‹ Le serment des hommes rouges [microforme]Chapitre 28 sur 66 · ETES · texte numérisé non relu

ETES

Le 3

ue

Mais dites-moi, vous aimiez donc beaucoup votre capitaine ?

—Je me serais fait hacher pour Jui.

—ÆEt si... il lui arrivait... malheur ?

— Oh! fit La Rose, qui porta la main son épée, on compterait avec moi!

Alors Tony, l'enfant de seize ans, le baml voine avait appelé mademoiselle, ce court:

que de la veille, devenu soldat en quelque se redressa, hautain et grave: Tony eut ] homme,

à la garde de

in que Piud de boutis heures, Tony a dignité d’un —Camarade, dit-il, le marquis de Vilers est mort.

—Mort! exclama La Rose. qui recula frappé de stupeur.

—Mort, il n’y à pas quatre jours, acheva Tony, et tout à l’heure encore je ne lui connaissais qu'un vengeur, c'était moi. Maintenant...

—Oh! maintenant! exclama La Rose, pâle comme la mort, maintenant il en a deux!...

-—{l en a trois, dit le Normanc. qui depuis une heure gardait un silence respectueux.

—Mais, reprit La Rose, dont les yeux s'étaient remplis de larmes, comment est-il mort ?

—]l à été tué.

—Par qui ?

— Chut! dit Tony, il y a des noms qu'il ne faut pas prononcer en plein air. On vous dira peut-être un jour qu'il a été tué en duel. Ce n’est pas vrai. I[l est mort frappé par une association de trois hommes qui devaient le provoquer tour à tour jusqu'à sa mort, Vous voyez bien que c'était vraiment un assassinat.

On les tuera! dit La Rose à qui revint sa suffisance gasconne.

En ce moment, Tony et ses deux compagnons qui, fout en causant, avaient continué à marcher, & trouvaient à la porte du cabaret de maman Nicolo.

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—Ah! moi, dit La Rose, je n'ai plus soif!

Ni moi, dit le Normand.

—Ni moi! ajouta Tony. Mais entrons cependant.

— Pourquoi ?

Je veux voir sa fille, et puis... on cause mieux à l'écart. Nous prendrons un salon.

Ils entrèrent.

C’est bizarre, dit La Rose. je ne vois ni maman Nicolo ni Bavette,

Le cabaret était désert,

Un garçon cabaretier qui trônait au comptoir reconnut le soldat La Rose, et, accourant, son bonnet à la main, témoisna, par son attitude, du respect qu'on avait dans l'établissement pour le parrain de Bavette.

La patronne et mam’zlle sont dans Paris, dit-il, mais elles ne peuvent pas tarder à rentrer. Elles sont sorties depuis le matin. Qu'est-ce qu'il vous faut servir, monsieur La Rose ?

Rien, dit le soldat d’un ton bourru.

Et il alla s'asseoir dans un petit cabinet attenant à la première salle. Tony et le Normand le suivirent, Alors le jeune garde-françcaise se penchant vers les deux vieux soldats :

— Est-ce que les lois militaires ne punissent pas de mort le soldat qui tue son officier ? demanda-t-il

— Oui, certes.

—Vous voyez, murmura l'enfant ; ce que vous comptiez faire est impossible,

—Pourquoi ?

— Parce que les meurtriers du marquis de Vilers...

——Eh bien ?

—Sont des officiers de notre régiment, camarades.

Les deux soldats frissonnèrent, Tony continua:

is se noïument Gaston de Lavenay, Albert de

Maurevailles et Mare de Lacy!

—Diable! fit La Rose, ce sont nos chefs...

En I np CET

—Nos chefs, répéta le Normand.

—Les miens aussi, depuis ce m

atin, reprit le jeune garde-française,

Mais est-ce en qualité de chefs qu’ils ont tué votre capitaine, le père de votre petite Bavette, et qu'ils sont ou veulent être las bourre

aux de sa veuve ?

Lorsque, sous les armes

, ils nous commanderont, obéis- Sons en soldats. Seulement il y a des heures où chefs et soldats ne sont plus, les uns vis-à-vis des autres, que

Alors souvenons-nous, [le combien serons-nous ?

des hommes, sont trois :

—Je l'ai dit, nous serons trois,

s’écria La Rose en saisissant à la fois la main de

Tony et celle du Normand.

Oui, nous serons trois. répéta celui-ci.

Et longtemps encore, les futurs vengeurs du marquis de Vilers parlèrent du malheureux capitaine déposé si jeune dans le caveau de famille par son seul domestique et un jeune homme qu'il n heure avant de mourir. Ils sentretinrent aussi et de la pauvre marquise aujourd'hui disparue et de lorpheline,

e Connaissait pas une

Bavette

— Cette mâtine-là ne rentrera ‘donc à fréquentes reprises La Rose,

—Elle ne retrera pas? répétait le Normand.

A Ja fin pourtant Ja porte s'ouvrit devant maman Nicolo.. La Ccantinière avait dû être fort belle et servait des restes très présentables

pas! murmurait

con- : Mais il y avait à ses côtés une jeune fille qui attira sur-] de Tony. C'était Bavette.

Bavette était si belle. que l’ancien commis de mame Toinon fut soudain ravi d'admiration autant que de surprise,

e-champ les regards

— Comme elle ressemble l'oreille de La Rose.

— Et comme je l’aimerai! se dit-il à lui-même.

