‹ Le serment des hommes rouges [microforme]Chapitre 43 sur 66 · RI · texte numérisé non relu

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Naturellement couard ot traître, le nain pensait que l’on hésiterait pas du tout à le dénoncer.

Aussi s'était-il immédiate rer à cette dénonciation. Vilers, pressé déjà, avait peu serré les liens. Le nain était habile.

s’amincissant comme une coule à se rendre à la liberté.

Tandis que les muets se battaient il avait couru au saut-de-'oup, avait fermé la pierre qui donnait accès dans le Passage, et, la terreur doublant <a force, avait ouvert l’écluse,

On sait le reste,

Du haut de la plate-forme. le nain regardait l’eau arriver en tourbillonnant dans le fossé.

Tout à coup il aperçut au milieu du courant un homme qui luttait péniblement Pour se soutenir à la surface. Il rayonna de joie.

ment mis en mesure de pa-

En se tordant, en uvre, 1] n'avait pas tardé

dans le souterrain.

— Tiens, tiens, se dit-il. Voilà qui vaut mieux que tout. Ils auront voulu ouvrir Ja pierre pour se sauver, et ils se sont noyés, Allons. tout va bien, ils ne parleront pas!..

Il se pencha pour mieux voir |

’agonie du mourant dont le corps venait à lui.

I avait un sauvage orgueil, lui, l’avorton, dont chacun <e moquait, d’avoir donné la mort à un homme.

—Ah! ah! ah! ricana-t-il, s’il allaient tous courir les uns après les autres et arriver dans le fossé. Je les verrais tous se noyer, tous, tous, avec leurs pistolets et leurs épées... Ah! ah! ah! je n'ai pas de tistolet ni d'épée; moi, mais jai dans ma cervelle dix fois plus de force qu'eux tous dans leurs grands corps idiots!...

L'homme qui se noyait, se débattait faiblement, puis cessa de remuer, Le nain le consi farouche.

Tout à coup, une idée lui vint, I] avait cru reconnaître le nouveau Maurevaillos,

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—Bête que je suis, se dit-il, c’est l’homme qui m'a donné de l'or de France... Et je le laisserais se noyer comme un chien! Pas si st! Il n’y a peut-être qu’à le sauver pour faire ma fortune !

Il descendit au galop et saiait par son manteau... Je marquis de Vilers qui, fatigué par sa blessure récente et par la lutte qu’il venait de soutenir, avait perdu connaissance, Il l’attira au bord.

Avec une force qu'on n'aurait jamais pu soupconner dans un corps chétif comme le sien, il traîna le marquis jusqu’à un bosquet d’arbres voisin.

Les secousses de la route furent meilleures que toutes les frictions possibles. Vilers ouvrit les yeux.

—Qui êtes-vous? murmura-t-il.

— Chut, dit le nain, en mettant un doigt sur sa bouche. Vous ne voudriez pas me perdre !

—Le nain!... dit Vilers en le reconnaissant, merci. Je ne t’oublierai pas. .

—Attendez-moi là... Je me sauve. Si on s'apercevait de mon absence, ma vie ne vaudrait plus une pistole,

Et le nain s’esquiva au galop. Il était temps. Les serviteurs du magnat, lancés de tous les côtés, faisaient irruption de ce côté du bois. Ils avaient l’ordre de fouiller minutieusement jusqu’au moindre bosquet.

Le gnome sétait mêlé à eux, leur avait fait prendre une fausse direction, puis, après une vaine battue, était rentré tranquillement avec eux au château où le traban les attendait, pour les envoyer l’un après l’autre au macnat.

Mais gl n'avait plus peur du traban, ni du magnat, ni de personne, le nain chétif et pauvre!

Il se disait :

—Je vais être riche. riche. riche.

Le magnat,

même.

—Cet homme a trop d’:

cent d'ine violente colère.

domaine de Mingréli, où il

Le muet qui avait apporté

de pouvoir sur mes régimen

et secoua tristement la tête.

