‹ Le serment des hommes rouges [microforme]Chapitre 29 sur 66 · CON · texte numérisé non relu

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Il v avait à peu près deux heures qu'il était là et il commençait à maugréer, quand un pas pressé se fit entendre, En même temps l'ombre surgissait sur le bord du talus et se laissait glisser jusqu'au fond du saut-deloup.

Maurevailles Jui mit la main au collet.

— Grâce, Monseigneur, miséricorde, gémit l'ombre en s'affaissant.

Maurevailles examina alors sa capture.

C'était un être bizarre: Pas tout à fait trois pieds de haut, une tête énorme et plantée de cheveux en broussailles, des bras démésurément longs, des Jambes fendues jusqu'au milieu du torse: un nain difforme et hideux.

— Qui es-tu et que fais-tu 142 demanda l'officier.

—Je suis un des serviteurs du château, répliqua le nain qui se rassura un peu en voyant qu'il avait affaire à un étranger.

— Tiens, tu n'es pas muet, toi?

—Ne dites rien, mon gentilhomme, j'ai feint d’être muet pour être amené en France, paree que chez nous personne ne voulait m'employer, Je suis trop petit. Et puis, j'adore le vin de France... Oh! le vin de France! Comme ïi! donne de beaux rêves! Et c’est pour cela que, la nuit, je m'échappe, afin de boire et de causer un peu avec les bons compagnons. .

—"Tu aimes le vin de France, dit Maurevailles en souriant, Aijimes-tu aussi l'or de France ?

La figure du nain s’éclaira.

—Et veux-tu beaucoup de pièces comme celles-ci ? continua l'officier en lui mettant un louis dans la main.

—(Que faut-il faire, Monseigneur ?

—Me montrer le passawe par où tu rentres au chfteau,

Un tressaillement d'effroi secoua le corps débile du nain. 6

-Le magnat me tuerait, s'écria-t-il,

Allons done, qui te trahira ? répliqua Maurevailles en Jui présentant un second louis,

L'effet de l'or fut magique. Les veux du nain s'éclatrèrent, Il se redressa,

-Venez, dit-il.

[alla jusqu'à la muraille, se baissa, appuva trois fois son pouce sur une tête de clou que, même en plein jour, Maurevailles n'aurait pas remarquée, et une énor- Jne pierre tourna sur elle-méme, ouvrant un passage suffisant pour deux hommes,

Entrez, dit le faux muet. Navez pas peur. J'ai coupé la corde de la sonnette,

Entre le premier, maître gnôme, répondit l'officier et souviens-toi qu'à la première trahison, je te passe mon épée à travers du corps.

— Mais en vous trahissant, dit le nain, je me perdrais moi-même: le magnat me ferait pendre. Tandis qu'avee vous, au contraire, j'aurai de quoi boire du bon vin de France jusqu'à la fin de mes jours.

L'ouverture démasquée par la pierre donnait sur un escalier en cobimacon, ménaueé dans l'épaisseur de la muraille. 4 la hauteur d'un second étage, un couloir s’'étendait perpendiculairement à la muraille extérieure.

—Comiment as-tu découvert ce passage, maître gnûme? demanda Maurevailles.

—Je m'ennuvais, moi qui aime à causer, d'être toujours en tête-à-tête avec toutes ces langues mortes. Je me suis souvenu qu'aux bords du Rhin, chez nous, les vieux burgs ont des escaliers secrets, Jai cherché et j'ai eu vite trouvé.

—Où conduit ce passage ?

—Au-dessous de Ja chambre où je couche, Mais ce n'est pas le seul. Ce souterrain est comme la toile d’une araignée, quand on est au milieu, on voit des rayons partout.

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— Et y at-il un souloir qui aille à la chambre de la comtesse Haydée ?

—Comment, vous savez?.+, Au fait, je suis bête, moi... je me demandais pourquoi vous vouliez entrer dans le château !... Certes, oui, mon gentilhomme, il doit Yen avoir un, mais où est-il? Je n'ai pas le temps de le chercher maintenant : voilà le jour qui va venir et on s'apercevrait de mon absence, Mais ce soir, si vous voulez...

Maurevailles mit un nouveau louis dans la main du faux muet, Enfin! se dit-il en remontant sur les glacis du saut-de-loup. La marquise sera à nous!

Et il examina attentivement l'endroit où il était, pour être bien certain de retrouver sa route.

Le soir où nous sommes, il était entré seul dans le couloir secret où le nain l’attendait.

Venez, dit celui-ci, j'ai trouvé.

Et il le conduisit dans le troisième couloir à droite, à partir de celui par déquel il avait gagné le centre de la toile d'araignée, A certain endroit, un mince filet de umière, passant comme par le trou d'une épingle, traversait l'obscarité.

Je trouve tout, je trouve tout, disait le nain en fré- Ollant, IT va un tableau mobile par lequel on peut enrer chez votre bonne amie, Seulement il faut attendre: le Vieux comte y est, J'ai fait un trou. Vous pouvez VOIE Tr,

Maurevailles vit, en effet, le magnat assis à table visi-vis de la comtesse Haydée.

Le vieillard était juste en face de lui. Il causait vt souriait. Quant à la comtesse, qui lui tournait le dos, Maurevailles avait le droit de supposer qu'elle aussi caue «uit affoctuensement avec lo macwnat,

Il avait donc la rage dans le coeur. Vingt fois l'envie Jui prit de bondir dans la salle et de poignarder le comte de Mingréli et Haydée...

Mais il se contint, voulant attendre. .

Quand il vit le comte penché sur Ja

jeune femme inerte, il n’y

put tenir et chercha du bout du doigt le bouton qui faisait tourner le tableau.

C’est à + moment que les sonnettes retentirent et que le magna! sortit.

À l’arrivée de Réjane, ie magnat, nous l'avons dit, l'avait à la hâte conduite à son appartement,

Lau: recommandant expressément de ne pas bouger, 1! était allé

donner des ordres, puis était revenu an plus vite vers

Haydée, Mais quelque diligence qu'il eût faite Réiane.

sée d'embrasser sa soeur, était venue avant lui.

sit

j\res- Et qu'avait-elle vu en écartant la tapisserie ?

Ille avait vu l'homme qu'elle aimait, celui dont elle avait fait son râûve, son espoir, Maurevailles enfin, se glisser par l'entrehäillement du tableau. s'approcher de la marquise de Y'wrs, la regarder avec passion, déposer deux baisers sur ses veux clos. puis l'emporter, radieux, par le couloir secret !

C’était horrible!

Cet ange venait d'entrevoir l'enfer !

La jeune fille, quoique étant à l'instant même initié au mal, resta ange,

Maurevailles avait laissé le passage ouvert.

Elle se dit :

—Si le magnat s'en aperçoit, il saura où le poursuivré, ..

Et elle remit le tableau en place!

Puis elle s'enveloppa dans les plis da l’immancn tanis-

serie qui cachait la porte par laquelle allait entrer le magnat...

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