UKRAINE
intivement de loir •ut s'enhardir : faisai
ce éclairé par la la •nibre, furent subite
..me avec son efiron lelée d'une inquié
r une chemise de sût 'lait évidemment à cher.
':is yeux ne pouva
taffetas; une chen
les mauvais coups
? reprit la sorcière tenaient dans l'om .(luinier ou arbalét tte poudre de sor< ' ché, un crapaud,
portait la lance mots qu'il faut j uniây c'est-à-dire e de lui-même d
j^Bc^c^ ' Neuville en re
Par iM»j6atu«L. ^ i-ci, avec un
me i^ffoéeiflc a^ "*^
vous lut jDoanr œ . "^ ^ e de sa bagi
dMffllre <ie jtttoisst t
la paille; j'ai voulu ouvrir à Auxerre boutique d'épicerie; les soudards ont pillé les marchandises qu'on m'envoyait, et il a fallu attacher une bannière sur mon pignon \ Ne pouvant subsister de mon travail, je me suis donc décidé à 5 subsister de mes ruses ; la faute n'en est point à moi, mais à ceux qui m'y ont forcé.
— Hélas 1 c'est la vérité, ajouta la femme, chez qui l'industrie du faux pèlerin éveillait évidemment des scrupules, mais qui eût voulu l'excuser au yeux du moine;
lo NicoUe n'a point choisi son métier, et si on peut lui reprocher l'argent qu'il gagne, du moins sait-il en garder une part pour des œuvres pieuses.
— Et la preuve, ajouta le pèlerin en plongeant la main dans son escarcelle, d'oh il retira quelques pièces de
15 monnaie, c'est que je prierai le révérend de ne point m'oublier dans ses prières. Le moine repoussa l'argent.
— Vade rétro! s'écria-t-il, ce sont les écus du diable 1 je ne veux rien du trahisseur de Dieu. Vade rétro/
20 — Vous avez été moins scrupuleux pour la victuaille! fit observer Nicolle piqué, en jetant un regard sur la besace que portait Remy.
Le père Cyrille la saisit vivement
— Ah ! très-bien, s'écria-t-il ; je l'avais oublié ; vous 25 avez raison de me le rappeler. Quand je devrais mourir
de male-faim, il ne sera point dit que j'aurai partagé le pain de l'iniquité. Reprenez votre aumône, et qu'elle reste à la charge de votre âme.
Il avait vidé le bîssac, qu'il tordit à l'un de ses bras, 30 puis, reprenant le bâton de houx posé près de la porte, il sortit avec Remy sans plus attendre.
^ C'était une indication de banqueroute.
L'annonce des succès obtenus par cette fîlle inconnue qui conduisait l'armée française au nom de Dieu, et de l'arrivée de la cour à Loches, avait singulièrement réjoui le jeune homme ; il le fut encore bien davantage en apprenant que Jeanne la Pucelle venait de reconquérir successivement, 5 sur les Anglais, Jergeau, Meung, Beaugency, et que le roi s'avançait avec elle vers la Beauce.
Son conducteur et lui changèrent aussitôt de direction ; remontant vers le nord, ils laissèrent Orléans sur leur gauche, et atteignirent la lisière des bois de Neuville. 10
Jusqu'alors le père C3n:ille avait supporté les fatigues du voyage à force de bonne volonté; mais la route devenait de plus en plus difficile, et le courage seul ne pouvait suffire pour en surmonter les difficultés. Les deux voyageurs traversaient un pays ravagé par le passage récent des 15 Anglais, qui évacuaient les villes et les châteaux oh ils avaient jusqu'alors tenu garnison. Ils s'étaient retirés en ne laissant partout que solitude et ruines. Les provisions de nos voyageurs s'épuisèrent sans qu'ils pussent les renouveler j il fallut vivre de racines et d'herbes sauvages 20 arrachées aux bords des sillons en friche. Depuis trois jours ils n'avaient rencontré aucun être vivant. La pluie tombait presque continuellement sans qu'ils pussent trouver d'autre abri que des masures à demi écroulées ou des carrières abandonnées. Le père Cyrille, qui avait jusqu'- 25 alors accepté toutes les peines et les privations sans se plaindre, ne put y résister plus longtemps. Le quatrième jour, il s'arrêta à l'entrée d'un petit taillis, vaincu par le froid, la lassitude et la faim, et se laissa tomber lourdement sur un tronc d'arbre abattu. 3°
— Quand il s'agirait du paradis, je ne pourrais faire un pas de plus, dit-il d'une voix affaiblie; laisse-moi ici, mon fils...et continue sans moi.
— Au nom de Dieu, mon père, encore un effort ! inter- 5 rompit Remy ; que nous puissions au moins atteindre
quelque cabane... allumer un peu de feu... Ici vous êtes sans abri... Mon père, je vous en supplie!