Cependant La Rose et le Normand

“ A ! : & \ a son pere: murmura-t-1l a

fronçaient le

jeune qu’ils vette, euve ?

Dhéischefs , que TOIS ; | Sai-

and,

rquis sé «] mes-

une le la vette

irait

man con-

ses irds

ame de

sourcil, pas avoir leur figure de tou —Ah ! qu'est-ce qu'il y —Mon brave, ça

Maman Nicolo et

maman Nicolo.

—Maman Nicolo, Je ne

mais

Je saurai d'où

— Jamais !

— Un mystère 2 —Et un solide!

Bavette ne leur

s les jours.

a donc ? demanda le Ga nous regarde,

semblaient

scon.

fit d’un ton bourru

Sais pas d'où vient votre nom, vous venez,

Laissons le Gascon et le Normand essayer de faire parler maman Nicolo, Ils n'y parviendront pas.

Et même il faut que le secret de la cantinière soit bien grave pour qu'elle soit aussi discrète avec ses deux Vieux amis. En vain ils lui promettent de lui livrer en échange du sien celui que leur a révélé Tony. En vain ils tentent darracher à Bavette une indiscrétion. En dépit de son nom, celle-ci est muette et maman Nicolo se contenter de crier... sans parler,

Plutôt que d'assister à cette vaine querelle, suivons le carrosse qui emporte madame de Vilers et le magnat.

Quelque diligence que pût faire le Hongrois et bien que, de poste en poste, il eût envoyé en avant un courrier chargé de faire préparer les relais, le carrosse n’allait pas vite.

Avec les horribles chemins que possedait la France à cette époque, il était bien difficile de faire plus de quinze à vingt lieues par jour.

Or, le magnat, qui craignait d'être poursuivi, prenait à chaque relai une direction fausse, pour dépister ses ennemis.

Aussi le voyage se.prolongeait-il, voyage odieux, épouvantable pour la marquise.

Elle se retrouvait séparée de celui qu’elle aimait. en tête-à-tête avec cet homme redouté qu’elle n’avait pas vu depuis quatre ans, qu’elle avait considéré autrefois comme un père et qu'elle avait fui parce qu'elle avait

faire

soit deux er on vain En

ons rnat.

bien 'OUTn’al-

ice À juin-

nait

r ses eux,

, en

pas efois avait

deviné que ce n’était plus l'amour d’un père qu’il ressentait pour elle...

Comprenant qu'auprès de ce vieillard fou de passion, son honneur n’était plus en sûreté, elle s'était confiée au loyal entilhomme vers lequel l'avait entraînée son Coeur, au marquis de Vilers. Elle avait fui le magnat, espérant ne jamais plus être 6: face de lui,

Et eile était là, en son pouvoir, sachant à peine où il allait a conduire, ignorant ce qu'il allait faire d’elle.

On se demandera pourquoi la jeune femme avait ainsi quitté son hôtel, où elle était en sûreté, pour suivre le magnat qu'elle abhorrait.

Etait-ce par crainte du scandale ?

Non. Qu'eût pu faire le magnat contre sa réputation? N’était-el] pas l’épouse légitime et respectée du marquis de Vilers ?

Ce n’était pas non plus par reconnaissance pour les soins qu'enfant elle avait reçus du vienx comte. Madame de Vilers savait trop bien maintenant à quoi s’en tenir sur le but intéressé qui avait dicté ses soins.

Si elle l'avait suivi, c'était uniquement par peur, non pour elle, mais pour son mari.

Ce qui s'était passé lui avait en effet paru étrange,

Le marquis était sorti pour quelques heures afin de choisir les costumes que lui et sa femme devaient porter au bal de l'Opéra.

Puis à sa place était arrivé un commissionnaire et M. de Vilers avait fait dire que, appelé à Versailles par une affaire inattendue et pressante, il était contraint de renoncer au plaisir de l'accompagner.

Selon le désir de son mari, qui promettait d’ailleurs de la rejoindre à ce bal, elle y était allée malgré tout. Là, elle avait rencontré l’un de ces officiers dont elle

“amalask.

se rapeiait à peine le visage, l’un de ces Hommes Rou-

ges qu'elle avait vu à Fraulen à côté de celui qui devait

être son mari, le soir où celuii demanda de les aider dans l’accomplissement d’un por...

Cet homme lavait insultée,

Et soudain un enfant, qu'elle ne connaissait pas, mais qui, lui, semblait parfaitement la connaître, était venu la défendre...

Ce défenseur, dans les quelques mots qu'ils avaient pu échanger ensemble, lui avait parlé d’un danger. .

Tout d'abord, elle avait supposé qu'elle devait craindre les Hommes Rouges... Mais quand elle apercut le magnat, elle pensa :

-Voilà le danger dont m'a parlé mon jeune défensur.

Et elle avait mesuré les conséquences que pouvait avoir pour M. de Vilers le retour du magnat.

Elle connaissait l'horrible passion du vieillaré pour

elle,

Elle savait que cet homme n’avait reculé devant rien, pas même devant le crime, pour éloigner d’elle ceux qui auraient pu être ses rivaux.

Elle n'avait pas oublié le malheureux jeune homme qui avait voulu faire le siège du château du Danube et qu'on avait trouvé dans les fossés frappé en plein front par la balle du magnat lui avait dit:

— Venez !

