin des limites dans lesquelles nous sommes obligés de nous renfermer.

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