Le frère Cyrille ne répondit que par un murmure inintelligible: ses paupières engourdies par le froid s'étaient
lo refermées ; ses membres, que la fatigue avait appesantis, demeurèrent immobiles. Remy continua en vain ses prières pendant quelque temps : son compagnon s'était endormi i
Saisi de frayeur, il courut vers la route en appelant à grands cris et cherchant de l'œil, au milieu de la nuit qui
15 était descendue, qiielque fumée qui pût lui faire espérer un prochain secours. Après avoir longtemps regardé en vain, il crut apercevoir plus loin, au bord de la route, une construction dont il ne put bien distinguer la forme, mais qui lui parut importante et élevée. Ne doutant point que ce
20 ne fût une maison, il revint au frère Cyrille, le souleva dans ses bras et se mit à l'entraîner avec effort vers l'abri qu'il avait entrevu.
Le moine, à demi réveillé, se redressa sur ses pieds et se remit machinalement en marche; enfin tous deux
25 atteignirent l'édifice, dont la sombre silhouette se dessinait dans l'ombre. Remy releva les yeux. . . c'étaient les fourches de justice de la sénéchaussée, auxquelles pendait encore le cadavre du dernier supplicié !
Cette espèce de désappointement abattit ce qui lui
30 restait de courage. Après avoir de nouveau promené ses regards autour de lui sans lien distinguer autre chose que le sombre abîme de la nuit, au milieu duquel les arbres levaient leurs bras tortueux comme de lugubres fantômes, il
s'assit à côté du frère Cyrille, appuya sa tête sur un pan de la robe du moine et se laissa aller à la somnolence qu'il avait jusqu'alors combattue.
Cependant un reste d'énergie vitale luttait encore dans son cœur et lui faisait percevoir vaguement ce qui se 5 passait j il sentait que la pluie avait recommencé à tomber, et il rabattit machinalement le capuchon sur la tête du frère Cyrille ; puis il entendit les oiseaux de proie pousser leurs cris sinistres autour du gibet, puis les hurlements des loups rôdant sur la lisière des fourrés ! enfin il lui sembla qu'une 10 ombre s'avançait vers eux I
Il fit un effort pour se redresser, et aperçut une vieille femme d'un aspect hideux, qui s'était arrêtée en le voyant, avec un geste de surprise.
— Au nom de Dieu le Père... et de son Fils, balbutia- 15 t-il, qui que vous soyez... secourez-nous !...
— Qui es-tu, et que fais-tu la? demanda la vieille femme.
Remy lui expliqua en mots entrecoupés comment lui et son conducteur avaient été surpris par la nuit au lieu 20 oU ils se trou\ aient II la supplia de nouveau de lui indiquer un gite et de l'aider à y conduire son compagnon. La vieille femme, qui avait d'abord paru balancer, se décida enfin ; elle prit un des bras du père Cyrille, tandis que Remy prenait l'autre, et tous deux le conduisirent ainsi 25 jusqu'à la colline qui bordait le taillis.
Un vieux château depuis longtemps ruiné la dominait, et ses tours ébréchées se dessinaient en blanc sur le ciel chargé de brouillards sombres. Après leur avoir fait suivre un sentier rocailleux et franchir des débris de murailles, 30 la vieille femme poussa enfin la porte d'une sorte de cave souterraine conservée intacte au milieu des ruines, et dont elle avait fait son habitation. Elle quitta un instant ses
hôtes et reparut bientôt avec une lampe allumée ; mais à la vue de la robe du père Cyrille, que la nuit ne lui avait point permis jusqu'alors de distinguer, elle ne put réprimer un mouvement de surprise et presque d'épouvante. 5 — Un moine ! s'écria-t-elle.
— Aimeriez-vous donc mieux un soudard ? dit en souriant le religieux, qui commençait à se ranimer. Ne craignez rien, bonne femme, nous sommes des gens de paix, et nous serons doublement vos obligés si, après nous avoir
lo accordé une place sous votre toit, vous rallumerez pour
nous votre foyer.
La vieille grommela quelques mots inintelligibles, prit
la lampe et voulut faire entrer ses hôtes dans une seconde
pièce plus reculée ; mais Remy, qui venait de promener ses 15 regards autour de celle où ils se trouvaient dans ce moment,
saisit vivement la main du père Cyrille, et lui dit d'une voix
altérée :
— Dieu nous protège! voyez où nous sommes, mon père.
20 Le moine releva la tête et tressaillit à son tour.
— Si je ne me tromjpe, ceci est un laboratoire de science diabolique, dit-il avec une vivacité dans laquelle la peur avait évidemment moins de part que la cmiosité.
— Sortons, mon père, sortons 1 interrompit Remy, en 25 cherchant à l'entraîner.
Mais le père Cyrille résista : il partageait la croyance de son siècle dans la magie, mais bien qu'il la regardât comme directement enseignée par le démon, l'ardeur scientifique combattait, dans son esprit, le désir du salut et lui inspirait 30 pour le moins autant d'intérêt que d'horreur pour le grand art des sortilèges. Lui-même avait autrefois essayé, dans le secret du laboratoire, quelques recettes magiques, et s'il n'avait point persisté, la cause en était bien moins dans son
orthodoxie que dans l'insuccès des premières tentatives. La rencontre d'une femme livrée à cette damnable science réveilla donc tous ses anciens désirs, et il promena autour de lui un regard avide.