Elle s'était levée, désolée, brisée de douleur, mais espérant, par un commencement de soumission, détourner de la poitrine de celui qu’elle aimait le poignard des assAsSINA,

Et lorsque le comte, lui désignant la voiture, lui avait annoncé qu'ils allaient partir pour un long voyage, elle avait pensé :

Je serai longtemps sans voir mon mari adoré. Il m'accusera, 1] me maudira peut-être, mais il vivra!!!!

Et elle était monté en voiture...

Ainsi que l'avaient supposé les Hommes Roupes, le

Ho jeu:

le, « À son son rab] M avai D ïl com

suffi

ider mais venu ient Fe

‘ainit le fenvait

Jour

‘len, qui

nme e et ront

imagnat n'était

point parti sans s'arrêter à l'hôtel où il était descendu.

Il avait eu des bagages, des provisions à prendre, des

à Son homme de confiance, un trakan, Vieux cavalier hongrois, qui le servait depuis vingt ans et qui devait partir à cheval derrière lui, pour l'aider à garder la :narquise, En même tem le magnat envoyait à M,

rosse,

ordres à donner

ps, loyal à sa manière.

de Lavenay le prix de son car-

Or, quelque surveillée que fût la trouva mcyen d'échapper gardiens, et cette minute son mari.

jeune femme, elle une minute à l'attention de ges lui suffit pour écrire un mot à Elle avait glissé ce mot dans la main d’un enfant qui aidait à charger les bagages et dont la figure intelligente lui inspirait confiance,

Nous avons vu ce gamin remplir consciencieusement sa mission,

Il nous reste maintenant à e fnat avait eu connaissance de les Hommes Rouges,

Arrivé à Paris depuis quelques jours seulement, le Hongrois avais établi ses batteries du côté de l'hôtel de Vilers, cherchant une occasion favorable pour enlever la jeune femme, pour laquel’e il éprouvait cet amour sénile, qui est le plus effréné de tous les amours.

Apprenant que madame de Vilers venait de partir sans son mari pour le bal de l'Opéra, ce qu’indiquaient assez son costume et son masque, il avait jugé l’occasion favorable,

Mais il était arrivé trop tard. Les Hommes Rouges avaient déjà rencontré la marquise,

Du premier coup d’oeil, il les reconnut.

il jes avait remarqués à Fraulen, causant avec la jeune comtesse et fort empressés auprès d'elle... Cela avait suffi pour que leur visage se gravât dans sa mémoire.

xpliquer comment le mal'enlèvement projeté par

Se doutant à juste raison qu'ils parleraient d’elle, il les avait suivis et écoutés.

Il apprit ainsi que ,le lendemain, une voiture serait L préte et les attendrait pendant que l’un de leurs laquais ÿ les introduirait dans l'hôtel,

[l se promit de profiter de leurs préparatifs.

Or, 1l était en train de jouir de son succès, h

Le voyage continuait, toujours triste, lamentable.

Î} paraissait mortellement long à la jeune femme, ce téte-a-tète avec un raviseur abhorré ! 4

Et cependant elle en redoutait la fin.. 1

Tant qu'ils voyageraient à travers les routes, elle n’aurait rien de bien grave à craindre de la part du magnat.

Mais, le voyage terminé, une fois qu'elle serait tout à fait seule avec Jui et en son pouvoir, dans un château perdu au milieu des foréts!...

Les témoignages d'affection, les tentatives que faisait 4 le comte pour la sortir de la mélancolique torpeur dans

laquelle elle était plongée, ne faisaient que redoubler sa terreur,

Plus elle allait, plus grandissait son horreur pour cet homme.

La quatrième nuit enfin, après mille angoisses, mada- ; me de Vilers vit se dresser dans l’ombre, an bout d’une { longue allée de chênes, le château de Blérancourt. à

Une autre voiture Y serait venue en deux journées, a ' inais nous avons parlé des innombrables détours faits par le magnat, qui tenait à ce que personne ne lui ravît sa : i proie.

A la vue de ce château qu'il lui avait souvent dépeint .

comme un nid d’amoureux, madame de Vilers se sentit

défaillir. be] Quel sort l’y attendait? Une seule chose la consolait;

elle avait écrit à son mar

lle, il

serait aquais

n'auagnat, tout à âteau

faisait * dans ler sa

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solait ;

Le carrosse arriva en face du pont-levis, dont la herse s'abaissa avec un grincement lugubre,

Le carrosse entré, les chaînes rouillées crièrent de nouveau sur les poulies :la herse so relevait, La marquise était prisonnière,

Une feis dans la grande cour. le magnat offrit la main à la jeune femme et l'aida à descendre de voiture,

Puis il lui montra les appartements qu'il Ini destinait et la laissa seule un instant pour qu'elle réparât le désor- ‘re occasionné dans sa toilette par un si long voyage,

Deux jeunes femmes eutrèrent, se tinrent devout devant madame de Vilers et p

A tout hasard, espérant trouver un peu de sympathie chez des personnes de son sexe, dla :

arurent attendre ses ordres.

la jeune femme deman-

Au nom du ciel,

ol suis-je et que veut-on faire de inoi ?

L'une des femmes secoua la tête. I sur sa bouche avec un sourire mé] mueéttes,

‘autre mit un doigt ancolique, Elles étaient Elles firent signe que le lit était préparé, mais madame de Vilers les congédia du geste,

Quelaue fatiguée qu'elle fût par le voyage, « se coucher, craignant une surprise,

Elle se reposa dans un fauteuil,

Deux heures après, l’un homme qui apportait

L n’osait

femmes revint avec un ible toute servie.

La marquise voul adresser la parole.

