‹ Le serment de collégeChapitre 12 sur 30 · PREMIER COUPLET · texte numérisé non relu

PREMIER COUPLET

Air : Qu'on a d' mal pour se faire aimer ! Mais c'est une plaisanterie.

MELBERT.

Non... c.ir s'il faiu l'ouvrir mon cœur, A toi l'amitié se confie, Tout n'est jias gain dans la grandeur; I Avec les soucis qu'elle entraine,

Elle ôte l'appétit souvent.

Va donc... qu'ici rien ne te gêne : L'appélit nous vient en mengeant. (i?,(.)

DKUXIÈME COUPLET.

MELBERT.

Voyons; pour toi q;ie pnis-je faire?

FRIEDLIN, à part.

Dois-je lui rappeler sa foi ?

Et sur-tout cet écrit prospère...

MELBERT.

Parle... qu'cxiges-tu de moi?

FRIEDLIN.

Tu le veux... mais vr.iiment je n'ose.

(A part.)

Pourquoi p.TS , puisqu'il est puissant?...

MEI.BERT

C'est ])eul-élre trop peu de chose.

FBIEt)M?( , parlant.

Peu de chose!... |ieu de chose ! eh! eli ! on ne sait pas.

(Achevant l'air.)

L'appctit nous vient en maugnaril.

MKLEEIIT.

Exph(jue-toi donc?

FRIEDLIN.

Mon ami... tu es niini.stre... c'e.st tout ce (lu'il me Faut. La fortune a comblé mes vœux.

MEIUERT.

Tii es trop bon... je vou(bai3 aussi te faire parta{jer un [leu...

FBIEDLIN.

Parlnger!... dis-tu?... c'est cela .. te voilà .sur la voie... mais, en vérité, je n'aspirais pas si haut... non... foi de Friedlin .. tu as bien fait de prendre les devants... ce n'est pas moi qui t'aurais fait arriver la.

MELBERT.

Que veu.K-tu dire?

FRlEni.IN.

Quand me présentes-tu ?

MEI.BERT

A (jui donc?...

FRIEDLIN.

Mais au prince !...

MELBERT.

Comme artiste dramatique?...

FRIEDLIS.

Non pas!... non pas!... comme artiste, si tu veux, mais dans un autre genre... oh ! un genre infiniment plus distingué... aitiste ministre.

MELBERT.

Hein?...

FRIEDLIS.

En un mot, comme... ton collègue.

MELBERT, liant.

Ali ! ah ! ah ! tu es bien amusant ; tnais trêve de plaisanterie. Allons, voyons, mon bon Friedlin , (jue veux-tu de moi ?

FRIEPLIN.

Je ne plaisante pas du tout... et il me semble que Je me suis exprimé... c.«té{;oii(piement. Tu es ministre... je veux être... j'ai le droit d'être... ministre.

MELBERT.

Piêves-tu ?... à quel propos me fais -tu une jjareille demande?

FBIF.nLlN.

Tu n'y es pas encore?... au fait, il y a si longtemps... tu dois avoir oïdjlié... mais moi, en (pialitc de comédien , jai de la mémoire, et, ce (uii est un peu plus rare, de l'ordre, beaucoup d'ordre !... je n'égare rien... Regarde ce papier... tu connais la signature... lîi aubas!... en rouge... Ml) petit coup de canif au bras... y es-tu ?...

MELBERT.

Au fait... je crois me rappeler...

FBIEDLIN.

Maintenant, écoute!... ( Lisant.) " Quelles que « soient la fortune et la position que le hasard « me réserve, je jure sur l'hormeur et devant « Dieu de les faire partager h mon ami, mon « compagnon, mon frère, Jactpics-Daniel Fried- « lin... me vouant h l'infamie et au mépris des Il hommes, si je viole mon serment. Signé : Mel- « bert- » — Ah ! tu dois en avoir un semblable, signé Friedlin !...

AlB du Verre.

Jadis en se piquant au bras Fau.st a fait un traité semhlalde; Mais toujours di; pareils corn rats Ne donnent pas une ame au diable.

Je veux |)arla;;er les honneurs; Qu'en <lcux notre avenir se coupe; l'rcniis la moitié de mes grandeurs, Je t'offre un emploi dans ma troupe.

MELBERT, souriant.

C'est pourtant vrai , nous nous sommes signé une semblable promesse... je me le rappelle très bien mainlenant... sans nous inquiéter, enfants que nous étions, s'il nous serait possible de la tenir.

FRIEDLIN.

