SCÈNE IV
STOLBACIl, «eul, «e redressant.
Va, mattre, va, je le connais, ton ennemi... el je le tuerai f... Jo le connais, ce secret dont la comtesse allait peut-être, dans son trouble, laisser échapper l’aveu !... Je leconnais.ee lieutenant Keiil, que j’ai surpris là, une fois, là, à celte place... et j'étais sans armes!... ol il m’a échappé !... Mji> qu’il ose revoir celle qu’il a aimée autrefois... qu’il revienne!... et ce n'est pas l’épée do général qui fera justice... cW le poignard de l'esclave!... (On entend dej pai de chevaux »ur le pavé.) Hein? qu’est-ce que j'entends la... derrière le mur du parc?... (il monte »ur un tertre pré» du muret regarde au debor*.) Ah ! c’est une patrouille de cavalerie... comme il en a déjà passé sur celte route qui mène à la frontière... (Appelant.) Ehl camarades, où allezvous donc?... PiaU-il?... A la recherche des déserteurs... On déserte donc encore un peu, dans l’armée?... Le roi est pourtant bien sévère, et on dit qu'il no fait plus grftceàporsonno... Allons, bonne chance !..
(Louise reparaît.)
STOLBACIl, »C retournant.
La comtesse I... (lu regardant) Encore plus troublée que loutà-l’heurc, quand le général l'interrogeait !... Y aurait-il quelque chose do nouveau ?... quelque lettre de lui ?. . Allons vite recevoir le rapport de Gertrude, (souriant.) leur fidèle couiideti le... (Il «'éloigne «ans être vu d'elle. — Nuit.)
SÇÈNE V.
LOUISE, puis KEITT.
LOUISE, après avoir regardé autour dVilc.
Seule!... personnel... Oh! non! il ne viendra pas... Il m'â tant promis de ne plus revenir, rte ne plus me revoir I... et cependant ce billet au crayon, que Gertrude m’a remis en secret... el que je viens de lire en tremblant... ce billet m’annonce...
KEITT, paraissant a u fond, sur le mur, et parlant au prince.
Oui, là, au bas de ce mur, derrière ce massif d’arbres...
LOUISE
C’est lui t
KEITT, toujours il la cantonnadc.
La patrouille repassera bientôt sans doute, el il ne faut pas qu'elle vous aperçoive!
(Il descend et vient à Louise.)
LOUISE
Vous !... c’est vous I...
KEITT.
Louise I...
LOUISE, voulant le fuir.
Vous m’aviez promis, juré de ne plus me revoir !...
KEITT.
Depuis un mois... un siècle... n’ai-je pas tenu mon serment?.., Mais pouvais-je partir, m'éloigner, pour toujours peut-être...
LOUISE
Partir I
Sans vous ravoir uno dernière fois?
LOUISE. '
Partir! avez-vous dit?.,. Où allez-vous donc?
KEITT.
. Le sais-je?... En France, peut-être... partout ou ira celui que j'ai accompagné jusqu'ici.
LOUISE, effrayée.
Vous u'êtes pas seul !...
EEITT, vivement.
Oh! rassurez-vous, on no sait rien, je n'ai rien dit... pas même a lai, pour qui je n'ai pourtant pas de secret.
LOUISE
Mais, qui donc ?
KEITT.
.Le prince Frédéric.
LOUISE, avec effroi.
Le prince I
KEITT.
Il est là... il m'attend... et ce soir, grâce à deux bons chevaux, nous aurons franchi la frontière.
LOUISE
Le princo Frédéric !... quitter Berlin!... la Prusse I... mais c’est impossible !... Pourquoi cette fuite?
Un conp de tête... qu’il appelle un coup d’état... un mariage auquel on voulait le contraindre, un amour naissant, et, plus que tout peut-être, le besoin do briser un joug qui pèse à ses vingt ans... ■ KeiU, m'a-t-il dit, veiax-tu mo suivre?... » Et, comme après vous, après le souvenir de ma mère, le prince Frédéric est ce que j’aime le plus au monde... je n’ai pas réfléchi, je n'ai pas hésité, Je suis parti...
LOUISE
Voosf...
KEITT.
Et puis, tenez, Je ne pouvais plus vivre à Berlin... Cet amour, qui fut si longtemps notre joie et notre espéranco, col amour, vous l'avez condamné au nom du devoir et de l'honneur... Vous avez exigé de moi le serment de no plus reparaître à vos yeux... F.h bien I si près de vous, je ne pouvais résister à la tentation de franchir les quelques milles qui nous séparaient, de braver tous les dangers, même le plus grand de tous, celui de vous perdre... J’avais puur do moi-même, des révoltes de mon cœur et do ma raison... Aussi, quand lo prince m’a dit : Jo pars, suis-moi... il m'a semblé qu’il me comprenait et qu’il veoait à mon secours.
LOUISE
Mais, avez- vous songé à la colère durai !...aux suites terribles d'une pareille résolution I... Partir, quitter la Prusso, c'est...
KEITT.
Déserter, je le sais... Frédéric lo sait bien anssi... Mais ce n esi pas la désertion qni jette ses armes et quitto le champ de bataille... Si le princo se réfugieen France, eh bien, je deviendrai un des (Us adoptifs de la grande nation... je prendrai du service dans les armées du roi Louis XV... L’oflicier prussien passera soldai français... et ce ne sera pas déroger.
LOUISE, tristement.
Adieu donc... partez... et oühliet-thoi.
KEITT, faiblissant..
Obi non I non!... Jamais l„.
(Louise »'e»t assise. Keitl •'agenouille devant elle.)