LE CHATEAU DU MAGNAT
Le lendemain de l'enterrement qu marquis de Vilers
il Y avait grande rumeur à la porte Montmartre. devant un Cabaret qui avait cette enseigne :
Au sergent recruteur.
Une centaine de jeunes
gens de quinze à vingt ans.
#PPartenant pour les deux-tiers à la classe ouvrière, et pour le tiers restant à la caste boutiquière et à la bourgeoisie de Paris, se pressaient aux abords du cabaret,
Un tambour des gardes-françaises avec son habit blanc à parements bleus, son tricorne et <a perruque poudrée, battait le rappel, et parfois, entre deux roulement, dépliait une grande pancarte et lisait à haute Voix l’avis suivant :
“Monsieur Je marquis de Langevin, mestre de « chevalier de l’ordre royal et militaire de colonel-cénéral 4x
€ Li fi
amp, Saint-Louis et régiment des gardes-françaises, fait
assavoir :
“1. Que par ordonnance du roi,
contresignée par Son
Excellence le Secrétaire d'Etat au département de la guerre, le régiment des gardes-francaises vient d'être PAL Compagnies :
C8 COMpPaghies avant été for.
officier } vu de son emploi, il est né-
a] r« à pote l'effoct 3, Que les jeunes vens qui t servir peuvent adresser, soit directement à MM, de Bressuire et do
inxcotu le uTrs, capitan 011111} indants d'icelles COMpa-
EME, JPsquels les enrôleront ; soit enfin à Humbret, dit Pivoine, særgent recruteur. qui leur comptera dix pistoles en leur faisant signer Jour engagement :
(Nous ne garantissons pas le texte de l’article suivant que Humbert, dit Pivoine, débita de mémoire sans regarder la pancarte) :
“4, Le régiment des gardes-francaises est lo plus agréable de tous les régiments,
“On y danse le dimanche au son des violons et de la flûte,
‘ La solde est bonne, exactement pavée,
“Les soldats ont Ja permission de dix heures tous les jours, et de minuit les Jours de fôte,
* Le colonel n'interdit à ses soldats, pourvu que le service l'en souffre point, ni les aimourettes, ni le caharet. Les beaux garcons seront enrôlés de préférence, le régiment des gardes-francaises avant à coeur de soutenir sa belle réputation de galanterie.”
Les variations exécutées par Pivoine sur ce quatrième et alléchant paragraphe auraient suffi à retenir la foule devant le cabaret du Sergent recruteur.
Pivoine était un grand diable d’homme qui pouvait bien avoir passé la cinquantaine.
Il était sec, maigre, osseux et portait une longue paire de moustaches blanches sur une trogne enluminés ot d’une rouge incarnat qui lui avait valu ce nom de P voine.
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Ir peuvent uire et de es COM pambret, dit
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Il était Gascon, hâbleur au delà de ] brave jusqu'à la témérité et buveur rouge et son nez violacé disaier
à permission, enragé, Sa mine éloquemment qu'i! a ait
largement usé de la tolérance dont les gardes-fi. ivaises
jouissaient à pr pos du cabare
— Venez, mes Larcons, mes bins, reprit-il en faisant <o pistoles qu'il avait dans des lui,
betits amours, mes chéruber quelq centaines de sacs de cuir plac levant
Qui veut servir le roi ? qui veut dix Dix pistoles! cornes du diable!
nes enfants,
pistoles ?
c'est un beau denier, et qui ne se trouve pas sous les pieds d'un ai «ans le capuchon d'un moine.
Dix pistoles! sang du Christ ! si j'avais dix pistoles à appartenant, dix pistoles neuves, luisantes et jannes comme celles-là, je voudrais épouser une femme de qualité qui aurait un carrosse et deg | à outrance... Dix pistoles !
d'une voix
cheval.
aquais chamarrés
enfer de damnation! continua Pivoine enrouée, c'est assez d'argent, ma foi! pour entretenir la plus belle fille de Parie pendant huit jours.
De temps en temps, le sergent inter pour faire signer un volontaire. qui prenait la plume en tremblant, écrivait son nom et son adresse, et touchait ensuite cinq pistoles,
—On donne les
rompait sa parade
cinq autres, disait Pivoine, quand on se présente à la caserne.
