‹ Le serment des hommes rouges [microforme]Chapitre 45 sur 66 · AIL · texte numérisé non relu

AIL

Maurevailles jeta un cri de joie, auquel Vilers répondit par un gémissement sourd,

— Merci, Mademoiselle, dit Lavenay à Réjane, nous ne voulions vous demander que ce léger service, Nous n’oserions vous retenir plus longtemps.

Réjane comprit et sortit. Lavenay laissa retomber la

tenture qiu fermait la porte et s'approcha de Vilers qui

semblait atterré,

— Du courage, ami! dit-il.

—Du courage, j'en ai. Mais tu admettras bien que mon coeur se brise... répondit le marquis en étouffant un sanglot. Cependant, sois tranquille, je tiendrai mon serment cette fois!...

J'ai promis de ne pas revoir Haydée. Elle me croit mort... Son erreur est devenue une vérité, Dès aujourd'hui, je suis mort pour elle,

Le maréchal de Saxe arrive demain, Le régiment se remettra bientôt en marche, Je partirai avec l’avantarde... A la première escarmouche, il faudra bien qu'une balle impériale me délivre en même temps de mes tourments et de la vie. Allons, Messieurs, encore une fois, vos mains! La tienne aussi, la tienne surtout, Maurevailles!...

Maurevailles hésitait, Enfiin il mit sa main dans celle du marquis.

Lavenay prit alors la parole.

—Moi, qui ai frappé Vilers de mon épée, dit-il, je

crois avoir le droit de vous faire, avant qu'il nous quit- R te, une nouvelle proposition, qu — Parle, de ; —Vilers se sacrifie et part, sans revoir Haydée qui, ter après tout, est sa femme. .

an -Eh bien! gi | -Ne serait-il pas just que M: ixît de mô- | 1h. me? Ne scrait-il pas odieux à ure à la mar- por ‘EL FA quise: Votre mari vient de mourir, en vous laissant à eV FT uit? ( LE --Partons tous sans la revoir, s'écrin Maurevailles. Je GE? m'engage à ne pas lui révéler avant un an la décision jus du sort?.., Dans un an. ajouta-t-il en baissaut ja VOIX, de pour ne pas attirer l'attention de Vilers qui, malgré lu, jan s’absorbait dans sa douleur, dans an an, madame de Vi- tir lers sera veuve depuis assez de temps pour que l'offre Là, d'un mariage n'ait rien de repoussant ni même d’étran- ai ce, tandis que, avant ce délai, il serait indigne d'un gen- ét Glbémtre de senouvcier ses douleurs. lui

Bieu, Maurevailles, firent Lavenay et Lacv.

— Merci, ami, ajouta Vilers en lui serrant de nouveau siss la main,

une Et les quatre honunes se éparèrent, Maurevailles sortit le dernier. d'u Comme il venait de franchir le seuil, une ombre se glissa derrière Jui. - Il se retourna. C'était Réjane.

La jeune file, qui n'avait d'abord vu qu'un jeu dans la demande que lui avaient faite les quatre officiers, de Fur tirer un billet dans un chapeau, avait été intrigue de la assa

façon grave avec laquelle s'accompissait ce prétendu jeu. Puis la réponse de Lavenay : “De ce billet dépendra 4} peut-être la vie où la mort de l’un de nous...” l'avait épouvantée, — De qui s'agit-il donc? s'était-elle demandé. Enfin le hasard avait voulu que le nom qi sortit du

s quit-

ce qui,

de môa marsant à

les, Je A VOIX, ré lui, de Vil'offre ‘étrann gen-

)JUVeau

1 dans rs, de * de la u jeu.

xendra ‘avait

chapeau dût justement celui du seul des trois Hommes

Rouges auquel elle s'intéressât. Car nous avons d'ià dit qu'elle n'avait pas reconnu son beau-frère, le : juis

de Vilers, qui, le visage caché par son manteau, s'était nu à l'écart, dans l'ombre,

Maurevailles ! c'était Maurevailles que le sort désignait.

Maurevailles, celui que son amour naissant avait pris pour objet... A quelle oeuvre était donc réservé Maurevailles ?