Comme les autr dre.

Tout le servi \ château était fait par des muets. créatures du vieux comte, amenées par lui d’Allemagn

et paraissant avoir pour lui un dévouement à toute épreuve...

signe qu'il ne pouvait répori-

Madame de Vilers refusa le dîner comn: le avait re= l'usé le lit.

Quelques instants plus tard, le magnat entrait chez elle.

—Haydée, lui dit-il, car, pour moi, vous n’avez que ce seul nom, réfléchissez bien à ce que je vais vous dire...

Vous êtes en mon pouvoir, bien en mon pouvoir. Chercher à m'échapper serait inutile...

Mais vous aimez la France, vous tenez à y rester. Eh bien, consentez à être à moi et vous ne la quitterez pas. Je n’arrangerai de façon à ce que tout le monde continue ‘à me croire votre père, Pour vous seule, j’aurai nn autre titre à votre affection.

Si vous refusez, nous partirons de nouveau et je vous emmènerai sur les bords du Danube, dans ce château où vous avez été élevée, J'ai assez de pouvoir pour faire casser votre mariage et, bon gré mal gré, vous deviendrez ma femme, Vous avez dix jours pour réfléchir. Dans dix jours à pareille heure, je vous demanderai la réponse.

chez

que ce de.

Jher-

, Eh pas.

tinue autre

vous u Où 1 Ccasidrez s dix onse.

À Paris, le tambour battait aux champs. Le peuple était en humeur.

Louis, quinzième du nom, après une trêve assez longue, était décidé à recommencer la guerre dans les Flandres.

Le régiment des gardes-françaises, ce beau régiment composé de huit mille hommes dont le roi avait coutume de dire, sans trop grande flatterie d'ailleurs : “Cest le plus pur de mon sang,” partait, le matin même. pour entrer en campagne,

Aussi les rues de Paris étaient-elles encombrées comme en un jour de fête.

Les maisons se pavoisaient de drapeaux, —de drapeaux tricolores, ma foi! car l'étendard des gardes-francaise était alors composé de trois couleurs :-les croisées se garnissaient de têtes curieuses sur le parcours que devait suivre le régiment. Ca et là, sur les portes des Inaisons, on voyait des cartels, des écussons, des emblèmes. .

— Vive la France vivent les gardes-françaises! criaiton de chaque fenêtre,

— Vivent les gardes-françaises! répétait la foule enthousiaste qui adorait ce blanc uniforme aux parements bleus, resté le plus populaire de tous les uniformes disparus.

Neuf heures sonnaient à toutes les horloges qui allaient bien,

Louis XV avait quitté Versailles pour venir à Paris. Il avait couché aux Tuileries ; il avait consenti à passer une journée tout entière sur les bords de la Seine, à seule

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fin de voir partir et de saluer le beau, le ma

gnifique régiment.

Le départ était pour dix heures : il n'en était que neuf et déjà la circulation devenait impossible à travers Paris. Le marquis de Langevin, ce vieux soldat pe

relus de goutte et de rhumatismes, avait retrouvé,

pour ce jour-là, son humeur de vingt ans et sa vigueur de trente,

À le voir monter avec élégance un cheval de race et Cirscoler dans la cour de la caserne. sur le front de ses . troupes déjà rangées en bataille, on eût dit un jeune homme, on eût juré qu'il n'avait pas atteint Ja quarantieme année,

sur la manche it des rangs, fit le salut militaire et s’approcha du colonel-général, c’est-à-dire du marquis de Langevin,

Tout à coup, un adolescent qui portait gauche les galons de caporal sort

-—Colonel, dit-il, voulez-vous m’accorder une permission :le trois quarts d'heure ?

Le marquis regarda le jeune homme :

Comment! dit-il, c'est toi. Tony!

—(C'est moi, mon colonel,

— Et pourquoi veux-tu une permission ?

— Pour aller embrasser la femme qui m'a recueilli le jour où je nourais de froid et de faim. qui m’a élevé en me servant de mère et que mon départ désole.

-Va, dit simplement le marquis.

Et comme Tony faisait un pas, le chef ajouta : Mais, prends garde, on part dans une heure.

fe rejoindrai le régiment à la porte Montmartre. C’est bien, dit le colonel, qui, depuis huit jours que le jeune homme lui servait de secrétaire. était déjà sûr de pouvoir compter sur lui.

Ton, sortit de la caserne et s’en alla,

Î marcha par les rues, d’un pas rapide, jusqu’à la rue des Jeux-Neufs, Là, il éprouva un moment de violente émotion et s'arrêta

ue ré-

e neuf Paris.

goutà, son

ice et de ses jeune larananche salut

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rmis-

Ili le

vé en

| rue ente

Comme les autres rues, la rue des Jeux-Neufs était pavoisée, 11 vit force gens aux fenêtres, force gens au seuil des portes.

Une seule maison était fermée,—<celle de la pauvre mame Toinon.

Du plus loin qu'on aperçut Tony, ce fut un hourra d’admiration.

I y avait si peu de temps que le jeune soldat était encore commis et voyait arriver, dans la boutique de sa patronne, le malheureux marquis de Vilers...

Et déjà, quel changement !

Tony n’était plus l'enfant timide qu’un regard de sa patronne déconcertait, que les gens du quartier appelaient une jolie fille.

Tony était devenu un fier jeune homme; il avait la tête haute, le geste cavalier ; il était charmant en son uniforme de garde-française.