Puis le sergent reprenait de plus belle :
— 1 n°v a pas de meilleur métier que celui des gardesfrançaises, mes poulets. On se lève tard, on ne fait pas de manoeuvres, on est bien nourri, on hoit du bon vin.
Le jour, on joue au bouchon ; le soir. on fait la partie de cartes,
Les femmes du quart ior sont amonrer et nous le prouvent,
und Pres LIRUUICUMS UC HOUS,,.
Tenez, moi qui vous parle mes la- |
ne <e
E:ns, moi, Pivoine, tel que plus de maris en ma vie q poulets.
vous me voyez, j'ai embroché u'un Cuisinier n’embroche de
Et Pivoine chantait d’une voix fausse et désagréablement timbrée :
On fait l’amour.
Tout le jour, Dans les gardes-françaises, On fait l’amour, sur ma foi Dans les gardes du roi!
Et les enrôlés leur prime dont sortir du cabaret,
Tout à coup un jeune homme fendit la foule.
C'était presque un enfant : il n'avait pas un poil de barbe, et il était blanc et pâle comme une jeune fille.
— Qu'est-ce que tu veux, toi, mademoïselle ? lui de- Mmanda Pivoine en le voyant s’apprcoher.
—Je veux m’enrôler.
—Dans les gardes-f rançaises ?
—QOui,
—Tu es trop jeune...
—J’ai passé seize ans.
Le sergent sourit.
arrivaient et touchaient la moitié de ils laissaient une bonne part avant de
—Tu es une fille habillée en garçon, dit-il ; c’est pour suivre ton amoureux... que tu veux...
Le jeune homme rougit jusqu'aux oreilles.
—Sergent, dit-il, je me suis battu cette semaine contre deux hommes ensemble, dont chacun était plus grand
que vous, et je vous apprendrai quel est mon sexe véritable,
—Toi, bambin? —Moi.
Le sergent riait à gorge déployée. Son interlocuteur lui demanda de nouveau :
— Voulez-vous m’enrôler, oui où non ?
)roché he de
éable-
ié de nt de
1l de lle.
1 de-
De rouge qu'il était, le pâle.
—Sergent, dit-il, je vais aller trouver le Langevin,
jeune homme était devenu
marquis de
Ce soir, je serai soldat, et demain nous nous retrouverons.
Et Tony, car c'était lui, haute, le sourcil froncé, l'oeil de colère,
sortit du cabaret, la tête enflammé, le coeur plein
À la porte il s’adressa au tambour :
—Où faut-il aller, lui demanda-t-il, } marquis de Langevin ?
—Chez lui, à son hôtel.
— Où est-il, son hôte] ?
—Rue des Minimes, Marais.
Jour trouver le
proche de la place Royale, au
Et il s’en alla suivant le rempart.
L'hôtel du marquis était situé vers le milieu de.la rue, sur la gauche, A Ja porte, Tony apercut, collé au mur, un double de la pancarte dont le tambour avait donné lecture au cabaret du Sergent recruteur. Sur le seuil de la porte, se trouvait un laquais.
-—Monsieur le marquis est-il chez jui ?
—Que lui voulez-vous ?
Tony fit la réflexion serait capable de le trouver trop jeune, lui aussi, et il se souvint que l’infortuné marquis de Vilers lui avait dit:
—Je suis capitaine aux gardes-françaises,
Aussi répondit-il au laquais :
—J’ai un message pour M, le marquis de Langevin.
—De la part de qui?
—Du marquis de Vilers.
—Donnez....
— Non, dit l’enfant, je dois le remettre au marquis en
ge vs en
personne.
ors, venez avec moi....
Ga 1
Le laquais conduisit le commis à mame Toinon à travers plusieurs salles luxueusement décorées , Jusqu'à un vaste cabinet de travail, Au milieu de ce cabinet Tony aperçut un homme déjà vieux, dont la moustache était grise, mais dont l'oeil brillait du feu de la jeunesse,
’était le colonel marquis de Langevin.
Le jolie figure et l'assurance de Tony lui plurent.
—Que voulez-vous, mon jeune ami? lui dit-il d’un ton plein d’affabilité.
—Monseigneur, répondit Tony, je voudrais être soldat.