Quelle était la destinée de celui dont le nom était sor- Hi? Etait-ce pour le sauver ou pour le perdre, pour le justifier ou pour le condamner qu'on avait chargé le sort de choisir un des quatre gentilshommes ? Palpitante, Réjane voulut savoir, Elle congédia sa suite, revint se blottir derrière la tenture qui fermait la pièce et écouta.…. Là, elle apprit le mystère, Vilers, le mari d'Haydée, vivait, mais renoncait à elle et parlait de mecrir... et c'était Maurevailles qui, les délais accomplis, comptait lui succéder !... Oh cela était horrible, impossible ! cela ne pouvait pas s’accomplir!... Et voilà pourquoi, saisissant la main de Maurevailles, Réjane entraîna dans une autre salle le jeune officier ébahi :

— Vous n'obéirez pas à ce pacte infime, lui dit-elle d'un ton suppliant

, qui vous à di

—J0 sals tout... écouté

Vous ! !!

—Ï] ne s'agit pas de 1 s'agit d'un gentilhomme, d'un officier. qui veut se fai ISSN, car ce serait un

assassinat véritable que de forcer le marquis à mourir! — Mais, si vous avez tout entendu, vous devez savoir

u'nn sorment immlanohla nous lis QUE Un SePFMen: Prtsieeeihié FO it Î

-[] faut le rompre...

— le puis-je? Vous voyez bien que Vilers lui-même,

| repentant de l'avoir violé, est venu nous demander par-

don et nous faire renouveler ce serment, Er | Vous ne le tiendrez pas, vous dis-je !, Je Vous espérez que, lorsqu'enfin. .

; C'est impossible. , Il le faut!.., (4 14 Voudriez-vous être la cause du malheur éternel de É ia soeur ?

} .. | + IN). Je m'efforcerai au contraire de tout laire pour la 44 rendre heureuse. . pe 4 Mais, elle ne vous aime pas !. ( LE Elle m'aimera, r -Elle vous hait,.. | Maurevailles S'interrompit en remarquant tout à coup à 1 l'effet que ses paroles produisaient sur La jeune fille, Pâle, le sein agité par une respiration précipitée, elle se tor- l'a dait les bras à chaque mot qu'il disait. lei Mais qu'avez-vous? s'écria-t-il, inquiet, | Ah ‘dit avec un eri de l'âme l’infortunée enfant etr Vous voulez done que je meure, moi! ma -Vous?...

Les larmes, à grand'peine comprimées, s'échappaient het

enfin des veux de la jeune filles qui S'abaissèrent sous

le regard du chevalier, Elle chancela, Maurevailles r eut fre

l'a que le temps de s’élancer pour la soutenir. qui Mais au contact de l'officier, sur l'épaule de qui sa rét tête était appuyée, Réjane frissonna comme si elle eût 8 touché un ler rouge, Par un effort nerveux, elle s'échappa de ses bras et de vint tomber pantelante sur un fauteuil. \il —Qu'avez-vous, Réjane au nom du ciel, qu'avez-vous ? ut

Ah! murmura la pauvre enfant, vous n'avez donc 1 Fes compris... vous n'avez donc pas deviné... que cest moi... qui vous aime!

T par-

nel de

our la Toute rou

sante de l’aveu qui venait de lui échapper, Réjane se retira à l'autre extrémité de la pièce, osant plus regarder Maurevailles dont un mot allait c‘re son arrêt,

Celui-ci, cloné sur place par la stupéfaction, hésitait à répond'e,

\ coup . Pâle,

[n'avait jamais pensé à aimer cette enfant, La seule

e tor- raison qu'elle était la soeur d'Haydée eût suffi pour l'en empêcher. .

Et maintenant que le sort venait de le désigner pour nt... étre l'époux de la marquise, maintenant plus que jamais 1} n'était pas libre de disposer de son coeur. Certes, de nos jours, plus d'un homme eût avec bonpaient heur renoncé aux bénéfices des clauses du serment pour t sous avoir le droit de partager l’amour de cet ange qui s’of- L eut frait si ingénument, si loyalement. Mais à cette épo-

que de ralfinements d'honneur, le même sentiment exazeré qui avait causé la démarche de Vilers, auprès de ses anciens amis, retenait Maurevailles.

qui sa le eût

Je ne puis pas, se disait-il avec regret, me dégager de mon serment... Je dois être l'époux d'Haydée, Vilers meurt pour sa parole... Je ne puis aimer une autre femme sans délovauté...

ras et

vous ?

donc Tout à coup un bruit étrange se fit entendre autour . que d'eux. On eût dit le froissament du fer contre ke fer. —

Réjane tourna la tête et poussa un cri.

Du plafond descendaient, le long des murailles, quatre énormes plaques de fer soudées aux angles. .

x Pa Fe et £a À PET LP man a 2 mar ua A ame NT

— Qu'est cela? s’'écria Maurevailles en courant à la ports.

Mais elle résista, fermée qu'elle était en dehors.

Les plaques continuaient à descendre lentement avec le même bruit sinistre...

