SCÈNE II
Lu Mi \1ES, FRÉDÉRIC, en petite redingote militaire. — Quatre soldats au fond.
FRÉDÉRIC, galraent.
Y a-t-il de la place pour deux, ici?
KEITT et JEAN.
C’est lui I
Moi-même, mon cher Keitt... Ah 1 je viens de faire un joli rêve!... mats, avec mon glorieux père, le plus beau songe no manque jamais de tourner en cauchemar.
JEAN
Certes, mon prince, ce n’est pas pour mécaniser sa gracieuse majesté, mais votre auguste père est un père do peuple à rcbroosse-poil.
FRÉDÉRIC, le poussant.
Si ta voûtais bien te taire, toi, monsieur Jean I... Eh Icomment le trouves-tu ici, drôle de eorps ?
JEAN
Je suis venu pour accomplir une commission mystérieuse. KEITT.
Permettez-moi, prince, de vous remercier de la visite que vous daignez me faire dans le lieu de ma détention.
FRÉDÉRIC, toujours gairoent.
Comment I une visite ?... mais pas du tout!... je suis ici sur on pied parfait d’égalité : Déserteur, comme toi; pusonnier, commo loi.
JEAN
Ah bahl
KEITT.
Que dites-vous ?
Ce qu’il y a de plug simple et de plus naturel. Tu le sacrifies pour moi. nous sommes pris dans un traquenard, je te vois sur le point do tomber aous (es coups de trois assassins... je n’élai» pas le plus fort, je n’avais pas le choix des moyens... Ma foi, aux grands maux les grands remèdes... je l’ai fait arrêter comme déserteur... mais, quand j’ai vu que je ne pouvais llotlur la rigueur du roi, plus enfourché que jamais sur sa discipline militaire... qu’il me refusait obstinément ta grâce... je me suis déclaré coupable aussi, et j'ai demandé à partager ton soit... Voila tout.
KEITT, très-ému.
Abl mon prince 1... et moi, qui vous accusais!... Ahl pardonnez-moi I
Tout doit être de moitié entre nous, mon cher Gustave : Le cœur, i’épaulelte... et lo conseil d n guerre.
Air d'Ariitippe.
flou» les drapeaux, un soldat est un frère I A les conseils, bien souvent j’eus recours. %
Plus l’araiUé grandit, plus elle est chère...
Aussi, mon cœur t'appartiendra toujours.
Enfant des rois, du poids d'une couronnai Mou front encor c’est chargé qu’à demi...
Ah t laisse-moi, loin des degrés du trône,
Presser la main d'un véritable «mit EEITT, ému, lui baisant la main.
Voilà donc comme vous vous vengez d’un ingrat I (Entrée du gardien et du domestique.)
JEAN, très-ému.
C'est magnifiqne 1 c’cstsublimo !... c'esl-à-direque je veux que l’on me fasse aussi prisonnier d'Ëlat, moi, Jean I... je me déclare meunier déserteur!... J’ai prêté mes deux chevaux, j’ai fait la courte échelle à mon prince pour passer par-dessus le mur... J’cn suis !
FRÉDÉRIC, riant.
Tu es donc aussi en goût de te faire fusiller ?
(Le gardien et le domestique sortent par le fond.)
JEAN, se calmant.
Ahl vous croyer que ça pourra aller jusque-là?
Eh I eb I... le conseil ne badine pas... et sa majesté encore moins.
JEAN
Ah! dites-donc, à propos: Christine a été demandée à la cour— savez-vous ce qu’on veut en faire, altesse?
Qui sgit? peut-être la nourrice do mon premier... La princesse, ma femme, lui veut beaucoup do bien , et elle forme sa maison.
keitt, surpris.
Vôtre femme?
C'est justo, tu ne sais rien de tout cela, toi, pauvre captif... Oui, mon cher, ma femme, la princesse, ma commère de Sans- Souci, l’Autriche, le moulin, tout cela se résume en une seule et même personne... Comprends-tu?... non... Eh bien, yoilà ce que c’est, (il t'assied près de la table et Ure une pipe de sa poche.) KirTT.
Quoi I il se pourrait I,..
Tu as compris?... je t’en fais mon compliment.
(Relu lui donne du feu ; Ils se mettent tout deux à fumer.) JEAN, vivement.
La marraine de mon petit Peters?... Ah! ciel du ciel I... voilà un coup du ciel! (sautant.)
« Ma commère, quand Je danse t •
Ah ! pardon, altesse... c’est ta joie qui me jette des fourmis dans les jambes. (On entend du bruit a l'extérieur.) J'en tends du bruit I... Diles-dooc, si c’était le conseil de guerre?... faudrait pas le laisser entrer.
Christine, en dehors.
Y a-t il quelqu'un f...
(Christine parait avec le gardien, qui l'empècbe d’entrer.)
JEAN, à la grille.
(Test ma femme I