— Voilà Tonv, voilà Tony, murmura-t-on en le vovant apparaître.

—Bonjour, Tonv, dirent les vieillards.

— Bonjour, monsieur Tony, firent les jeunes filles en rougissant

I re ous les saluts; mais il s'en alla droit à la porte ferinee de mame Toinon et frappa.

La porte s'ouvrit.

Mame Toinon, tout en larmes, aperçut Tony, jeta un cri de joie et lui passa les deux bras autour du cou.

—Ah! tu es bon, mon enfant, dit-elle, tu es bon et génereux de n'être point parti sans venir me voir...

Et la pauvre femme, dont le coeur débordait à cette heure, se prit à couvrir son fils adoptif de tendres carusses,

—Ah! patronne, ah ma mère \murmurait Tony, qui sentait son coeur se briser, je ne suis point un ingrat, allez! je ne vous oublierai pas... et puis je reviendrai un beau jour avec un grade... Je serai officier... Et

alors je dirai à ec orgueil que vous m'avez servi de mère...

Chacune des paroles de Tony entrait au coeur de mame Toinon comme un coup de poignard.

Tony se méprenait encore sur l'affection de sa mère adoptive comme elle 8’était longtemps méprise elle-même

La pauvre femme ouvrit un bahut, en retira une médaille d’or et la passa au cou du jeune homme :

-— Ceci, dit-elle, te portera bonheur; c’est une médaille bénite,

Puis elle prit un sac de cuir qui était serré dans un des coins du bahut.

Ce sac renfermait trente pistoles, fruit des épargnes de la costumière,

— Tiens, mon enfant, ajouta-t<lle, prends encore cela...

Il voulut refuser, mais elle lui ferma la bouche d’un mot :

—\'es-tu pas mon fils? dit-elle. Et maintenant, enfant, pars! car j’entends, hélas! retentir les fanfares du régiment... Pars, et reviens-moi bel offircier...

La pauvre femme craignait que son émotion ne la tra- Hibl...

Dix minutes après, Tony avait rejoint son régiment qui sortait de Paris, tambour et fanfare en tête, passant entre une double haie de peuple enthousiaste.

Une femme fendit la foule, elle arriva jusqu’au premier rang, agitant son mouchoir et attachant un œil avide sur chaque peloton qui défilait.

Puis enfin, lorsque sur le flanc de lux de ces pelotons elle eut asperçu le beau caporal Tony, elle lui fit un dernier adieu de la main, étouffa un cri de douleur suprême et murmura :

—0 imon Dieu, si vous saviez comme je j'aimais !

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Tony était déjà loin, et les gardes-françaises, le fusil sur l’épaule yauche, s’en allaient en chantant, au bruit des tambours, ce refrain du sergent recruteur Pivoine:

On fait l'amour Tout le jour, Dans les gardes-françaises.

On fait l’amour, sur ma foi, Dans les gardes du roi!

Sur l’un des fourgons qui suivaient le régiment il y avait, Jurant et pestant, étendu tout de son long, un homme qui, lui aussi, essayait de faire sa partie dans ie joyeux choeur des soldats.

Cet homme était l’auteur même de la chanson des gardes-françaises, C'était le sergent Pivoine, qui se portait de mieux en mieux, ainsi que le chirurgien Pavait fait prévoir, mais qui avait perdu sa voix, comme celui-ci l'avait également prédit.

Bien qu’étant assez malade pour garder la caserne, Pivoine avait tenu si ardemment à accompagner ses camarades, il avait tant de fois répété qu’il ne se laisserait plus soigner si le régiment allait au feu sans lui, que le chirurgien était parvenu à le faire placer sur un fouryon.

Et, de temps en temps, le maïheureux, guettant la reprise du refrain, lançait dans le choeur qui scandait la marche :

On fait l’a...

Inutile effort !la note s’arrêtait dans son gosier qui n'avait plus que le son d’une clarinette dont on aurait retiré l’anche.

—Maudit moutard! murmura-t-il en pensant à Tony.

N° importe ! il a du chien, ce petit-là. Il n’a pas eu peur de moi. 11 faut qu’il soit joliment brave !

Au fond, le commis à mame Toinon avait gagné un ami de plus. L’épée a du bon.

Et ce fut encore en chantant que le gai régiment fit son entrée à Chantillv.

Dès son arrivée, le marquis de Langevin se félicita d'avoir envoyé en avant Maurevailles.

Aux premiers les bons morceaux, comme dit le proverbe,

Les premiers régiments avaient donc trouvé de tout à profusion. On les avait fêtés, cimplimentés. Les habitants s'étaient fait un honneur de nourrir, et de désaltérer surtout les héros qui allaient se battre pour la France. Mais les seconds? mais les derniers? Sans Maurevailles, on n’eût pas mangé.

C’est qu'à cette époque les étapes n'étaient pas réglées comme elles le sont aujourd'hui et pour traverser un pays, même français, il fallait prendre ses précautions.

Car peu à peu l'enthousiasme diminuait, ou tout au moins les ressources. Et on finissait par ne plus même trouver les fournitures strictement réglementaires.

Et les régiments qui fermaient la marche de l’armée ne rencontraient plus rien.

Or, de tous les officiers de Louis XV, le marquis de Langevin était précisément celui qui prenait le plus erand soin de ses soldats, Afin d'éviter désormais les inconvénients, les ennuis, les tourments de tour genre qui avaient attendu ses prédécess: il chargea le capitaine Maurevailles d'aller étudier le: pays à traverser, se rendre compte des ressources que l’on pouvait espérer et y tout régler pour que ses huit mille hommes pussent y passer sans difficultés et sans trop de souffrances.