L'espèce de souterrain dans lequel il se trouvait était 5 garni de tous les objets m)rstérieux employés par la sorcellerie: chaudières de différentes dimensions pour préparer les philtres, touffes de cheveux qui pouvaient se changer en pièces d'or, miroirs d'acier poli dans lesquels l'art magique vous montrait les absents, baguettes de coudrier destinées à 10 diriger les nuées, efligie de cire ayant au cœur de longues épingles d'acier qui devaient amener la mort de celui qu'elle représentait, ossements humains, cordes de pendu, têtes de vipère pour les onguents qui changent votre forme. Mais ce qui frappa surtout les yeux du père Cyrille fut un énorme 15 crapaud) prisonnier sous un globe de verre. Il portait, sur le dos, le petit manteau de taffetas indiquant qu'il avait été baptisé par un prêtre sacrilège, et sur la tête une sorte de crête brillante.
L'attention curieuse du moine n'avait point échappé à 20 la vieille, et elle l'augmenta encore en déclarant à haute voix, sous forme de menace, les différents dons que lui donnait son art.
Remy, au comble de la terreur, voulut s'élancer vers la porte d'entrée ; mais le père Cyrille, dont l'épouvante était 25 mêlée d'émerveillement, le retint
— Reste, s'écria-t-il, reste et signe-toi; la puissance du démon ne peut prévaloir contre le symbole de la Rédemption. Au nom du Père, du Fils et de TEsprit-Saint, servante d'Astaroth et de Belzébuth, je t'ordonne de cesser 30 tes menaces et de renoncer à tes maléfices.
La sorcière s'arrêta et demeura un instant immobile près de la porte. Le père Cyrille ne douta pas qu'elle
n'eût obéi malgré elle à Texorcisme puissant qu'il venait de prononcer; mais la vieille, qui semblait écouter, se rapprocha tout à coup, et dit:
— Quelqu'un vient pour consulter la reine de Neuville,
5 — Tu as donc reçu l'avertissement du démon? demanda le moine étonné.
— Ils sont plusieurs, reprit la sorcière, qui tournait le dos à la porte; ils sont armés; retire-toi avec l'enfant, et laisse-les me parler sans témoin.
lo Elle avait pris la lampe et s'avançait vers une des pièces voisines ; elle y fit entrer ses deux hôtes.
C'était un caveau spacieux, au fond duquel se trouvaient un brasier encore enflammé et une litière de feuilles sèches. La reine de Neuville engagea les deux voyageurs à se
15 réchauffer et à prendre du repos, puis se retira en refermant la porte de séparation.
La terreur de Remy n'était point dissipée. Le moine s'efforça de le calmer en lui répétant que les formules magiques pouvaient être victorieusement combattues par
ao celles de l'exorcisme. Il s'approcha ensuite du brasier qu'il ranima et engagea le jeune garçon à s'asseoir avec lui sur le lit de feuilles.
Mais les voix des nouveaux visiteurs venaient de se faire entendre dans la première pièce; Remy s'approcha
25 avec précaution de la porte refermée par la vieille, et, appuyant son œil aux fentes que laissaient les planches disjointes, il aperçut distinctement tous les personnages de la scène qui se jouait de l'autre côté.
La reine de Neuville était debout à quelques pas, tenant
30 d'une main la baguette de fer et l'autre appuyée sur le globe qui recouvrait le crapaud baptisé. Près de l'entrée étaient arrêtés trois hommes, que le jeune garçon reconnut aussitôt, à leur costume et à leurs couleurs, pour des archers du sire
de Flavi. Tous trois parlaient craintivement de loin à la sorcière ; mais enfin l'un d'eux parut s'enhardir : faisant un pas en avant, il se trouva dans l'espace éclairé par la lampe; ses traits, jusqu'alors cachés dans l'ombre, furent subitement illuminés, et Remy reconnut Exaudi nos, 5
Bien qu'il parlât à la vieille femme avec son effronterie habituelle, cette effronterie était mêlée d'une inquiétude visible.
— Ainsi, tu es venu pour chercher une chemise de sûreté? disait la reine de Neuville^ qui répondait évidemment à une 10 demande précédemment faite par l'archer.
— Oui, répliqua celui-ci, dont les yeux ne pouvaient quitter le crapaud au manteau de taffetas; une chemise qui puisse me servir à la fois contre les mauvais coups et contre les sortilèges. 15
— Et que veulent tes compagnons ? reprit la sorcière.
— Moi, dit un des soldats qui se tenaient dans l'ombre et dont l'uniforme indiquait un cannequinier ou arbalétrier à cheval, je souhaiterais un peu de cette poudre de sorcier que vous fabriquez avec un chat écorché, un crapaud, un 20 lézard et un aspic.
— Et moi, ajouta le troisième, qui portait la lance des estradiots, je désirerais connaître les mots qu'il faut prononcer quand on veut payer refugâ pecuniâ^ c'est-à-dire de manière à ce que l'argent donné revienne de lui-même dans 25 votre escarcelle.
— Et c'est tout ? demanda la reine de Neuville en regardant de nouveau Exaudi nos,
— N'est-ce pas assez? répliqua celui-ci, avec un peu d'embarras. 30
La sorcière frappa la grande chaudière de sa baguette de fer.