— Vous crovez-vous done assez fort pour cela ? —Je serai brave,
—Quel âge avez-vous ?
—Seize ans.
—Et vous voulez servir ?
—Je veux devenir officier.
—Oh! oh!
—Et, ajouta Tony avec un accent de mâle fierté. je vous jure que j'aurai un jour la croix de Saint-Louis.
—Peste! fit le marquis, enchanté de l'attitude martiale de l'enfant,
— En attendant, reprit celui-ci, je serais bien content d'être sergent au plus vite,
—Et pourquoi ?
—Afin de me battre avec le servent racruteur Pivoina qui m'a insulté,
—Bah !
-—Sur l’honneur, Monseigneur.
— Quand cela ?
—Ïl y à une heure.
Et Tony raconta comment le sergent Pivoine avait refusé de l’enrôler.
Le marquis écouta en souriant.
—Sais-tu lire? lui demanda:t-il.
— Lire et écrire.
à tra- ’à un :
Tony n
—Säis-tu compter ?
— Oui, monseioneur.
Le marquis lui tendit une plume :
était — Voyons ton écriture ?
e, Tony traca la phrase que lui dictait le marquis. fi 4 avait une fort belle écriture, lisible comme des caracnt. 4 tères d'imprimerie, et de plus, chose rare en ce temps-là, d’un # il savait l'orthographe, : —Eh bien, dit le colonel, en attendant mieux, je te » sol- prends pour mon secrétaire.
Tony poussa un cri de Joie.
& —Ce qui, ajouta le colonel, te donne, au régiment, le grade de caporal.
— Est-ce qu'un caporal peut se battre avec un <ergent? demanda Tony.
— Non, dit le marquis.
Tony se mordit les lèvres.
—AÀ moins, ajouta M. de Langevin, que le sergent té, je n'y consente, Mais, du reste, quand on est caporal, il JOUIS. suffit d’une bataille pour devenir sergent, mar- —Et se battra-t-on bientôt ?
— Peut-être dans huit jours...
ntent
Tony ne put s'empêcher de ge frotter les mains. M. de Langevin ouvrit un registre d’enrûlements.
—AÀ nous deux, sergent Pivoine! murmura-t-il. Le lendemain, comme neuf heures sonnaïent, le tam-
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bour battit dans la cour de la caserne des gardes-françaises !
Le sergent Pivoine se mit à passer en revue ses enrôlés de la veille.
Tout à coup il fronça le sourcil. et sa trogne déjà rouge devint ardente. Un moment même, il erut avoir un éblouissement :
—J’ai la berlue! se dit-il,
Pivoine se trompait : il n'avait point la berlue, et il avait parfaitement vu.
Ce qu'il avait vu, c'était un tout jeune homme, déjà revêtu de l’uniforme blanc et bieu, sur la manche duquel s’épanouissaient les galons de caporal.
Ce jeune homme n'était autre que Tony.
Le sergent rongea sa moustache avec fureur, et son nEZ passa par toutes les nuances du violet.
Cependant il se contint et procéda à l’appel.
Quand l'appel fut fini, il fit un pas vers Tony.
Mais Tony en fit deux vers lui.
—Bonjour, sergent, lui dit-il.
—Bonjour, bambin !
Tony regarda fièrement Pivoine :
— Est-ce que vous n’avez pas vu ce que j'ai sur les bras, servent ?
Mais si,., gi...
—Et cela vous étonne ?
— Un peu, petit intrigant, Comment as-tu fait pour devenir caporal d'emblée. quand il m'a fallu dix ans, à moi, Pivoine, pour obtenir ce grade?
—C'est le marquis de Langevin qui m’a pris pour son secrétaire,
le sergent Pivoine plissa dédaigneusement les lèvres.
—Ah! dit-il, c'est plus facile de gagner ainsi les caons: on n'a pas besoin d'aller au feu...
— Sergent, dit froidement l'enfant, M. le marquis de
frans endéjà ivoir », et déjà
du-
son
Langevin m° jours.
— Ah ! ah!
—Et j'espère bien m'y conduire, Pivoine ricanait.
—Afin d'obtenir bien vite les
à promis que nous irions au feu avant huit
galons de sergent, —Par exemple! s'écria le vieux d'un ton railleur et
plein de mépris tout à la fois; tu me la bailles belle,
freluquet! Toi sergent ?