Naliurellement je caporai-secrétaire Tony fut je prenier informé du départ de Maurevailles.

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Tout d'abord il n'y prit pas garde. Le capitaine était chargé d'une mission: rien de plus ordinaire,

Mais quelle ne fut pas sa surprise quand il vit, en se mettant à la fenêtre de la maison où s'était établi le marquis de Langevin, Maurevailles appeler les deux autres Hommes Rouges, les entraîner dans un coin de la cour, causer mystérieusement avec eux, et enfin ces derniers lui donner leurs bourses !

— Qu'est-ce que cela veut dire? se demanda-t-il,

Puis, en réfléchissant, il arriva à cette conclusion :

Maurevailles, rendu à lui-même, avait une chance pour retrouver la marquise de Vilers, Lavenay et Lacy, retenus au régiment, garnissaient sa poche d'argent afin qu’il pût, dans le cas où il parviendrait à s'emparer d’elle, prendre toutes les mesures possibles pour qu'elle ne leur échappât point de nouveau.

—Comment lutter contre des ennemis si prévoyants ! se dit-il! Ah bah! N'ils ont pour eux les circonstances et l'argent, moi, c'est Dieu qui m’aidera.

Pendant ce temps-là, grâce à la prudence du colonelgénéral, le Gascon et le Normand ne manquaient ni de dîner ni de boire, Et, le soir même, à moitié ivres, ils avaient déjà oubiié maman Nicolo et lutinait la vantinière en lui chantant à tue-tête :

On fait l'amour Tout le jour, Dans les gardes-françaises.

On fait l’amour, sur ma foi, Dans les gardes du roi!

. Hélas! couché à dix pas d’eux, le sergent Pivoine, l’enroué sergent, les entendit en maugréant, Pauvre Pivoib6!...

IT y avait huit jours que le magnat avait amené la veuve du marquis de Vilers au château de Blérancourt, quand un cavalier longea la lisière de la forêt au milieu de laquelle s'élevait ce château.

Ce cavalier avait dû faire une longue route, car son cheval n'avançait qu'avec peine sur le terrain détrem pé par la pluie et lui-même paraissait très fatigué.

À l'entrée de la forêt, à un quart de lieue du château, il y avait quatre ou cinq maisonnettes formant un petit vill: age.

Au-dessus de la porte d'une de ces maisons pendait la branche de pin qui a coutume de dire aux VOYAgeurs : Voici une auberge.

Triste auberge que celle-là et qui ne devait pas abriter souvent des voyageurs, car il passait bien peu de monde dans ce pays perdu.

Mais enfin on pouvait y trouver bon feu et passable

gite, et en tout cas de quoi se reposer à l'abri de la pluie.

Ce fut donc là que le cavalier frappa.

Nous ne saurions lui donner tort, car, autour d’un énorme brasier de tourbe et de branches mortes, une dizaine de paysans séchaient, tout en causant et buvant du cidre, leurs habits mouillés.

A l'aspect du voyageur qui avait la mine d’un gentil. homme, ils 8 Ecertiront avec empressement pour lui faire place auprès de la cheminée.

—Holà! dit le cavalier, qui est l’hôte ici ?

Un grand vieillard à barbe blanche ôta son bonnet de peau de renard et s'avanca,

—Je suis officier et je vais me battre pour vous dans les Flandres, reprit le cavalier, Je me suis égaré dans vos satanés chemins, et du diable si je sais où je me trouve... Mais, il ne s'agit pas de cela, Avez-vous un coin pour loger mon cheval, une bête de mille pistoles qui est en train de prendre froid ?

—Mon gentilhomme, si vous voulez bien, je mènerai moi-même en person e vot’cheval à l'écurie, s’écria l’hôtelier et je vous assure, foi de Garrigou, qu'il y sera mieux qu'à l'Aigle noir où aux Armes de Picardie, à Novon,

— Quant à moi, une place auprès du feu, une moitié de poulet et deux oeufs me suffiront-—à la condition toutefois que vous avez du vin?...

—Je crois bien, et d’excellent, mon officier. I] y a plus de dix ans qu'on n’y a mie seulement touché. Vous ne trouverez pas dans toute la contrée un seul cabaretier qui puisse se targuer d’avoir de meilleur vin que maître Garrigou de C'hante-Caille,

En tout cas, il ne doit pas y en avoir qui sache mieux vanter sa marchandise, dit en souriant le voyageur, qui alla s'asseoir au coin du feu ét étendit vers les tisons son feutre et ses grosses bottes.

Il y eut un instant de silence, motivé par la présence de l'étranger,

Puis les paysans s’enhardissant reprirent leur conversation interrompue.

—Et tu dis, Jean, demanda l’un d’eux, que le château est habité ?

—Oui, par le vieux seigneur qui est revenu.

— 1 y avait longtemps qu’il n'avait pas mis les pieds par 101?

—Plus de vingt ans. C'était maître Jeanson, l’homme de loi, qui s’occupait de tout.

Et maintenant?

C'est une espèce de sauvage que le vieux seigneur a amené avec lui et qui a l’air d'un voleur plutôt que d’un intendant...

C’est-y pas la méme chose ? interrompit un des pay- Sais,

Tout le monde se mit à rire,

N'importe, reprit le narrateur, c'est curieux tout de méme, allez... Figurez-vous que le château est rempli de sonnettes..,

— De sonnettes ?