Le marquis se promenait à gr

n'ayant pu rien savoir de ses muets, ré solut de faire une seconde enquête.

solliciter en personne, il écrivit au m pour le prier de lui envoyer les offic part au combat de la nuit, afin qu'il les interrogeñt lui-

A cette demande, le vieux colonel bondit.

udace, s’écria-t-il avec l’ac

Mais n’osant la arquis de Langevin iers qui avaient pris

Interroger mes officiers !.…

Et de quel droit?... Se croit-il donc encore dans ses

fait haute et basse justice ?

ands pas avec fureur.

la lettre, le regardait d’au-

tant plus étonné qu’il ne comprenait rien à ses paroles.

—Personne autre que le maréchal de Saxe et moi, n’a ts! poursuivit le marquis de Langeviu, dont la fureur allait croissante, Je suis le colonel-général des gardes-fr à qui que ce soit, fût-ce à un prince de sang dre ainsi avec moi. Retournez dire à votr maître...

Le muet l’interrompit par une pantomine expressive Il mit un doigt sur son oreille, un autre sur sa bouche

- Toute la colère du marquis s’évanouit.

, DS re Mr CE ant la dignité qui convenait

J’oubliais à qui je faisais

ançaises et je ne permettrai le pren-

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de $ et à gnot assis tions

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Il alla à un bureau, prit une large feuille de papier à ses armes, et écrivit de sa grosse et large écriture :

“ Monsieur le comte,

“ Leurs supérieurs ont seuls le droit d'interroger un “officier et même un simple soldat, Je ne puis donc ‘acquiescer à la demande que vous m’adressez.

“Mais, désireux que justice se fasse, je vais assem- “bler moi-même un conseil d'enquête pour éclairer cette “affaire,

“J'aurai l’honneur de vous communiquer le résultat “de l'enquête.

“Veuillez agréer mes salutations.

“Marquis de Langevin, “Colonel-général des gardes-françaises.”

Deux heures plus tard, dans la salle où avait eu lieu la fête de la veille, le conseil était réuni.

Le marquis de Langevin, en grand uniforme, la croix de Saint-Louis sur la poitrine, présidait. A sa droite et à sa gauche, deux officiers supérieurs, vieux compagnons d'armes, lui tenaient lieu d’assesseur. Tony,

assis à une petite table, à gauche, remplissait les fonctions de secrétaire.

Par ordre du colonel, MM. de Maurevailles, de Tavenay et de Lacy avaient été mandés.

[ls se présentèrent la tête haute.

—Monsieur de Lavenay, dit le marquis de Langevin qui avait repris tout à fait son sang-froid et parlait avec le calme et la dignité qui conviennent aux fonce-

tions impartiales de président... Monsieur de Lavenay., j'ai à vous interoger sur des faits graves et qui intéressent l’honneur du corps auquel vous appartenez,

—Înterrogez, mon colonel, répondit Lavenay en s’inclinant. S'il est en mon pouvoir de répondre, je suis prêt à le faire.

—Un officier des gardes-françaises, devançant le régiment, s’est introduit de nuit dans ce cl enlever une femme ?...

—Je l’ignore, mon colonel, répondit froidement Lavenay.

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—Alors je vous l’apprends. Vous ne SOUpÇONnnez pere sonne ?

—Absolument personne,

-— Passons. Vous n'avez pas entendu parler de la bataille qui a eu lieu cette nuit dans les couloirs secrets du château ?

Lavenay s’inclina,

—Cela, je ne puis le nier... J'étais parmi les gens qui ont pris part à la lutte.

—Je le sais, et c’est pour cela que je vous en demande la raison.

—Elle est facile à donner, dit Lavenay, en mettant le poing sur la garde de son épée qu'on ne Jui avait point enlevée, puisque cétsit une simple enquête que faisait le marquis de Langevin.

— Parlez alors.

-Si vous ne m'aviez fait mander, Messieurs, commença Gaston de Lavenay avec assurance, j'aurais de moi-même provoqué cette enquête, afin de savoir si la vie de trois officiers du roi est en sûreté dans les régiments où ils sont censés commander et dans les lieux d'étape où on les fait séjourner...

— Que voulez-vous dire ?