Il faut avoir de la barbe au menton pour cela,
—Je ne sais pas si j'aurai bientôt de la barbe au menton, mais ce que je sais, C’est que, le jour où je serai votre égal, je vous planterai mon épée dans le ventre jusqu’à la garde!...
—Ni tu veux en essayer, blanc-bec, exclama le sergent exasperé, je renonce à mes galons.
—Et vous vous battrez avec moi ?
—Sur-le-champ.
Pivoine était ultra-cramoisi.
Tony ne connaissait encore personne au régiment, mais ses galons de caporal lui servaient d’introducteurs.
[Il aborda deux vieux soldats qui, l'appel terminé, s'en étaient allés fumer dans un coin de la cour, et il leur dit d’un petit air crane et résolu qui les charma :
—Camarades, voulez-vous être mes témoins ?
Les deux grognards regardèrent l'enfant avee une curiosité bienveillante :
— Avec qui voulez-vous donc vous battre ?lui demanda l’un.
—Avec le sergent Pivoine.
—Oh! oh! c’est une forte lame, le sergent,
—Et qui a tué deux douzaines d'homme en sa vie, ajouta l’autre. —Je le tuerai. moi.
À ce moment entraient dans la cour les officiers de Lavenay, de Maurevailles et de Lacv, qui venaient donner des ordres pour une prochaine revue.
Tony avait parlé avec une assurance telle que les
! deux soldats consentirent à le suivre, en qualité de té- 4 Ë moins, :
Le sergent Pivoine avait également prévenu ses deux camarades.
—Où se bat-on, ici? demanda le jeune homme,
“Oh répondit un soldat en riant. on ne se bat pas à la caserne,
—Où donc. alors ?
—Ordinairement nous allons du côté de ln Grande- Batelière ou sur les Porcherons.
— Allons où vous voudrez.
Les choses s'étaient passées si rapidement qu'aucun officier de service ne s'était aperçu de la provocation.
Mais, pour gagner la rue, il fallait se croiser avec les trois amis de Fraulen.
—Oh! vois done, dit Maurevailles à Lavenavy, le petit protecteur de la marquise, qui s'est fait garde-française !
Un homme aussi expérimenté que Lavenay ne pouvait SV tromper. Quand deux soldats, aux regards furibonds, sortent de la caserne, suivis de quatre autres, c'est toujours un duel qu’ils courent,
— Parfaitement, dit Lavenay. Tu désirais que nous fussions débarrassés de cet ex-commis. (Ce orand ser-
+: Le î } + s HR ent à se charger de ja besogne, pe
Et les trois amis se rendirent au rapport sans plus s'occuper de Tony.
pi les
ral Î re ss
deux
pas
nde-
icun ion.
les
tit ise !
poufue
tres,
Ious SeT-
plus
Le sergent Pivoine, ivre de age d’avoir été insulté par un enfant, sortit le premier de la cour.
Tony le suivit.
Quand on fut dans la rue, le sergent se retourna vers ses témoins,
— Allons au plus près, dit-il, j'ai hâte de corriger ce bambin.
Et il allongea le pas outre mesure,
— Hé, sergent, lui cria Tony, vous êtes un peu trop pressé de vous en aller dans l’autre monde.
Pivoine répondit par un affreux juron et redoubla de vitesse,
La caserne des gardes-françaises se trouvant proche dù Louvre, il y avait un bout de chemin à faire pour arriver derrière les remparts.
IT fallait un grand quart d'heure pour atteindre la porte Montmartre.
Puis là, comme il y avait du monde sur les remparts et qu'on jouait aux quilles et au bouchon à droite et à gauche, le sergent Pivoine tout en maugréant, se dirigea vers les derrières de la petite maison que le maréchal de Richelieu avait fait bâtir récemment au bout du chemin des porcherons. Là les deux adversaires trouvè. rent un terrain sablonneux, entouré de quelques grands arbres et adossé au mur du jardin de la petite maison.
Le lieu était désert,
—Ventrebleu! murmurait le sergent Pivoine en mettant bas son habit et en retroussant les manches de sa chemise, je ne veux pas tuer ce poulet, car on m’appellerait tueur d'enfants; mais je lui planterai trois pouces de fer dans le bras et je l’égratignerai au visas TVun coup de fouet. Ce sera pour lui une leçon.