— Tu as une demande plus importante à me faire,^ :
R. Si 8
dit-elle avec colère ; tu viens pour me consulter de la part de ton maître 1
L'archer parut stupéfait
— Par Satan ! elle Ta deviné, s'écria-t-il en faisant un 5 pas en arrière et regardant ses compagnons ; Dieu m'est
pourtant témoin que le sire de Flavi m'en a parlé pour la première fois, il y a deux heures, à l'auberge du Bois. Puisque tu sais tout, femme ou diablesse, je n'ai rien à te dire, lo — Parle toujours, reprit la reine de Neuville avec autorité; je veux voir si tu es sincère.
— A quoi bon mentir quand on lit jusqu'au fond de vos intentions? reprit Richard presque craintif. Le sire de Flavi a véritablement entendu dire que rien n'était caché
15 pour toi, et il m'a envoyé afin de t'adresser des questions.
— Voyons.
— D'abord tu dois savoir que notre maître cherche depuis longtemps l'héritier de la dame de Varennes, dont il craint le retour.
20 — Il n'a pu le découvrir ?
— C'est-à-dire que le hasard le lui a conduit il y a quelque temps, et qu'il l'a laissé fuir sans se douter de ce qu'il perdait.
— Il l'a su depuis ?
25 — Ix)rs de mon retour à Tonnerre, j'ai reconnu sans peine, sur ce qui m'a été dit des deux prisonniers échappés, le jeune seigneur de Varennes et le moine qui lui servait de guide.
— Un moine ! s'écria la reine de Neuville,
30 — Messire de Flavi ignore la route qu'ils ont suivie, reprit Exaudi nos, et c'est là ce qu'il voudrait - apprendre • de toi.
— Ce sont euxl répéta la vieille femme, comme si elle
se parlait à elle-même; un moine déjà vieux et chauve, avec un jeune garçon de seize ans... l'air hardi... et portant le costume de novice.
— Sur mon âme ! c'est cela, dit l'archer de plus en plus surpris. 5
— Et tu les cherches ? reprit la vieille femme.
— C'est-à-dire que messire de Flavi voudrait savoir oli les trouver.
— Que donnera-t-il si je le lui apprends ?
— Tu sais donc où ils sont ? 10
— Si je lui livre le moine et son compagnon ?
— Quand cela ?
— Sur-le-champ.
— Est-ce possible ? s'écria Exaudi nos. Quoi ! la puissance de ton art pourrait les amener icip... 15
— Donne seulement les deux pièces d*or que le sire de Flavi t'a remises, reprit la reine de Neuville en tendant sa main ridée.
— Ah ! tu sais cela aussi ! dit l'archer de plus en plus saisi ; — et tirant de la ceinture de son haut-de-chausses de 20 cuir l'argent demandé: — Eh bien, prends... et voyons si tii pourras remplir ta promesse.
La vieille femme fit disparaître les pièces d'or dans son sein, puis tournant sur elle-même, eUe se mit à murmurer . des paroles mystérieuses et à décrire, avec sa baguette, des 25 cercles magiques. A mesure qu'elle parlait, le son de sa propre voix semblait exciter en elle une sorte de vertige, elle courait autour de son réduit, frappant les chaudières sonores avec sa baguette de fer et prononçant les mots cabalistiques vach^ vech, stesty sty, stu, A ce cri, des hurlements 30 sortirent des pièces voisines, le crapaud à la tête brillante s'agita sous le globe de verre, et des couleuvres soulevèrent leurs têtes d'un des vases touchés par la sorcière.
Il6 LE CHEVRIER DE LORRAINE. [VI.
Exaudi nos et ses compagnons épouvantés avaient reculé jusqu'à l'entrée; mais tout à coup la reine de Neuville^ qui était arrivée près du caveau dans lequel le père Cyrille et Remy se trouvaient enfermés, s'écria : 5 — Bien, bien, Mysoch, ils y sont
— Qui cela? demanda l'archer, qui, au milieu de son effroi, n'avait point oublié le but de la conjuration.
Pour toute réponse, la reine de Neuville ouvrit brusquement la porte du caveau, et les trois soldats aperçurent le lo moine et l'enfant debout près du seuil
Le lendemain, à une heure du jour déjà avancée, la troupe du sire de Flavi se trouvait arrêtée sur un des points de la plaine qui sépare Artenay de Patay. Les cavaliers avaient mis pied à terre pour faire brouter leurs chevaux, et 15 eux-mêmes étaient étendus sur l'herbe oh ils se reposaient, lorsque leur chef sortit tout à coup d'une chaumière oh il avait été rejoint par un messager arrivé à franc étrier, et fit sonner le boute-selle; il venait d'apprendre la défaite des Anglais à Patay et l'arrivée du roi avec l'armée vic- 20 torieuse.
Tous ses compagnons, parmi lesquels l'heureuse nouvelle se répandit aussitôt, s'empressaient de faire brider leurs chevaux et de prendre leurs armes pour courir audevant de Charles VII, lorsque Exaudi nos parut couvert 25 de boue et de sueur.
A sa vue, le gouverneur de Tonnerre, qui allait monter à cheval, s'arrêta :
— Eh bien ? demanda-t-il vivement, en prenant l'archer à part.
vil] le chevrier de lorraine. 117
— J*ai réussi, répliqua Richard triomphant.
— Quoi ! les fugitifs ?
— Regardez.
