‹ Le serment des hommes rouges [microforme]Chapitre 2 sur 66 · PAL PRE · texte numérisé non relu

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— Chut ‘dit le marquis, c’est que ma femme et ma soeur ont un singulier caprice.

Mame Toinon regarda le marquis.

—Ces dames, continua-t-il, ont imaginé de s’en aller ce soir au bal de l'Opéra, déguisées en bergères,

Et vous les accompagnerez, sans doute ?

—\aturellement,

-Déguisé en berger ?

Ou en faune, je ne suis pas encore bien fixé. Je viens donc vous prier, ma chère Toinon. de m'envoyer, le plus tôt possible, plusieurs costumes complets de bergères, Ces dames choisiront.

La costumière Tony. Tony se tenait immo-

bile dans le coin e plus obscur de la boutique depuis

l'entrée du ma .

—Mon mignon, lui dit mame Toinon, tu iras chez M. le me

—Mais, fit ce dernier, il est bien plus simple que ce garçon vienne avee moi tout de suite.

—Con + vous voudrez, monsieur le marquis.

Mame Toinon, en un elin d'oeil, eut assorti des étoffes, empli trois -rands cartons et appelé, du seuil de sa porte: un Commissionnaire; puis elle se pencha à l'oreille de son cher commis et lui dit:

— Reviens au plus vite. Il faut que tu te fasse poudrer et que tu te costumes.

Le commissionnaire placa les cartons sur ses crochets et s’apprêta à suivre le client de mame Toinon.

—De quel côté allons-nous, monsieur le marquis ? demanda Tony.

—Dans l’île Saint-Louis.

Alors le jeune homme, voulant éviter au grand seigneur l’ennui de cheminer côte à côte avee un commis sionnaire, invita ce dernier à prendre les rues de te verses @t à aller attendre à l'entrée de la rue Saint-

si TO

Le marquis, lui, se prit à questionner Tony, tout en marchant. Tony était peu timide; il avait l'esprit alerte et souple, un peu moqueur, de l’enfant de Paris; il s'était toujours plu en la compagnie des gens de qualité, lesquels affluaient dans la boutique de mame Toinon, et, le gentilhomme lui ayant quelque peu lâché la bride, le commis se mit à jaser de choses et d’autres.

Le marquis le regarda tout à coup attentivement.

— Tu as la figure fine, dit-il, le pied petit, la,main blanche et délicate,

J'ony rougit.

—Tu es peut-être le péché mignon d’un homme de qualité.

—Je ne sais pas, répondit Tony; mais ce que je sais bien, c’est que si je n’aimais pas tant maman Toinon, je me ferais soldat,

—Ah! et que voudrais-tu être ?

—Garde-française .

Le marquis se mit à rire.

—Bon! dit-il, tu ignores, je parie, que je suis précisément capitaine aux gardes-françaises.

—Vous, monseigneur ?

—Moi, et si tu veux t’enrôler...

Tony allait répondre sans doute, qu’il aimait trop mame Toinon pour se séparer delle; mais il n’en eut pas le temps, car un troisième personnage vint se mêler à la conversation.

En ce moment le marquis et Tony atteignaient l’extrémité de la rue Saint-Louis-au-Marais et s’apprêtaient à tourner l'angle nord de la place Royale.

Bien qu’il fut à peu près nuit, un gentilhomme, qui cheminait en sens contraire, avait aperçu le marquis ditait sa réponse.

A la vue de ce personnage, qui portait d’ailleurs un

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