Pony pensait :
—Le sergent est très fort, dit-on, et je ne sais pas tirer; mais Dieu est juste, et comme la marquise de
Vilers n'a
plus d'autre protecteur que moi, mettr:
1 point que cet ivrogne me tue,
—Allons! allons! mademoiselle, plus en plus en colère, tions la messe avant d'
il ne per-
hurlait Pivoine de voulez-vous donc que nous chanin découdre ?
—Monsieur, répondit Tony, né voix, et
vous avez une fort vilai- Je vais tâcher de la modifier.
Tony tira son épée et tomba en garde,
Il était superbe d’attitude
Les témoins qui d'abord av mencérent à s'étonner :
—(jui sait ?
çon,
Tony se tint d’abord sur la défensive, voine fondit sur lui et Jui ] qu'il esquiva.
t de résolution.
aient secoué la tête, compuis Fun dit à l’autre.
le sergent pourrait bien recevoir une le-
[2 sergent Piorta un terrible coup droit
Puis il riposta et toucha le sergent Pivoine à lé. paule, Le vieux soldat poussa un eri de rage.
—Je voulais t’épargner : mais tant pis pour toi, dit-il, Et ïl se mit à presser Tony, qui commençait à rompre pas à pas.
—Ah! drôle! ah! petit misérable.
tu Tâches pied! hurlait le servent.
Et soudain il se fendit,
la peur te prend,
Les témoins de Tony fermèrent les veux. Ils crurent que le pauvre enfant était mort. Mais il avait fait un bond de côté,
L’épée du sergent fila dans le vide, et Tony, revenant à la riposte, lui enfonça la sienne dans la gorge.
— Vous aviez une vilaine voix. dit-il sèchement,.
Le sergent tomba comme une masse, en vomis flot de sang.
Vous eussiez dit Goliath tué par David.
On releva le pauvre Pivoine et on le transporta en toute hâte dans le cabaret voisin.
sant un
Pr
Pin, pd.
per-
1e de han-
come le-
Pi.
lroit
un
en
Tony, qui, au fond, avait un excellent coeur, oublia sa colère en présence de son ennemi vaineu, et ui prodigua des soins.
On envoya chercher un chirurgien,
Le chirurgien sonda la blessure et déclara qu’elle n’6tait point mortelle, mais que peut-être le sergent en con. servérait une extinction de voix.
Transporter le blessé, ]
e coucher, faire venir le chirurgien et assister
au premier pansement, tout cela avait Pris environ une heure.
Les deux soldats qui avaient servi de témoins à Tony n'avaient point quitté.
L’un était un (iascon surnommé La Rose, l'habitude aux gardes-françaises étant d’avoir toujours un sobriquet; c'était un homme de quarante ans, hâbleur mais brave, vantard mais incapable de mentir pour une chose sérieuse,
L'autre était un gros normand taciturne, qui se battait fort bien, buvait sec. jouait sa solde un mois d’avanœ aux quilles où au bouchon, et s'était pris d’une belle amitié pour le Gascon La Rose.
Le Normand et le Gascon s'étaient liés, en raison même des oppositions flagrentes qui existaient entre eux : l’un était sobre de paroles, même dans le vin, l’autre buvait pur et parlait beaucoup.
Le Normand s'était fait le Pylade de ce moderne Oreste, et comme il lui reconnaissait une grande supériorité d'esprit, il avait coutume de ne faire et de ne dire que ce que lui consillait le Gascon.
Tels étaient les deux homme: qui venaient d'assister Tony en qualité de témoins.
— Voilà, sandis! un beau Coup, mon garçon, dit La Rose en passant familièrement son bras sous celui de Tony, lorsqu'ils sortirent du cabaret. laissant le sergent Pivoine aux mains de son chirurgien et de ses deux témoins.
—Un beau coup! répéta le Normand avee son accent
traînard des bords de la Manche. .
