‹ Le Sérapéum de MemphisChapitre 47 sur 73 · Rois, III, ch. IV, v · texte numérisé non relu

Rois, III, ch. IV, v

7. Le nom de Sémiramis avait frappé les Grecs par sa désinence, dans laquelle je ne doute pas qu'ils aient reconnu le sémitique DK&Ti, HeMaM, ou n&Kûn, HeMaMah, une colombe. De là toute la tradition qui mêle des colombes à l'histoire de Sémiramis, soit que, comme dans Hésychius, l'étymologie du nom propre soit cherchée, soit que, comme dans Ctésias, Diodore et Elien, on se contente d'indiquer l'histoire merveilleuse des premières années de cette reine célèbre, qui fut nourrie, comme on le sait, par des colombes. Cette remarque donne du poids à la conjecture de Bochabt {Chanaan, II, 12), et sa lecture SfiPLMaMiç me paraît très heureusement confinnée par la transcription égyptienne du nom, KeRoMaMa. On prétend qu'après 8a mort, Sémiramis fut adorée sous la forme d'une colombe.

suffisante. Mais celle des Maschouasch et des peuples qu'a combattus Ramsès III est incontestable, et cela suffit pour que, dans ces soldats asiatiques qui, sous la XXII'' dynastie, ont joué le rôle des Suisses en France, nous reconnaissions une trace de plus de l'alliance et des rapports de l'Egypte avec ses voisins des bords de l'Euphrate et du Tigre.

La seconde observation aura sans doute frappé d'elle-même le lecteur dans la traduction que j'ai donnée plus haut de la stèle de Pikhaï. Notre Apis IV est mort en effet à vingt-six ans, et cette comte mention a pour nous plus de valeur que tous les passages de Plutarque et que tous les renseignements sur la religion égyptienne fournis à posteriori par les Grecs. La période d'Apis résistera-t-elle à ce nouveau coup? J'en doute fortement, et je crois qu'on peut dès à présent la regarder comme anéantie. J'ai cependant de la peine à croire qu'il n'y ait pas au fond de tout cela quelque chose de vrai et que la mort violente imposée à Apis ait été une tradition créée tout d'une pièce par les écrivains de la Grèce et de Rome. Apis est un des dieux du panthéon égyptien que les Grecs ont le mieux connu ; par sa parenté avec Sérapis, il était devenu presque l'un des leurs, et il me paraît difficile qu'en pareil cas ils aient inventé un fait dont cliacun pouvait, de leur temps même, vérifier l'exactitude. On doit donc croire que tout, dans les écrits de Plutarque, de Pline, d' Ammien Marcellin et de Solin, n'est pas entièrement faux, et que peut-être les monuments du Sérapéum ne viennent contredire aujourd'hui les affirmations de ces auteurs que parce que l'érudition moderne, sur les traces du seul Plutarque, a fait fausse route en ne distinguant pas suffisamment le cycle de vingt-cinq ans, qui n'a rien de commun avec Apis, et le point du dogme qui forçait Apis à mourir une fois qu'il avait atteint un âge déterminé. Envisagée de cette manière, la question, ce me semble, est ramenée à son véritable point de vue. Je crois, quant à moi, que si les monuments ont incontestablement raison, les écrivains grecs n'ont pas autant de torts qu'on voudrait le croire, et qu'après tout. Apis étant Osiris sous sa forme charnelle et, comme Osiris, recevant son souffle de Phtah, rien ne nous défend de croire qu'Apis, l'image la plus parfaite d'Osiris, n'ait été condamné à mourir à l'âge même auquel Osiris serait mort, c'est-à-dire à vingt-huit ans ^ Pouvait-il en effet en être autrement? un Apis de vingtneuf ou trente ans avait-il encore le droit d'êti-e un Osiris? les funérailles d'Apis n'étaient-elles pas celles d'Osiris lui-même? en un mot Apis, dans sa vie et dans sa

1. 'Etôjv ô' àptO^bv ot |jièv ^icîiaat tôv "Oaipiv, ol tii ^araiXeuaai X^yoyatv oxtw scai swoffiv. Les uns disent qii Osiris <i régné vingt-huit ans, d'autres qu'il n^a vécu que ce nombre données. (Plutarque, De Is. et Os.^ XLII.)

mort, n'est-îl pas une personnification complète de la vie et de la mort du grand juge de Tenfer égyptien, et dès lors pourquoi vingt-cinq ans, et pourquoi pas vingt-huit? D'ailleurs ceux qui tiennent absolument à la période astronomique ont la ressource du cycle de vingt-huit ans, cycle solaire comme Osiris était un dieu solaire. On peut donc, sans offenser la science, penser que les Grecs n'ont pas été les inventeurs naïfs de la période qui a peut-être un peu trop mystifié les modernes, et qu'effectivement Apis a dû mourir quand la vieillesse le conduisait à un certain âge, non pas parce qu'il était le type vivant d'une période avec laquelle il n'avait absolument rien à faire, mais parce que c'était un point de ressemblance avec Osiris. Telle est, à mon sens, la solution du fameux problème de la période d'Apis, qui n'en est plus une. De cette façon, nos Apis vivent vingt et vingt-six ans; ils vivent ce qu'ils peuvent, sans qu'on songe à compléter par l'un le cycle commencé par l'autre, et le plus glorieux d'entre eux sans doute est celui qui, Osiris complet, prolonge sa vie jusqu'aux vingt-huit ans après lesquels, à l'exemple de la victime des embûches de Typhon, il termine son existence dans les eaux du Nil. — Mais je me hâte d'ajouter que cette solution n'est peut-être pas encore irrévocable, et que les partisans à tout prix de Plutarque peuvent se réfugier dans un dernier argument qui nous est fourni par le Sérapéum lui-même. Je produirai consciencieusement cet argument en son lieu et place, avec tous les points de doute dont il est accompagné et sous lesquels il succombe. En attendant je continue la série de nos taureaux divins.

Apis V, VI, VII. Ces taureaux moururent l'an 4, l'an 11 et l'an 37 d'un roi qu'une stèle^ nomme ^^ f}^ ^ f) Î]T ^^^ de Pikhaï^ et dont la légende est celle-ci :

C'est encore là un roi nouveau, et il est d'autant plus étonnant que les monuments ne nous aient jamais livré son cartouche que son règne fut très long et ne paraît pas avoir été agité par beaucoup de troubles intérieurs, puisqu'à chaque mort d'x\pis, le Sérapéum, comme aux plus beaux temps de la monarchie, fut orné d'une quantité considérable de proscynèmes. Ce roi d'ailleurs se nomma Scheschonk, et comme il succéda à Pikhaï, il devient le Scheschonk IV de la XXIP dynastie. Je noterai en

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