Ibid., s
2. M. Brugsch ne m'en voudra pas de publier avant lui cette lecture nouvelle et curieuse du nom de la ville de Bubastis. Je la lui dois tout entière. Elle est pour moi une preuve de la bonne amitié de M. Bbuqbch, et un souvenir précieux des longues heures que nous avons passées ensemble sous la tente ou au milieu des sables du Sérapéum, interrogeant ce riche portefeuille de notes au fond duquel j'espère bien que la géographie pharaonique, promise par Fauteur de la Grammaire démotique au monde savant, ne restera plus longtemps enfouie.
vie et la santé) au royal fils Tàkellothis et à la mère divine^ . . . pè^; au royal fiU Osorkon et à la mire divine Ta-schat-Klions; au royal fils Scheschonk et à la Tnère . divine Kéromama. — (Qu'Apis donne la vie et la santé) au divin pire, au grand chef Nùm'ot et à la mère divine Tent-ès-Pah, (lequel Nimrot) est fils de (son père personnage) du même rang Scheschonk et de la royale mh^e Meh-en-Ousekh; (lequel Scheschonk) est fils de (son père personnage) du même rang Pi-tout, (lequel Pitout) est fils de (son père personnage) du même rang En-ven-scha, (lequel En-venscha) est fils de (son père personnage) du même rang Ma-ou-san, (lequel Ma-ou-san) est fils de (son père) Teh-en-vouioua'^.
J'aurai occasion de revenir sur les différentes manières par lesquelles les Égyptiens ont noté les événements de la vie d'Apis dont ils ont voulu conserver le souvenir, et je me bornerai en ce moment aux questions qui intéressent plus directement l'état de la famille royale. ^
La première des trois parties dont se compose le tableau des personnages qu'Harpisen a introduits dans son proscynème est d'une clarté qui ne laisse aucune prise au doute : Harpisen y remonte jusqu'à son sixième ancêtre, le roi Osorkon, et il n'y a rien là que de très naturel. De même, à la seconde partie, le dédicateur du monument fait paraître trois princes qui ne peuvent appartenir qu'à la famille régnante et qui, par conséquent, sont fils de Scheschonk IV; ici encore le motif qui a guidé le rédacteur de notre stèle se devine facilement. Mais on comprend moins pourquoi, après les trois princes, la série des personnages continue par un Nimrot, époux d'une Tent-ès-Pah ornée d'un titre sacerdotal ordinairement réservé aux princesses, et fils d'un particulier qui est lui-même l'époux d'une royale mère, c'est-à-dire de la mère dan roi. Ces difficultés ne peuvent être établies clairement que sur le vu du grand tableau généalogique résumé plus bas. On y verra que le meilleur arrangement possible est celui qui consisterait à faire de la royale mère Meh-en-Ousekh la mère du roi Pikhaï, et de la femme du grand chef Nimrot, la fille de Tàkellothis II. Je sais que si Meh-en-Ousekh avait été 1 , royale épouse, au lieu de 1 V\ , royale mère, il eût été plus simple peut-être de regarder cette femme comme l'épouse (en premières ou en secondes noces) de Tàkellothis II qui serait ainsi devenu le père de son successeur Pikhaï. Mais Meh-en-Ousekh n'a pas ce titre, qu'elle n'eût pas
1. Royale mère et royale fille sont des titres royaux; la mèredimne est un titre sacerdotal qui appartient, avec ceux de , et 1 , aux PaUacide» d'Ammon.