Quant à ce qui me regarde , je le réponds c]ue rien n'est plus aisé... tu es bel homme, tu as de la diction... voilà un comédien... et (luant à toi , eh! mon Dieu !... ç.i n'est guère plus diflicile... j'ai de l'aplomb de la souplesse, je parlerais pendant trois heures sans reprendre haleine... voilà un tninistre.

MELBERT.

Dieu tne [lardoiine ! .. parles- tu sérieusement?

FRIEDLIN.

Comment donc!... dans toute ma vie, il se présentera une chance, une seule... d'arriver à une grande fortune, au pouvoir, et tu veux que j'y renonce?... c'est comme si tu priais UD homme, qui vient d'apprendre que les numéros qu'il a mis à la loterie sont soitis, de déchirer son billet !... non, non... le voilà mon billet... et je le gaule, et je le ferai valoir. MEI.BERT, .1 part.

Allons, il ne me maïupiait jtlus (]u'un pareil fou sur les bras ! et je lui fais .servir tlii Champagne encore ! ( Haut.) Adieu , Friedlin , reviens me voir... demain iiKitin... nous (Muserons...

FRIEDLIN , le retenant.

Non pas, non pas, je te tiens et je ne te quitte pas, (pieje ne sois pourvu...

MELBERT.

D'un ministère?

FRIEIII.IN.

D'un minislèrc.

MKLUERT, à paît.

Il parait rpie c'est une idée fixe. ( lluut.) Mon

Dieu ! ce serait de grand cœur, comino tu penses bien... malheureusement cela ne df'pend pns de moi.

I rtlEMLÎN.

De qui donc ?

MELBEItJ'.

C'est le prince qui nommi;.

FRIKDLIN.

Oui, je sais cela,., mais tu présentes, mon bon ami, tu présentes... tu ne peux pas dite que non... oh! n'est que... je suis ferré sur notre constitution... je suis même plus instruit que lu ne crois de la position des choses... il vaque un ministère, et l'on veut te forcer de le donner à M. de Rimfeld.

MEI.BERT, stupéfait.

M. de Rimfeld !

FflIEPLlN.

Oui, ton ennen-.i... il vaut donc bien mieux le demander... pour ton ami.

MEI.EEIÎT, de même.

M. de Rimfeld !

KRIEDLIN.

Hein!... cette nouvelle- là le déride, j'espère?...

MELBEBT, préoccupé.

Et... comment pourrais-tu soutenir un pareil personnage?...

FltlEDLIN.

Jouer un ministre?... sous jambe, mon ami, sous jambe !... j'ai bien joué des rois... et quant à la diplomatie , celle dti monde, celle du ihéâtre, mêm.e chose... il n'y a que les planches do changées... au reste, présente-moi, et si je ne me fais pas agréer, tu seras quitte.

MELBERT, à part.

Je crois, en vérité, que ma fortune lui tourne la tête.

FRIEnLIS.

Tu n'as plus rien à répondre. (A part.) Qui sait?... mon étoile!... et puis après , c'est bien le diable si un homme présenté pour un portefeuille n'obtient pas un théâtre. (Haut.) Ah! dis donc, j'espère aussi qu'en bon camarade, tu me mettras un peu au fait de tes moyens d'administration et d'influence auprès du prince... les femmes... hein?...

MELBERT.

Y penses-tu?,..

FRIEDLIK.

Non!... tant mieux... (A part.) Branche vierge !... (Haut. ) Mais n'aurais-tu pas dans la garde-robe quelque habit un peu plus présentable que celui-là !... Oh ! j'en ai , et même de très brillants dans Li mienne ; mais peut-êlre ne conviendraienl-ils pas au rôle... J'aperçois un valet. (Appelant.) Eh!... l'ami... (Le valet paraît. — A Melbert. ) Esl-CC là ta livrée?... de très bongoi'it, ma parole!... ne le dérange pas. Uislui seulement de me conduire.

MELBERT.

Mais écoute moi donc !

FRIEniJN.

Je suis à toi... (Fausse sortie.) Dans ce moment tu es ma providenee !... mais je ne suis pas un ingrat... à charge de revanche, mon bon ami, à chaige de revanche... Veux-tu jouer les jeunes premiers ?...

(Il sort avec le ilomestique.) MELBERT.

Je ne sais vraiment pas comment m'en débarrasser ; c'est qu'il est homme à faire insérer ma maudite piomesse dans la Tribune allemande, et quelle occasion pour mes ennemis... Allons le retrouver, et offrons-lui des dédommajjements tels... Ah ! le prince.

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