Oai. A chaque porte, il v a un fil de laiton qui corresrond à une sonnette placée dans la chambre du sei- Œreur.

— FA pourquoi tout cela ?

— Pour que personne ne puisse entrer dans le château sans qu'il en soit informé, et pour qu'il sache par quelle porte on entre,

—ÆEt comment sais-tu cela, toi, Jean ?

—C'est Philippe, le forgeron, qui me l’a raconté. Il a aidé les ouvriers que le vieux seigneur avait envoyé chercher à la ville pour poser les fils, et, comme il voulait voir si ça allait, il s’est présenté l’autre jour au château.

—Ft il est entré ?

C'est-à-dire qu'il a été reçu par le nouvel intendant, le sauvage... Il y dit: “J’apporte pour votre maître un beau chevreuil que j'ai tué...” Et pendant que l’autre le débarrassait, il a bien remarqué que les portes faisaient tinter des sonnettes.

—Et que lui a dit l’intendant ?

Rien. Il a tiré de sa poche une pièce d’or; il la lui a mise dans la main, et il l’a poussé dehors.

(‘est bien singulier, tout ça. Mais qui sert le seigneur au château ?

Des muets... Oh! ceux-là, je leur ai causé moi-méme avant l’arrivée de leur maître...

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— Tu leur a causé... à des muets?...

— C'est-à-dire que j'ai essayé; mais ils m'ont fait siune qu’ils avaient la bouche fermée.

—C’est dommage, j'aurais voulu savoir ce que cela veut dire,

— Pardi! il ne tient qu'à toi d’aller au château; tu seras reçu comme Boniface le braconnier.

- Qu'est-ce qui lui est arrivé?

[l'a voulu entrer dans le jardin ,la nuit, pour voir. IT a été saisi par les muets qui l'ont roué de coups de waule..,

— Ah ben alors, fit un autre, c'est presque l’aventure de Sébastien, le cordonnier, qui était allé rôder près des fossés un soir... Il a entendn craquer le ressort d’une arquebuse... 1l s'est sauvé, mais pas assez vite pour ne pas entendre une balle siffler à deux doigts de sa tête.

— Ah ça! que diable racontez-vous-là, mes drôles, s’écria tout à coup le cavalier qui, depuis un instant, avait prêté l'oreille aux propos des paysans, est-ce une histoire ou une légende ?

— Ni l'une ni l'autre, mon gentilhomme, c’est ce qui se passe au château de Blérancourt.

—Et où prenez-vous ce «hâteau ?

—Au bout de l'allée de Saint-Paul... Tenez, vous poûvez l'apercevoir d’ici.

—Et c'est là que se passent toutes ces choses étran-

— C'est |à,

—Ah! palsambleu, il faut que je vois cela jar moième.

—Oui, certes.

—Mais vous n'avez donc pas entendu ce qu’on vient de dire?...

—Peuh! Avez-vous peur que je ne vous pale pas ma nourriture ? Mais au surplus vous avez raison. Cela ne me regarde pas. Me voilà sec; maintenant, je mangerais

bien le poulet tout entier, arrosé de ce bon vin qui n’a pas son pareil... Et j'irai ensuite dormir, afin de pouvoin demain reprendre ma route,

Le temps s'était un peu éclairci, les paysans sortirent l'un après l'autre. Le cavalier, qui depuis un moment semblait préoccupé, put réfléchir tout à son aise.

Au enâteau de Blérancourt, le supplice de madame de Viler. continuait.

Le magnat cependant la comblait de prévenances, mais de la part de cet homme les prévenances lui étaient odieuses,

Par un raffinement de délicatesse, il avait évité même de lui parler de son amour, et des conditions imposées par sa passion sans merci,

Il avait accordé à la marquise dix jours de réflexion. Il voulait la laisser en paix pendant ces dix jours.

[l'avait fait plus.

Pour qu'Haydée ne s‘ennuvât point, il avait envoyé à Paris un exprès, afin de mander auprès d'elle sa soeur Réjane qui lui tiendrait compagnie.

Une heure encore et le délai allait expirer..

Depuis quelques jours, le magnat avait demandé à la marquise la permission de prendre ses repas avec elle. Fatiguée de la solitude, madame de Vilers n'avait pas refusé, Elle ne se défait plus, du reste, des mets que lui présentait le comte, espérant qu'il n’agirait avec elle que par persuation et qu’il n'emploierait ni force ni surprise. Le soir où nous sommes, le comte et madame de Vilers dinaient ensemble dans les appartements de celle-ci.

Au dessert, le magnat se leva:

—[e dixième jour est expiré, dit-il d’une voix émue. Havdée, quelle est votre décision ? Voulez-vous m’aimer ?

-Non!... répondit-elle.

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—Réfléchissez encore !.., - Vous me faites horreur!

—J’ai done bien fait alors *’agir comme je d’ai fait !.…

Que voulez-vous dire? s'écria la jeune femme au comble de l'effroi,

Que vous venez de prendre un narcotique qui, dans quelques minutes, vous livrera sans défense à mon amour...

-Oh le’est épouvantable !

— {est de bonne guerre, Vous me repoussez lorsque j'implore, Eh bien, malgré votre orgueil et vos répulsions vous serez À moi,

—Oh infâme! infâme! répéta madame de Vilers en saisissant un couteau sur la table et en essavant de se lever pour s'élancer vers le comte,

Mais ses forces la trahirent, Tn engourdissement invincible s'empara d'elle...