Le sire de Flavî se retourna et aperçut à quelques pas, sous un noyer, le père Cyrille et Remy gardés par les deux 5 compagnons de Richard.
— Dieu me sauve! sont-ce bien eux? s'écria-t-il émerveillé.
— Eux-mêmes, messire, répliqua Exaudi nos ; la reine de Neuville nous les a fait venir à commandement. 10
— Ainsi, tu es sûr de reconnaître le jeune gars et le moine P
— Aussi sûr que de vous voir.
Le visage de messire de Flavi prit une expression de dureté résolue. Il regarda un instant les prisonniers, 15 comme s'il eût délibéré en lui-même sur ce qu'il devait faire, puis s'avançant brusquement vers eux:
— Par les mille diables ! ils ne nous échapperont pas cette fois, dit-il; nous n'aurons pas ici d'incendie pour sauver les traîtres. 20
— Ne parlez pas de traîtres, messire, répliqua Cyrille, car vous savez que nous sommes bons Français.
— Oses-tu bien me regarder en face et répondre aussi hardiment, faux moine? interrompit de Flavi avec emportement. Sur mon Dieu, je ferai un exemple de ces 25 mauvais garçons qui ont vendu la France aux hommes d'outre-mer.
Un murmure d'approbation s'éleva parmi les gendarmes qui entouraient les prisonniers.
— Oui, oui, il faut des exemples, répétèrent plusieurs 30 voix. Une corde, apportez une corde !
— Voilà, cria Richard, qui avait détaché le licou d'un cheval de valet
Il8 LE CHEVRIER DE LORRAINE. [VIL
— Noël! Noël!
— Il n'y a qu'une cravate pour deux, fit observer un gendarme.
— Chacun aura son tour, comme pour les sentinelles, 5 répondit un second.
— Par lequel commencer ?
— Par le moine ! par le moine !
— Non, dit de Flavi, par le jeune gars.
Exaudi nos avait fait approcher le cheval de l'arbre;
lo il monta debout sur la selle, atteignit une branche et y
attacha l'extrémité du licou. Les deux soldats voulurent
saisir Remy pour le soulever jusqu'à Tautrc bout ; mais le
père Cyrille se jeta au-devant
— Ne le tuez pasl s'écria-t-il hors de lui, au nom du 15 Dieu vivant, ne le tuez pas 1 nous ne sommes point des
espions! Le sire de Flavi le sait... car son archer nous connaît II a reçu l'hospitalité dans notre couvent, j'ai pansé la plaie de sa jambe droite. Je l'adjure de déclarer ici la vérité 1...
20 — Personne n'a-t-il un manche de pique pour faire un bâillon à ce bavard ? interrompit de Flavi.
— Que l'archer parle I j'adjure l'archer I cria de nouveau le moine.
— Plus vite donc, reprit le gouverneur, pendez le petit I 25 pendez !
Mais le père Cyrille avait réussi à rompre les liens qui le garrottaient, et continuait à défendre Remy avec désespoir.
— Non, répétait-il, vous ne pouvez le faire périr par la 30 corde... il est de sang noble... défendez-le, messires; qu'on
cherche au moins à connaître la vérité ; qu'on nous laisse le temps de prouver qui nous sommes... C'est un complot... un assassinat... Le sire de Flavi veut se défaire d'un parent...
— Finiras-tu, archer d'enfer? s'écria de Flavi en pâlissant et en montrant le poing fermé à Exaudi nos. £t vous autres, ne pouvez-vous donc venir à bout d'un moine et d'un enfant ? Tirez la corde, par le ciel ! tirez la corde, et si vous ne pouvez le pendre, ouvrez-lui la gorge avec 5 l'épée.
En prononçant ces mots, lui-même avait tiré à demi la miséricorde qu'il portait à la ceinture, mais il fut interrompu par de grands cris poussés tout à coup, et par un mouvement qui se fit au milieu des hommes d'armes qui l'en- 10 touraient ; une troupe de cavaliers venait de paraître au tournant du chemin, et arrivait au milieu d'un tourbillon de poussière. Aux vêtements de soie et d'or, aux plumes qui ornaient les casques et les chevaux, tous nommèrent la gendarmerie d'ordonnance. 15
Au milieu se trouvait le roi Charles VII, accompagné du connétable de Richemond, de la Trémouille et de la Pucelle, avec son étendard de boucassin frangé d'or. Sur cet étendard était figuré le Christ, assis sur son tribunal dans les nuées, et portant à la main le globe du monde ; 20 plus bas on voyait deux anges en adoration, et ces mots écrits en lettre d'or: Ihesus Maria,
La troupe, éclairée par un rayon de soleil sous lequel étincelaient les étoffes et les armes, arriva d'un seul élan jusqu'au sire de Flavi, et fit halte à quelques pas du noyer. 25
En reconnaissant le roi, tous les hommes d'armes avaient couru à leurs chevaux pour former leurs rangs, afin de le recevoir, et de Flavi fut obligé de les imiter. Les trois soldats restèrent seuls avec le moine et Remy; mais ils lâchèrent le dernier, qu'ils avaient soulevé jusqu'à la corde, 30 et le laissèrent retomber à terre.