Que tandis que nous assistions à une fête où tout était prodigué pour nous inspirer la confiance, un piège nous était tendu ; que tandis que nous nous réjouissions, confiants en ja loyauté de notre hôte, celui-ci, armant ses spadassins, soudoyant en même temps des soldats de

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notre régiment, essayait de nous attirer dans un guetapens, d'où, grâce à Dieu et à notre épée, nous avons pu sortir, non sans peine, il faut le reconnaître.

Tant d'assurance stupéfiait le colonel. I] reprit cependant :

—Expliquez-vous plus clairement, monsieur de Lavenay, et veuillez raconter les faits tels qu’ils se sont passés,

—Nous sortions de la fête, Maurevailles, Lacy et moi, emerveillés de la miraculeuse beauté des deux filles du grand seigneur hongrois qui s'était si amicalement institué notre hôte, quand un muet s’est approché de nous et, nous désignant les deux jeunes femmes, nous a fait signe de vouloir bien le suivre, Vous Jugez de notre étonnement, mon colonel? Mais, chez les capitaines aux gardes, lobéissance aux dames est de tradition. Nous suivimes l'homme.

— Dans les couloirs secrets ?

—Dans les couloirs secrets... Je dois avouer que la réflexion n'avait pas tardé à dissiper notre surprise. Le magnat qui nous loge est un de nos commensaux de Fraulen et, du temps que le marquis de Vilers était encore un des quatre Hommes Rouges, nous avons dansé avec la fille aînée du comte, Vous devez vous en souvenir, mon colonel ?

— Vous parl; du marquis de Vilers, capitaine, savezvous ce qu'il est devenu ?

—1l nous avait quittés, vous vous le rappelez, pour un congé qui s'est terminé par une retraite. J’ai été bien douloureusement étonné quand a couru le bruit de sa mort, moi qui...

Un rugissement de colère coupa la parole au capitaine. C'était Tony qui, poussé à bout par l’effronterie de ct homme, ne pouvait plus se contenir et se levait, l'oeil en feu, pour lui jeter à la face tout ce qu’il savait de lui et de ses complices.

A se

11 Un regard sévère du marquis le contint, :

UT A Qu'est-ce, caporal? demanda M. de Langevin. san. { TUE —Pardonnez-moi, mon colonel, un mouvement d’imhi LE patience involontaire, .. Ma plume qui s’est écrasée... dou 11 % Tu balbutia ‘Tonv, revenant à son rôle effacé de secrétaire Lu h et maîtrisant la fureur qui bouillonnait dans son cer- tac) EE © veau. leu:

“| — Ces jeunes gens ont une fougue! dit en souriant off El) M. de Langevin, ils mettent en toutes choses lafuria c'es f il francese qu'ils devraient réserver pour les ennemis, Mais j tail ‘FR continuez, capitaine, Ainsi, vous pensiez que ces dames | M. vous demandaient une entrevue ? .

‘à -Oui, m@n colonel, Donc, nous avions suivi le mes- re sager qui, per un point que je ne saurais retrouver, nous av fit pénétrer dans les couloirs secrets où s’est passée l’af- = faire, Tout à coup notre guide s'arrête, fait Jouer une act porte secrete...

— [Et alors ? En Alors, comme nous allions pénétrer dans l’appartement qu'il nous désignait, une nuée de muets s’élance . sur nous, l'épée à la main. Devant cette avalanche, nous voulons nous replier, mais que voyons-nous? Derrière da: nous, des uniformes bleus, des soldats aux gardes-fran- a çaises qui nous barrent le passage, Ne pouvant croire pit à tant d'audace, nous fondons sur eux et nous les met-

tons en fuite... Cest dans la chasse que nous leur donnions que trois d’entre eux, emportés par la frayeur, se

0] sont précipités dans un gouffre où ils ont probablement ee trouvé la punition de leur lâche trahison... si

— Et vous ignorez les noms de ces hommes ? “ -Pai cru voir sur la manche de l’un d'eux, dit La- . venay avec aplomb, les galons de sergent, Si je ne me a trompe encore, continua-t-il en regardant Tony, un au- \' ts CS SE | 1 tie Cidil Caporai, fa

— Vous écrivez, secrétaire? demanda le marquis.

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