2. Ces noms ne paraissent avoir aucune racine dans la langue égyptienne.
manqué de prendre si elle en avait eu le droit. Il faut donc nous en tenir à Farrangement que notre tableau reproduit, et que, je le répète, je donne seulement comme probable. La place de Meh-en-Ousekh explique la qualité de rnhre de roi qu'elle s'attribue. «Le trône peut-être était réservé au gendre de Takellothis II, selon un usage suivi quelquefois dans la XXII® dynastie. Mais un autre fils de la même Mehen-Ousekh, Pikhaï, mit la couronne sur sa tête. Tel est, je pense, le parti le moins contestable que nous puissions prendre en présence du silence de notre stèle, et nous savons au moins maintenant pourquoi Harpisen rappelle le souvenir du grand chef Nimrot : c'est probablement parce que la femme de ce Nîmrot était fille de Takellothis II, et qu'Harpisen aura tenu à montrer ainsi, l'an 37 de Scheschonk IV, le lien qui unissait sa propre généalogie à celle de la famille régnante. On trouvera du reste ci-joint le tableau qui contient le résumé de toutes ces observations, et de celles que j'ai déjà eu occasion de faire à propos des divers Apis de la XX!!*" dynastie. Ce tableau, rapproché de celui que j'ai extrait tout à l'heure de l'ouvrage de M. Bunsen, montre au lecteur le moins attentif toute la longueur du chemin que nous avons parcouru à la suite des monuments de la tombe d'Apis. La XXIP dynastie nous est maintenant connue. Scheschonk I" et Osorkon V\ ceux-là même que les Hébreux ont nommés Shishaq et Zérach, portent lem's armes, à vingt-neuf ans de distance, jusqu'au cœur de la Judée, ce qui assure pour nous la place de ces deux rois en tête de la dynastie. La tombe d'Apis et quelques autres monuments publiés depuis longtemps se chargent du reste de la famille. L'Apis mort l'an 2 de Pikhaï place en eifet Scheschonk III, Pikhaï et Scheschonk IV à leur rang respectif; et tandis que la généalogie de Pétisis, qui vivait l'an 28 de ce même Scheschonk III, nous prouve que son bisaïeul est l'Osorkon II, père de Scheschonk II et grand-oncle de Takellothis I", l'étude de la statue du Nil au Musée britannique nous force à mettre au sommet de l'échelle le roi Hor-scha-sev, qui devient ainsi l'ancêtre commun de cette lignée de rois. Je ne dis pas que tous les détails du tableau sont, de cette manière, arrêtés sans retour; mais les lignes principales me paraissent certaines et aussi définitives qu'elles peuvent l'être, ce qui est bien déjà quelque chose. Quant à la chronologie, elle conserve sans aucun doute le seul point à peu près immobile qu'à cette hauteur nous ayons encore réussi à placer, point que représente le synchronisme de Scheschonk P' et du pillage de Jérusalem en l'an 5 de Roboam; mais les espaces intermédiaires n'ont reçu aucune lumière nouvelle. Bien au contraire, aux neuf règnes de Manéthon correspondent maintenant onze règnes tout entiers, et
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quarante années au moins doivent s'ajouter aux totaux partiels dont la somme forme l'ensemble de la durée de cette famille royale. La chronologie proprement dite n'a donc reçu aucun secours plus efficace que ceux dont uous disposions déjà; nous savons seulement qu'entre nos deux jalons voisins, c'est-à-dire la prise de Jérusalem par Sésac et la conquête de l'Egypte par Cambyse, il nous faut introduire quarante années de plus, quitte à les retrancher autre part de l'un des autres points de cette durée intermédiaire. Là est tout noti-e profit.
Il est tout aussi difficile de se prononcer sur le sémiticisme qui pénètre si profondément dans toutes les parties de la XXIP dynastie. Comme j'en ai déjà fait la remarque, le royaume avait sans doute été partagé, sous la XXI^, entre les rois légitimes qui régnaient à Tanis, et les usurpateurs qui résidaient à Thèbes, et Scheschonk fut vraisemblablement celui d'entre ces derniers qui réussit à replacer l'Egypte tout entière sous un sceptre unique. Mais si, par là, nous devinons les motifs qui purent engager Scheschonk à déclarer la guerre à celui qui était à la fois le compétiteur de Jéroboam et le fils de Salomon, c'est-à-dire le propre neveu de l'un de ces rois Tanites qu'il avait lui-même détrônés, nous ne pouvons expliquer par les mêmes causes la persistance des descendants de Ce prince à prendre des noms empruntés à des étrangers. Je sais que cet usage n'est pas tout à fait sans précédent dans l'histoire d'Egypte. Les rapports entre l'Egypte et l'Asie étaient, depuis longtemps, nombreux et multipliés. Le roi Pihem avait lui-même fait un voyage en Mésopotamie \ et quelques années avant, vers le temps où l'arche d'alliance, amenée de Silo, tombait entre les mains des Philistins, l'arche de Khons s'en allait paisiblement de Thèbes au pays de Bakhtan, dans la haute Mésopotamie, guérir une belle-sœur du roi Ramsès XIV qui était possédée d'un esprit malin. M. de Rougé, dans un travail lu à l'Académie des inscriptions et imprimé dans l'un de nos journaux quotidiens, a indiqué plusieurs autres points curieux et neufs de ces rapports entre l'Egypte et l'Asie occidentale^ et il n'est plus dès lors étonnant que des noms étrangers se soient introduits en Egypte. Mais si des particuliers peuvent, pour des motifs dont il est facile d'apprécier l'importance, emprunter quelques noms à des nations avec lesquelles ils sont en relations d'affaires ou de famille, toute une famille de rois, si elle est ellemême égyptienne, ne peut, sans renier sa nationalité, s'appeler tout entière de noms
1. Selon une inscription qui vient d'être publiée par M. Lepsius {Benhm.,, III, 249).
2. Cet important travail vient de paraître dans la Notice dt9 Monumenta égypHem du Louvre, récemment publiée par M. de Rouoé. La chronologie égyptienne y est résumée au moyen des ressources nouvelles et inattendues que M. de Rougé a su trouver dans Tétude des monuments.