Il y eut un moment oh tous les regards, même ceux des deux prisonniers, ne s'occupèrent que de la troupe
victorieuse qui venait de s'arrêter. Le groupe au milieu duquel se trouvait le roi s'en détacha lentement et s'avança vers la compagnie du sire de Flavi, qui achevait de prendre ses rangs. La Pucelle marchait à la droite de Charles,
5 revêtue d'une armure que Ton avait fabriquée pour elle, et ceinte de Tépée à cinq étoiles, trouvée dans Téglise de Fierbois; sa visière était baissée comme pour le combat
Arrivée à quelque distance de Farbre, elle aperçut le
lo moine et le jeune garçon garrottés, et remarqua la corde qui pendait à la branche.
— Pour Dieu ! que veut-on faire de ces gens? demandât-elle en s'arrêtant.
— Ne prenez point garde, ce sont des traîtres, répondit 15 le sire de Flavi, qui voulut passer outre.
— Ah ! qu'ils périssent donc, si c'est la volonté du Christ! reprit Jeanne en soupirant.
Puis, comme elle s'était approchée de quelques pas, elle s'arrêta de nouveau avec une exclamation de surprise. 20 — Des traîtres? répéta-t-elle vivement; sur mon âme! vous êtes trompé, messire.
Et levant sa visière, elle montra aux yeux stupéfaits de Remy les traits de la pastoure de Domremy !
Le jeune garçon avait jeté un grand cri en tendant les 25 mains de son côté : elle poussa son cheval jusqu'à lui, et se pencha en avant
— Est-ce vrai, ce qui vient d'être dit? reprit-elle vivement, et serais-tu l'ami des Anglais?
— Qu'on me donne des armes, s'écria Remy avec un 30 mouvement d'indignation ardente, et l'on verra si mon cœur
est à Charles ou à Bedfort
— Sur mon Dieu ! voilà qui est bien répondre, dit la Pucelle, en se tournant vers Charles, qui s'était approché;
vil] le CHEVRIER de lorraine. 121
et notre gentil roi ne refusera pas la grâce d'un pauvre chevrier de mon pays.
— Demandez plutôt justice pour luil s'écria le moine, et le pauvre chevrier deviendra un riche et noble seigneur ; car, aussi vrai qu'il n'y a qu'un Dieu en trois personnes, 5 le jeune garçon ici présent est fils légitime de la dame de Varennes.
--Par la gorge I moine, tu en as menti! s'écria de Flavi, qui fît avancer brusquement son cheval sur le père Cyrille, et le heurta si violemment qu'il tomba étourdi et 10 sanglant. Emmenez cet afifronteur, ajouta-t-il en faisant signe à ses gens de le saisir.
Mais Jeanne avait sauté à terre pour relever le moine, et s'écria tout émue :
— Ah ! Jésus ! il est blessé. Aidez-moi à le soulager, 15 messires, le cœur me tourne quand je vois couler le sang d'un Français.
— De fait, ceci n'est point l'action d'un gentilhomme, dit le roi sévèrement
— Non, reprit la Pucelle, les vrais chevahers ne frappent 20 pas les faibles ; mais sur mon salut ! ceux-ci ne me quitteront plus, et avec la protection de notre gentil roi, leur dire sera vérifié.
— Ce sera chose facile, reprit Charles; ce soir même nous passons près du château de Varennes. Emmenez vos 25 protégés, Jeanne, nous les mettrons en présence de la dame et d'hommes prudents qui décideront.
A ces mots, il tourna bride et se remit en marche. Jeanne appela aussitôt le frère Jean Pasquerel, lecteur du couvent des Augustins de Tours, qu'on lui avait donné 30 pour aumônier particulier, et confia à sa garde les deux voyageurs. Elle pria, de plus, le chevalier Jean d'Aulon,
son écuyer, de leur procurer des chevaux, les encouragea par quelques pieuses paroles, puis rejoignit la suite du roi.
Restés seuls, le père Cyrille et Remy adressèrent d'abord 5 une fervente prière à Dieu pour le remercier du secours inespéré qu'il leur avait envoyé.
Cependant, si le péril était passé, la plus sérieuse épreuve leur restait encore à subir ; dans quelques heures le sort de Remy allait se décider, et à cette pensée, tous
lo deux tremblaient involontairement Tant qu'ils avaient été loin du but, les difficultés de la route avaient absorbé toute leur attention, et occupé uniquement leur énergie; ils ne s'étaient point préoccupés des moyens par lesquels ils prouveraient la réalité des droits de Remy ; les preuves
15 qui leur avaient suffi pour croire leur semblaient également suffisantes pour persuader ; mais, le moment venu de faire valoir ces preuves, ils commencèrent à craindre et à douter 1 Les affirmations de Remy, appuyées par la déclaration du chevrier qui l'avait recueilli, suffiraient-elles pour convaincre
20 la dame de Varennes d'abord, puis les gens qui devaient examiner l'affaire ? Le sire de Flavi ne ferait-il point prévaloir ses soupçons intéressés? Le père C3Tille, qui avait vécu parmi les hommes trop peu pour déjouer leurs complots, mais assez pour les craindre, se sentait surtout inquiet
25 du résultat de l'examen.
