‹ Le sergent Mathieu. Comédie-vaudeville en trois actesChapitre 10 sur 39 · ÉVELINE, MATHIEU · texte numérisé non relu

ÉVELINE, MATHIEU

MATHIEU

( // traverse le fond du théâtre en dehors de la chaumière , et pose la crosse de son fusil à terre. )

Plus personne. MilP z" yeux ! quand on propose la partie, il faut la tenir, ou luen ne pas s'eninèler. ( apercevant Eveline étendue à terre. ) Qu'est-ce que c'est que çà ? ( // entre. ) Une jeune fille! Pauvre enfant! Elle se sera e'garée de sa route . . , et le froid. . . la faim , peut - être . . . ( il la relève, la place sur le banc , et lui frappe dans les mains. ) Elle ne revient pas.. . Le remède universel. . . il n'y a que çà . . . ( Il prend sa gourde , soulève la tête d' Eveline , pour la faire boire. Tout -à- coup , il laisse tomber la gourde , et recule , comme frappé de surprise et d'ejjroi, ) Ah! mon dieul

B7ELINE ouvre les yeux , et jette un regard inquiet autour d'elle, comme ne se rappelant plus ce qui vient de lui arriver; puis apercevant Mathieu, elle pousse un cri, et se jette dans ses bras. )

Vous ! . . . c'est vous ! . . .

MATHIEU

Eveline. . . ma petite Eveline. . . c'est toi. . . c'est voua que je revois ! et dans quel ctat! Allons, voyons, ne vous troublez donc pas comme çà. {Use met à genoux devant elle comme en contemplation. ) Donnez-moi vos mains, que je les rc'chauffe dans les miennes.

ÉVELINE

Ail î qnc votre vue me fait de Ijicn ! elle semble m'avoir rendu toutes mes forces.

MATHIEU

Tant mieux! eh bien , regardez-moi tout à votre aise. . . Là , comme çà. . . çà ne me fait pas d^ mal non plus. . . EIi ben, çàva-t-il mieux ?Oli! oui, car vous me souriez comme dans l'temps, quand j'avais coupé mes moustaches, pour ne pas vous efFraj'Cr. Mais maintenant, que vous voilà un peu remise, dites-moi comment il se fait que vous vous trouviez en Allemagne, aux environs de Neumarck, si près des avant-postes?

ÉVELINE

Je vous cherchais.

MATHIEU

Moi?

ÉVELINE

Quel autre ami ai - je maintenant sur la terre?. . . Vous paraissez surpris?.... Yous n'avez donc pas reçu ma lettre?...

MATHIEU

Non. . . Et cette dame généreuse qui vous a fait élever ?

ÉVELINE

Elle est morte.

MATHIEU

Morte ! mais ses héritiers ? sa famille ? . . .

ÉVELINE

Je leur étais étrangère ; il m'ont chassée . . . Alors , sans ressources , sans appui , j'avais pourtant formé le projet de rester à Paris. . . Je travaillerai , me disais-je , et avec du courage ....

MATHIEU

Comment, il ne vous restait donc pas an ami?

ÉVELINE

Si , j'en avais un.

MATHIEU

Ah ! et vous n'avez pas été le trouver?

ÉVELINE

Non ; je ne le devais pas.

MATHIEU

Et pourquoi?

C >8 ) iVELlNE.

Parce qu'il m'aimait.

MATHIEU

Il VOUS aimait! et vous?

ÉVELINE

Je l'aimais aussi. J'avais d'abord juge son cœur d'après le mien. . . mais je m^étais trompée. . . sa famille était riche , puissante , il m'offrit de l'or. . .

MATHIEU

Et quelle a été votre réponse ?

ÉVELINE

J'ai fui pour toujours, et je suis revenue auprès de vous.

MATHIEU

Merci ; c'était le meilleur parti que vous pussiez prendre. Oser offrir de l'or. . . à vous! . . . Mille canons ! si j'avais été là !.. .

ÉVELINE

Alors , j'invoquai la mémoire de ma bienfaitrice , le nom de mon père adoptif; je priai le ciel de me protéger, et je me mis en route.

AIR de la Rôle et les Bottes.

Pensant à vous, j'entrepris ce voynge, Je parcourus bien des pays nouveaux :

Mais j'avais beau marcher avec courage, Je ne pouvais rejoindre vos drapeaux !

MATHIEU

Que voulez-vous? courir, c'est notre histoire ; D'I'enn'nii toujours le bagage est plié, El l'on n'peut pas attraper la victoire , Surtout quand ou voyage à pié.

Mais maintenant, VOUS voilà auprès d' moi, vous n' manqu'rez de rien.

Page 1