4 Le Normand—on ne lui connaissait pas d'autre nom 4 au régiment—s’était fait l'écho fidèle du Gascon, | tri [Il répétait mot pour mot ce que le Gascon disait, Ÿ —Et qui vous fera honneur, mon jeune ami, poursui- Le vit La Rose: on en parlera à la caserne. à M Oh !oui! dit lé Normand, on en parlera, : . j | Cornes de boeuf! reprit La Rose, tandis qu'ils ar- | pentaient le chemin qui longeait le rempart, On ne pou- À vait décemment demander un verre de vin dans ce caba- , | ret Où nous ayons transporté Pivoine: il faut avoir du Fe 4 respect pour l'infortune, : Fe 1 —Oh !oui! fit le Normand. Se à —Mais ça n'empêche pas que nous avons soif, très | soif. à ‘ | — Très soif! répéta le Normand. ; H ——Et s) vous m'en croyez, mon jeune coq, continua ê ce La Rose, nous irons nous désaltérer. 4 Me — Mais, camarades, dit Tony, avec beaucoup de plai- 1 th sir, et vous me permettrez de régaler. 4 ! La Rose prit une attitude pleine de protection : ; " | —Soit, mon jeune ami, on vous le permet. :
— Où irons-nous? demanda Tony. & 4 —Je connais un bon endroit.
—Ah! vraiment ? ï se pi — À deux pas d'ici. de:
—Scrait-ce le cabaret du Sergent recruteur? en —Fi ‘dit La Rose, c'est une abominable guinguette, à —Pouah! dit le Normand, l'écho éternel des senti- 4 à ] ments manifestés par son ami. ÿ | —C'est le cabaret de la Citrouille, mon homme. — di: " reprit La Rose d'un ton solennel, tenu par madame . Nicolo et sa fille Bavette. : pa
—Les singuliers noms! dit Tony.
ecent
nom
Talll-
s arpouabar du
très
iiua
plai-
ette,
enti-
lame
“Pour celui de Nicolo, je ne puis vous dire d’o ent; Mais quant au joli nom de Bavette,.., Vous le savez Parbleu! c'est moi qu vous parle, moi La Rose, AU SUIS SON parrain, à cette petite, —Ah ‘vous êtes son parrain.
C'est toute son histoire que je vais vous raconter. poursuivit le garde-francaise, une drôle d'histôire, allez!” Très drôle grommela le Normand, Tony avait une pistole dans sa poche: en outre, il
avait hâte de faire son noviciat, c'est-à-dire de passer, de
nouveau qu'il était, à l’état d’ancien et il pensait que le meilleur moyen pour cela était de
plus promptoment possible,
se faire des amis le
Or, la leçon qu'il venait de donner au sergent Pivoine Lui avait déjà valu l'estime de La Rose et du Normand, il pensa que leur amitié lui serait bientôt acquise sil leur payait à boire et écontait complaisamment leur histoire,
-Est-ce Join ? demanda-t-il.
-Non, à deux pas d'ici, J'ai le temps de vous dire mon histoire,
l'écoute avec bien du plaisir, murmura Tony, qui était plein de courtoisie,
-Ï y a bien quinze ans de cela, mon Jeune ami, dit alors le sergent La Rose, vu que Bavette à quatorze ans révolus: j'avais vingt-cinq ans, attendu que j'en ai quarante aujourd'hui.
— Vous ne les portez pas, observa Tony, qui tournait à la flatterie,
La Rose tourna sa moustache d’un air vainqueur,
—Je suis bien conservé, dit-il,
Le Normand eut pour son ami un regard et un sourire pleins d’admiration.
—Mais revenons à mon histoire, reprit La Rose, j’avais donc vingt-cinq ans. Nous faisions la guerre en
Finlande et notre cantinière n’était autre
Nicolo, chez qui je vous conduis.
—Ah ! ah!
—Maman Nicolo était une belle femme qui était
veuve d’un tambour, lequel avait été tué dans une tranchée, à je ne sais quel siège,
que maman
Les mauvaises langues disaient qu'elle avait trente ans sonnés ; mais, à y regarder de bien près, elle était. ma foi! très belle, et il n'y avait pas un homme au régiment qui n'en fût amoureux, à Commencer par moi...
La Rose soupira... puis il ajouta :
— Et à finir par cette brute que vous vayez là,
Le garde-françcaise accoMpagna ces mots d’un coup de poing qu’il appliqua au Normand entre les deux épaules,
Le Normand soupira à son tour, non à cause du coup
de poing, mais en souvenir des charmes probablement défunts de maman Nicolo.