Ils chevauchèrent tout le jour l'un près de l'autre, et tourmentés tous deux de l'épreuve annoncée sans oser se le dire. Enfin, vers le soir, la troupe entière campa en vue du château de Varennes, et Ambleville, un des hérauts
30 d'armes de la Pucelle, vint pour chercher Remy et son conducteur.
Ils trouvèrent dans la grande salle Jeanne entourée de
plusieurs évêques et gentilshommes qui formaient le conseil du roi. Le sire de Flavi était près de la porte, Tair encore plus farouche que d'habitude.
Au moment oh le moine entra avec Remy, la Pucelle fît un pas à leur rencontre. 5
— Au nom de la Vierge Marie, dit-elle, approchez sans crainte et exposez vos droits à messires qui sont prud'hommes. Si vous avez parlé vrai, comme je crois, ils vous seront miséricordieux.
Cyrille s'inclina respectueusement devant les membres 10 du conseil
— Dieu le leur rendra, dit-il avec cette espèce de fierté dont Thabit religieux pouvait seul alors donner l'habitude ; car il est dit dans l'Écriture: Comme l'homme jugera il sera jugé. 15
Regnault de Chartres, archevêque de Reims et chancelier de France, fit signe aux autres membres du conseil, qui s'assirent; puis il commença l'interrogatoire de Remy et du père Cyrille. Celui-ci leur raconta en détail tout ce que le lecteur connaît déjà : l'arrivée du jeune chevrier au 20 couvent^ la rencontre de l'archer, leur départ et les divers accidents du voyage; enfin il présenta, à l'appui de ses affirmations, le testament sous forme de lettre, dicté par Jérôme Fastouret avant sa mort.
Mais messire de Flavi, qui avait écouté son récit avec 25 un sourire d'incrédulité ironique, haussa les épaules lorsqu'il eut achevé.
— La fable est passablement ourdie, dit-il d'un ton méprisant, et elle pourrait surprendre des hommes de quelque prudence ; mais avant de répondre au révérend, je 30 prie le conseil d'entendre l'archer, dont les confidences lui ont appris les recherches de la dame de Varennes.
124 LE CHEVRIER DE LORRAINE. [Vll.
Le chancelier ordonna de Tintroduire, et Exaudi nos se présenta.
Il affectait une timidité respectueuse qui disposa favorablement le conseil. Après Tavoir rassuré, Tarchevêque de
5 Reims lui demanda de déclarer tout ce qu'il savait, et Richard raconta comment, en apprenant par lui la recherche que faisait la dame de Varennes, le père Cyrille avait pensé à présenter Remy à la place de l'enfant disparu, et lui avait proposé d'entrer dans le complot. La déclaration
lo était faite avec tant de calme et de précision, que le conseil parut ébranlé ; mais Jeanne, qui s'était retirée à l'écart pour prier, selon sa coutume, s'approcha dans ce moment, et, entendant les dernières paroles ^Exaudi nos^ elle s'écria :
15 — Ahl par la vraie croix! je connais ce témoin; c'est celui qui a traîtreusement comploté ma mort quand je me rendais devers le roi.
A cette déclaration inattendue, il y eut un mouvement général ; les juges surpris s'étaient retournés. Exaudi nos
20 devint pâle, et le père Cyrille s'approcha de Jeanne.
— Oui, c'est bien lui, reprit celle-ci, dont le regard restait appuyé sur Richard. Aidé du messager, il devait me noyer au passage du pont.
— Et si vous avez échappé, ajouta le moine, c'est à 25 l'enfant, après Dieu, que vous le devez ; car la voix
entendue dans l'église de La Roche était la sienne.
— Ahl sur mon âmel s'il en est ainsi, je le lui revaudrai ! s'écria Jeanne, et notre gentil roi ne refusera pas de m'aider à m'acquitter, comme c'est justice.
30 Cet incident venait de produire une réaction aussi subite qu'inattendue. L'accusation portée contre Exaudi nos par Jeanne avait complètement détruit Teffet de son témoignage.
et le service rendu à Thëroïne par Remy avait évidemment reporté sur lui l'intérêt du conseil. Messire de Flavi s'en aperçut, et, interrompant brusquement les expressions de reconnaissance de la Pucelle :
— C'est trop disputer sur une pareille affaire, dit-il ; 5 pour éviter des débats et des retards, je demande qu'elle soit jugée par Dieu, et je jette le gant à tout champion qui voudra défendre le mensonge du moine.
A ces mots, il ôta un de ses gantelets qui alla tomber sur les dalles, à quelques pas de Remy. 10
Le jeune garçon fit un mouvement pour le relever; le père Cyrille le retint.
— Dieu ne doit juger que là oh la sagesse des hommes fait défaut, dit-il; et pour le présent, c'est au conseil à décider. 15
— Sur mon salut! si j'osais parler devant de si savants hommes, dit Jeanne, je demanderais pourquoi la dame de Varennes n'est point appelée ? chaque femme reconnaît son sang.
Les membres du conseU firent un signe d'assentiment ; 20 ils se consultèrent un instant, et après avoir fait retirer le moine et Remy derrière une tapisserie, ils envoyèrent chercher la maîtresse du château.
