‹ Le Sérapéum de MemphisChapitre 8 sur 73 · PLANCHE F · texte numérisé non relu

PLANCHE F

Chemin à ciel ouvert, taillé dans le roc et conduisant par une pente aux souterrains de la tombe d'Apis. a. Porte par laquelle on a pénétré dans la tombe le 12 novembre 1851.

A peu près au point d'intersection de Taxe de la porte du nord et de l'axe de la porte de l'est, nous avons rencontré hier la fameuse coupure verticale dans le rocher (au point a de la pi. F). Une coupure parallèle s'est montrée en face (au point 6 de

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la pi. F), à quatre ou cinq mètres de distance. Nous sommes donc tombés dans le vide d'un puits, ou d'une tranchée à ciel ouvert.

k) Nous sommes au 5 novembre 1851. Je viens de recevoir la visite de M. Batissier ^ envoyé par M. le Moyne.

Les négociations prennent de plus en plus une tournure favorable, et le temps n'est pas éloigné où le droit de posséder tous les monuments découverts et à découvrir nous sera donné. Mais Stéphan-Bey avait laissé discrètement entendre à M. LE Moyne que si j'offrais de mon propre gré de suspendre les fouilles, cette reconnaissance implicite des droits du gouvernement égyptien frapperait d'autant plus Abbas-Pacha et l'amènerait à une réponse d'autant plus conforme à nos souhaits, que déjà la promptitude avec laquelle j'avais livré mes monuments le disposait en notre faveur.

M. Batissier me propose donc, au nom de M. le Moyne, sinon de suspendre complètement les fouilles, au moins de renvoyer assez d'ouvriers pour que M. le Moyne, dans les pourparlers avec Abbas-Pacha, ait un argument, cette fois très décisif, à mettre au avant.

C'est ce qui est convenu. Je garderai près de moi les réïs et une demi-douzaine d'hommes. La coupure sera déblayée jusqu'au fond, après quoi le Sérapéum, de fait, sinon de droit, de nouveau est rendu au désert.

l) Ma petite escouade ti'availle. C'est bien une tranchée ouverte dans le roc que nous explorons et non un puits. On trouve jetées dans le sable quelques petites stèles. Elles portent des représentations gravées sur un modèle à peu près uniforme. Apis, • sous la forme de taureau, est adoré par un ou deux personnages agenouillés devant lui. Le registre inférieur est occupé par un proscynème au dieu sous son nom de jj^T^, Osiris-Apis, Ce sont les herbes flottantes qui annoncent l'approche du continent.

m) Le grand jour est arrivé. Hier, 12 novembre 1851, j'ai pu enfin pénétrer dans la tombe d'Apis (voy. pi. F, porte a). Vers la fin de la journée précédente, la partie supérieure d'une magnifique porte construite en calcaire blanc, s'était montrée au fond de la tranchée, le long de la paroi verticale du sud. On se met à l'œuvre avec

1. M. Batissier est l'auteur de VHùtoire de Vart monumental chez tous les peuples. Il était à ce moment agent consulaire de France à Suez, en même temps que secrétaire-particulier du Consul-général à Alexandrie. J'aime à rappeler le souvenir de cet excellent ami, dont les conseils m'ont été si souvent utiles. Tant que les fouilles ont duré, M. Batissier est resté mon confident et mon avocat le plus dévoué auprès du Consulgénéral et du gouvernement français.

ardeur. Quelques gros blocs tombés qu'il fallut briser à coups de masse ralentirent malheureusement le travail, que nous continuons pendant la nuit. Un petit coin de l'entrée se montre bientôt. Je m'y laisse glisser, et, quelques instants après, j'étais dans l'intérieur de la tombe.

n) Les deux officiers surveillants habitent, l'un le village d'Abousyr, l'autre le village de Saqqarah. Ils sont tous les deux absents. Je n'ai par conséquent pas à les informer de l'importante découverte que nous venons de faire.

Le déblaiement de la tranchée est en voie d'exécution. Le sable retombe dans l'intérieur du souterrain par le trou qui m'a servi d'entrée. On travaille à l'écarter, aussi activement que le permet le petit nombre d'hommes dont nous disposons. Quelques nouvelles stèles sont mises au jour. Deux ou trois sont en écriture démotique.

o) L'affaire du firman et des monuments confisqués vient de recevoir une solution à laquelle j'étais loin de m'attendre.

M. LE MoYNE m'informe par dépêche officielle en date d'aujourd'hui ^ : 1** que le vice-roi met à la disposition du gouvernement français les objets d'antiquité qui ont été extraits de terre par moi dans la plaine de Saqqarah et sont désignés dans la liste jointe à la lettre ; 2*" qu'il interdit de poursuivre pour le moment de nouvelles fouilles ou de me livrer à d'autres travaux de déblaiement, en même temps qu'il étend cette prohibition à toutes les opérations de même genre entreprises en Egypte par d'autres particuliers; 3° qu'il se réserve d'autoriser plus tard la reprise de mes fouilles et de faciliter même mes recherches, pourvu que le gouvernement de la République veuille bien lui en faire la demande, sans réclamer la propriété ni l'exportation des objets qui pourraient être découverts.

La situation qui m'est faite par la lettre du 19 novembre se résume donc ainsi: je suis débarrassé de tous les fouilleurs, qui, sous mes yeux, mettent la nécropole de Saqqarah au pillage, le cheikh, le Moudyr et M. Fernandez compris, résultat d'autant plus agréable que ce n'est probablement pas celui que nos concurrents auraient voulu obtenir; — je n'avais rien à livrer des monuments dont les trois réïs avaient dicté la liste ; — j'ai au contraire à procéder immédiatement à leur emballage et à leur expédition en France ; — comme ombre au tableau, toute fouille m'est interdite, et, quand le droit de fouiller me sera rendu, les monuments que je découvrerai seront livrés au gouvernement égyptien pour en faire ce que bon lui semblera. D'où il suit que les officiers restent près de moi : 1^ pour surveiller l'opération

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