Le Gascon Ta Rose reprit :
—Maman Nicolo était done une belle femme dont
nous étions tous amoureux, et tous sans aucun succès. — Pas possible! dit Tony.
— Elle était sage et n’écoutait personne, “
Je pleure encore mon mari,” disait-elle..
Et elle nous riait au nez... Cependant, un jour, il arriva au régiment un jeune cornette qui était beau comme les amours.
—Bon ! observa Tony, qu'est-ce que cela pouvait faire à un homme comme vous ?
— Attendez, ce cornette était gentilhomme, comme bien vous pensez,
Il avait seize où dix-huit ans. et il ressemblait à une fille habillée en garcon. Quand il arriva, nous faisions le siège d’une petite ville de Flandre, et nous étions campés on rase campagne. En sa qualité de cantinière, maman Nicolo avait une belle tente, bien vaste; et, le
Le
naman
| était > trannes diregaril n’y ureux,
coup deux
| coup ement dont uccès, leure it au at un faire
com-
une sions tions ière, ; et,
comme c'était en hiver, on s'y rénnissait tous les soirs, On y buvait à l'entour d’un bon feu allumé au milieu. Je gage, dit Fony, que le cornette y vint.
Justement Et il s'éprit de la cantinisre ?
—\on, ce fut la cantinière qui s'éprit de lui.
Trois jours après son arrivée au camp, poursuivit La Rose, le cornette recut une balle dans l'épaule qui le coucha de tout son long dans la tranchée.
—Comment Lil fut tué? exclama Tony que son récent duel intéressait au sort du cornette.
—Non, la blessure n'avait rien de grave: mais on le transporta dans la tente de la cantinière.
—Je devine..
—Maman Nicolo le soigna comme si elle eût été infirmière ae son état, et trois semaines après le cornette était sur pied. Mais, à partir de ce moment-là aussi, maman Nicolo, qui riait toujours pour faire voir ses belles dents, devint mélancolique et soucieuse, Elle prétendait qu’elle était malade et congédia ses pratiques dès neuf heures du soir. Cela les intriguait beaucoup, mais aucune n’en savait le vrai mot. Le cornette était discret, et personne au régiment ne se doutait de ln chose,
Il faut pourtant que je sache, me dis-je un jour, pourquoi maman Nicolo est ainsi changée !
Alors, comme je n'avais rien à faire, je me suis mis à rôder toute la nuit dans les environs de la cantine. A minuit, une ombre se glissa sous la tente de maman Nicolo. C'était un homme enveloppé d’un manteau.
Le manteau lui cachait le visage, et la nuit était noire.
-Bon! me dis-je, je n’ai pu le voir à présent, je !e verrai quand il sortira...
—J’attendis toute la nuit.
—Diable! dit Tony, la visite avait été longue.
Au petit jour, reprit La Rose, mon inconnu de la nuit, sortant avec précaution de la tente de maman Nicolo, se trouva lace à face avec moi. C’étiat le cornette, (C'était le marquis de Vilers...
Le marquis de Vilers lexclama Tony.
Oui, vous le connaissez? C’est lui le vrai père de BParette.
Ah! mon Dieu!..,. murmura le jeune homme in-
terdit, 11 Y a des hasards étranges dans la vie!
nu de la maman t le cor-
pere de
inme jn-
Pendant quelques secondes, le Gascon La Rose contempla Tony, dont la physionomie exprimait la plus vive surprise,
—Ah ça, voyons qu'est-ce qu'il y a d’étrange à ce que e marquis de Vilers, que Dieu conserve !...
Vony fit un mouvement.
—Quel drôle d'effet vous produit ce nom! exelama La Rose,
—Continuez, dit Tony.
—Je disais donc: Que trouvez-vous d'étrange à ce que M. ie marquis de Vilers ait été cornette aux cardes-françaises ? À ce qu’il soit le père de Bavette ?
Rien encore,
— Alors, expliquez-vous,
—Quand vous aurez fini.
—{C'est drôle tout de même! dit La Rose, Est-ce parce que je vous ai vu l'épée à la main? Je fais ce que vous voulez.