Celle-ci se présenta, accompagnée de son aumônier: c'était une femme de quarante ans, qui avait été belle, mais 25 pâlie par les chagrins et les austérités. Elle portait le grand habit de veuve avec les coiffes et les voiles. Avertie qu'il s'agissait de son fils, elle accourait éperdue, et son premier cri demanda où il était. Le chancelier s'efforça de la calmer. 30
— Celui qui réclame ce nom n'a pas encore prouvé son droit de le porter, dit-il.
— Ahl qu'il vienne, reprit vivement la dame de Varennes, je suis sûre de le reconnaître.
— Et comment ? demanda l'archevêque.
— En l'interrogeant sur son enfance, reprit la mère ; en 5 lui montrant le château dans lequel il a été élevé... ou
plutôt... Non, j'ai un autre moyen, messires, un moyen infaillible: la prière de sainte Clotilde.
— Une prière ?
— Transmise de mère en mère dans notre famille, 10 et qui est comme le privilège du premier-né. Mon fils
avait trois ans quand je la lui appris... S'il ne l'a point oubliée, s'il peut seulement en répéter quelques mots, le doute est impossible; car lui et moi sommes seuls à la connaître.
15 Et cherchant du regard autour d'elle celui qui pouvait être son fils, la veuve se mit à murmurer d'une voix tremblante :
— " Sainte Clotilde I toi qui n'as point d'enfant dans le paradis, prends le mien sous ta protection ; sois près de lui
20 quand je n'y serai pas, ici, ailleurs et partout."
Elle s'arrêta palpitante, comme si elle eût attendu la réponse à cette espèce d'appel. Tout à coup une voix ferme et jeune se fit entendre et continua :
"Sainte Clotilde! je te donne mon fils petit pour que
25 tu m'en fasses un homme, et faible pour que tu me le
rendes fort! Retranche trois de mes jours pour lui en
ajouter dix, et prends toutes mes joies pour lui en donner
cent fois davantage ! "
La dame de Varennes poussa un cri, tendit les mains et 30 tomba à genoux.
— Il sait la prière! balbutia-t-elle... C'est lui... Mon fils!
— Ma mère I répondit la voix.
£t le rideau, brusquement tiré, laissa voir Remy, qui s*élança dans les bras de la veuve!...
On ne raconte point de telles scènes. Tout se borna longtemps à des sanglots de joie, à des noms échangés, à 5 des étreintes mouillées de larmes. Les membres du conseil étaient émus; Jeanne priait et pleurait, et le père Cyrille, fou de joie, courait la salle en criant :
— J'en étais sûr, Thoroscope Tavait annoncé. Persécuté par le Taureau... secouru par la Vierge et Mars... La Vierge lo et Mars, c'est Jeanne, la pure et guerrière Jeanne, sicui erat Pallas. Maintenant, que Dieu sauve la France ! j'ai sauvé mon petit cheviier.
Vin.
En prenant le nom et le rang que lui donnait sa naissance, Remy n'oublia point le passé. Le père Cyrille 15 resta toujours à ses yeux son bienfaiteur et son père spirituel La dame de Varennes et lui le retinrent au château, où ils lui abandonnèrent une tour pour son laboratoire. Quant à Jeanne, elle poursuivit sa mission libératrice, et après avoir conduit le roi Charles jusqu'à 20 Reims, elle continua à chasser les Anglais de province en province et de ville en ville. Apprenant enfin que Compiègne était assiégée, elle courut s'y renfermer.
Mais messire de Flavi, qui était gouverneur de Compiègne, n'avait point oublié que c'était surtout à Jeanne 25 qu'il devait la perte de la fortune de la dame de Varennes. Dans une sortie où elle avait repoussé les ennemis avec sa valeur accoutumée, elle resta en arrière de ceux qui
128 LE CHEVRTER DE LORRAINE. [VIIL
rentraient, et trouva la porte de la ville fermée! Faite prisonnière par les Anglais, elle fut jugée, condamnée comme sorcière et brûlée vive à Rouen. Quand Remy apprit cette fin, il pleura à la fois sa bienfaitrice et la
5 libératrice de la France. Quant au frère Cyrille, il soupira, mais ne parut point étonné.
— Très bien, murmura-t-il, Thoroscope s'accomplit... toujours l'hostilité du Taureau ! Hélas ! personne ne peut échapper au jugement de Dieu, ni à la mauvaise influence
lo de son étoile.
Page 1.
2. à fenêtre sans vitrage, 'with unglazed window.' The dative hère expresses merely association. See £ve and De Baudiss, Wellington Collège Frenck Grammar, Syntax § 157 Obs. i (referred to afterwards as Eve § 157 Obs. i).
et dont. Dont hère refers to cabane, The use of et with the relative is common in French, but et dont must not be translated hère by *and whose,' which is incorrect and slovenly, though often met with in inferior writers. Translate et dont les murailles^ *and its walls.'
12. en cheTenx Uancs, 'white-haired.' En is used to express dress, and hence also personal appearance, though the dative would also be usual. £ve § 159 Obs. 4.
les yeux fermés, the so-called accusative absolute construction, expressing manner. See Eve § 118.
13. à sa respiration, the dative of the instrument or Hgn by which a fact is recognised, Eve § 150.
15. Jenne garçon, *youth.' Garçon alone does not necessarily imply youth any more thsmjille.