Elle retomba sur son faut uil,

le vieillard la regardait avec nu scarire ironique.

—"Tu vois bien, ma pauvre i'asiée, dit-il en la tutoyant pour la première fois, tu vois bien que tu aurais mieux fait de consentir, Ah! tu seras à moi maintenant. bien à moi!..,

[ lui prit la main. Vainement elle tenta de le r'epousser,

-Ah!tu ne te doutes pas, continua-t-il en lui enlaçant la taille de ses bras avides, ah! tu ne peux avoir une idée de ce qu'est l’amour à mon âge... Tu ne sais pas quelle lave, à ta seule vue circule dans mes veines: tu ne sais pas quelle tempête s'agite dans mon coeur... Haydée, personne, — personne, entends-tu, — de tous ces jeunes gens qui se disputaient un regard de toi, ne l’a mérité par un amour semblable comparable à celui qui me dévore !..

Et, le visage cramoisi, les lèvres humides, les yeux saillants à faire croire qu'ils allaient jaillir de leur orbite,

les veines du cou gonflées, le vieillard se penchait de plus en plus sur la jeune femme défaillante, qui n'avait plus la force de se reculer pour éviter la souillure de ce contact.

—Haydée, murmura encore le comte, Hhydée tu vas être enfin à moi! à moi!... personne ne peut t’arracher de mes bras !...

[l se pencha sur elle. Ses lèvres touchaient presque les lèvres de la malheureuse femme. .

Une minute encore... et elle allait être à lui quand un coup de sonnette retentit dans la chambre du comte, Le vieillard bondit.

— Qui donc, s'écria-t-il, qui donc ose enfreindre mes ordres et entrer dans le château sans que je suis prévenu ?

[1 s'élanca vers le grand vestibule et se trouva en face d'une jeune fille.

C'était Réjane, la soeur de la marquise, qui arrivait de Paris.

Il s'empressa de la conduire dans les appartements qu'il lui avait fait préparer, puis la laissant à sa toilette et la priant d'attendre la marquise, il revint tout palpitant auprès de celle qui allait être sa proie...

Mais en entrant dans la pièce où il comptait réaliser l'unique espoir de sa vieillesse avilie, il poussa un épouvantable eri de surprise et de rage...

Cette chambre où, peu d’instants auparavant, madame de Vilers inanimée annonçait si bien devoir être en son pouvoir, cette chambre était vide !...

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Quand la marquise, après sa périlleuse torpeur, recou- ‘Ta Sa raison, un cheval de sang l’emportait au galop a travers une forêt,

Sur ce cheval, e lle à était soutenue par un homme dont là main qui tenait les rênes S'appuyait tendrement sur son Coeur, tandis que, de l'autre main. il lui protéceait le visage contre le fouet des branches,

Les souvenirs de la scène du gr lui revin:ent en mémoire; elle pensa au magnat, et un frisson lui parcourut tout le corps.

Mais en levant les veux vers l’homme qui la soutenait, elle reconnut qu'il portait un costume (l'officier des gardes-françaises,

Que s'était-il donc passé et comment se trouvait-elle dans les bras de ce gentilhomme ?

On sait de quelle mission Maurevailles avait été charcé par le marquis de Langevin.

Nous avons vu comment.—après avoir préparé 7 étapes du régiment des gardes-françaises, qui tenait à l'aire joyeusement la route, en régiment d'élite qu’il était,—lancien ami du marquis de Vilers était arrivé chez Garrigou et comment la conversation des pavsans lui avait appris ce qui se passait au château voisin.

En fallait-il davantage pour qu’un soupçon lui traversât l'esprit ?

Maurevailles se promit d’éclaircir ce soupçon. Le soir quand le château fut noyé dans une masse d'ombre, il se hâta d'aller examiner les lieux, au risque de recevoir une volée de coups de bâton comme Boniface ie hraconnier, où un coup de mousquet comme Sébastien le cordonnier du village.

Il ne lui arriva aucune mésaventure: mais 1l se convainquit, à n'en pouvoir douter, qu'il était impossible d'entrer dans le château.

Par la force? On rencontrerait l’armée des muets dévoués au magnat,

Par surprise? Les sonnettes avertiraion:

A tout hasard, il descendit dans le saut-de-loup.

Ce qu'il eut fallu trouver, c'eût été un passage secret comme il en existe dans presque tous les vieux chàteaux, les architectes d'autrefois prévoyant l'amour et le meurtre, ainsi que le besoin du mystère,

Mais le temps et le moven de découvrir ce passage ?

Comme il <e faisait cette réflexion, Maurevailles vit une ombre sortir en quelque sorte du pied de la muraille, à vingt pas de lui, et disparaître rapidement.

Autant que le chevalier avait pu en juger, c'était un enfant, car sa taille atteignait à peine la moitié de la MOV ;

—Mais d'où sortait cet enfant? Maurevailles alla examiner l'endroit, Il ne découvrit aucune porte aucun trou.

Parbleu, se dit l'officier, j'en aurai le coeur net. Ce promeneur nocturne reviendra probablement au loais. [l ne s'agit que de l'attendre.

M. de Maurevailles avait passé plus d'une nuit en plein air au bivouac: quelques heures de faction sous Ia pluie ne l’effravaient donc pas.

Il se blottit le plus commodément possible sous un toit de plantes grimpantes. et attendit le retour de l’ombre,

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