Et le Gascon reprit :
—En reconnaissant M. de Vilers: “Hé, hé! mon officier, lui dis-je, il paraît que vous savez payer les soins qu'on à pour vous.” Il rougit jusqu’au blanc des yeux, n1 plus ni moins qu'une jeune fille.
— Es-tu discret? me demanda-t-il,
—Dame! si vous v tenez,
—Enormément, me dit-il. Mon oncle le chevalier, qui est capitaine de ma compagnie, ne me pardonnerait
jamais s’il savait que j'aime une cantinière. à | À
—Eh bien, mon officier, Jui dis-je foi de I
A Rose, VOUS n'avez rien à craindre.
—Et vous avez tenu votre parol
e? demanda Tony.
— Naturellement.
Un beau matin, il Y eut grande rumeur au quartier. Maman Nicolo avait perdu taille fine.
——Ah ! diable...
“Afin d'être plus sûr de mon silence, continua La Rose, M. de Vilers n'avait pris à son service,
sa
Je brossais ses habits, Je pansais son cheval. Un me dit: “La cantinière va devenir mère.
tu sois le père adoptif de l'enfant.
ducation et
- matin il Il faut que Tu veilleras à son je donnerai secrètement l'argent nécessaire.” Le rôle me convenait. je l’acceptai. Bientôt. dans le régiment, comme j'allais souvent à la cantine. on prétendit que c'était moi, et non le marquis de Vilers que maman Nicolo avait favorisé. Elle accoucha. Je manoeuvrai si bien que tout le monde me félicita, Tony se prit à rire,
—Le nouveau-né était une petite fille qui ouvrit un œil dès la première heure, et les deux à la fin de la
journée. Une fois que le camp tout entier fut bien
convaincu que j’étais le père, je fis le modeste. je niai. si
Je prétendis que le meilleur moyen de me justifier était : (
de tenir l'enfant sur les fonts baptismaux. Il n’y eut |
pas un fifre, ni un tambour qui en crût un mot: on I
m'appela père et parrain, mais, ajouta La Rose en
riant, il fallait bien faire quelque chose pour la réputa-
tion de maman Nicolo. I — Et vous fûtes parrain ? - — Naturellement. L'aumônier, avant d’ondoyer l’en-
fant me demanda comment il fallait appeler.
—Bavette, répondis-je, n —Comment, Bavette? dit l’aumônier, ce n’est pas d
un nom du calendrier.
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—Non, mais c’est un bon nom tout de même, répondis-je,
— Pourquoi ?
—Je suis de la Gascogne et, dans mon Pays, on n'estime que deux choses, le bras et la langue. Le bras tient l'épée, la langue sert utilement et vaut souvent mieux que le bras, Or, YoyeZ-Vous, poursuivis-je, une femme, même quelle est cantinière comme l’accouchée, ne se sert pas d’une épée, mais elle peut faire faire un rude service à sa langue.
L’aumônier me regardait et ne savait où je voulais en venir.
—En Gascogne, continuai-je, quand un homme jase bien et avec esprit, on dit de lui: /{ sait tailler une buvetle. C’est une manière de parler. Done, si j'appelle la petite Bavette, en vertu du proverbe qui dit que nom oblige, la petite aura une bonne langue dont elle se servira gentiment, (Ca lui portera bonheur.
—Mais tout cela est absurde! s’écria laumônier,
—C’est possible, mais je donne ma démission de parrain si...
—Entêté! murmura le brave homme.
Et il imposa les mains sur l'enfant ct dit, en s’effor- Gant de garder son sérieux: Je te baptise, Bavette. .., ET coetera, dit Tony. Est-ce là toute votre histoi-
re ?
Cette simple question rendit le soldat tout ponsif,
—Oui, dit-il, mais depuis longtemps je n'ai vu mon pauvre capitaine,—<car le cornette était devenu capitaine,—et voici quatre ans qu'il a quitté le régiment.
—Je sais cela, dit Tony.
— Vous savez cela? C'est vrai, alors? Vous le connaissez fit le soldat ému... Vous pourriez me donner de ses nouvelles ?
Le Gascon avait dans sa voix une angoisse indicible, —Oui, je l'ai connu, balbutia Tony non moins ému,
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