Maurevailles essava d’enfoncer Ja porte, mais elle était solide. IT eût fallu plus d’une heure pour en avoir

‘aison.

Et Ia muraille de fer descendait…,

Déjà avec son mouvement lent mais implacable, elle dépassait le haut de la porte... Dans quelques minutes, celle-ci allait disparaître sous la cuirasse qui enserrait Réjane et son compagnon.

La jeune fille avait suivi Maurevailles dans ses infrutueuses tentatives. Haletante, éperdue, elle essaya d’ouvrir la fenêtre... Le mur de fer, appliqué contre le haut des montants, l'en empêcha… Elle brisa un carreau, ensanglantant:sa main aux fragments du verre... IT y avait de l’autre côté d’épais barreaux scellés dans le mur.

Ces barreaux, il est vrai, étaient vieux et rouillés ; quelques efforts vigoureux eussent suffi pour les desceller ou les mettre en morceaux.

Mais le temps ?...

L'horrible muraille descendait, descendait toujours avec son grincement horrible: lle couvrait maintenant les deux tiers de la fenêtre... Quelques minutes encore et le carreau que Réjane avait cassé aurait disparu !...

[n’y aurait plus de fenêtre.

Dans ce dernier effort, Maurevailles avait réussi à arracher une planche de la porte... mais l’inexorable mur, continuant son oeuvre, avait presque bouché le vide laissé par cette planche.

Îis étaient perdus, bien perdus !...

—Au moins, s'écria Réjane, noue mourrons ensembie... Ah— si je pouvais mourir en me sachant ai-

t à la

SR t avec

s celle avoir

>, elle nutes, errait

nfrud’outre le | carré...

dans

illés ; escel-

sem

- por -

mée!... O mon Dieu, faites que je l’entende dire qu’il m'aime !

Un ricanement lui répondit, affreux comme le grognement d'un bête fauve...

Elle leva les yeux vers Je plafond, d'où venait ce bruit.

Par une trappe ouverte, elle vit la tête hideuse du magnat, contractée par un rictus satanique.

Epouvantée, la pauvre enfant jeta un dernier eri et s'affaissa sur le parquet,

Les quatre murs de fer touchaient maintenant le sol.

—Ah! ah! ah... ricanait le vieillard. CTOYCZ-VOUS done que lon m'échappe? Croyez-vous donc que toujours l’on me joue? Non,, non!... Ici, rien ne se fait, ne se dit, que je ne le sache. À peine étiez-vous entrés dans cette salle, qu'une de mes sonnettes m'en avertissait... Dpuis une heure, j'assiste à votre duo d'’amour!... Ah! ah! M. de Maurevailles, vous avez gagné à la loterie mon Haydée?.., Vous ne profiterez pas de votre bonne fortune... Ah! ah! ah!

— Vous, ma belle tourterelle, reprit le vieillard, en s'adressant à Réjane, vous serez heureuse, puisque vous serez avec celui que vous aimez, Adieu, ma fille, Adieu, Maurevailles. Moi, je retourne auprès d'Haydée, Ce n’est pas vous maintenant qui me gênerez...

Maurevailles se tordait les mains de désespoir. Avec une rage folle, il s’élançca contre le mur de fer qu'il essava d'ébranler.

Ah! ah! ricana de nouveau le comte, ah! monsieur le chevalier, n’usez donc pas vos forces: vous en aurez besoin pour l'épreuve qui vous reste à subir... Le blinage est solide ce sont des ouvriers allemands qui l'ont fait, ils ont consciencieusement accompli leur besogne,

j r las our nn no matt Vi. it.

vous arracherioz tous vos ongles sur ce fer pôii., inuütiie

‘aussi de crier, je vous en avertis, votre voix ne parvien-

drait pas jusqu'aux oreilles de vos amis!..,. Voyons, ma

pauvre petite Réjanet, toi que j'aurais voulu épargner, —Mais comment ?—fais done comprendre à ton amoureux qu'il ne réussira pas...

Réjane était assise à terre, immobile et ne semblant plus avoir conscience de ce qui se passait autour d'elle.

—Oh! Xe misérable! rugit Maurevailles.

—Ah! vous vous fâchez!.., Pourquoi? N’avez-vous pas agi de ruse avec moi quand vous vous êtes introduit dans mon château pour m'enlever celle que j'aime... Vous avez voulu lutter contre amoi, croyant que je ne pourrais soutenir la lutte... Le vicillard débile, comme vous (disiez—car j'ai tout entendu. tout !—l'emporte sur homme fort... Il me reste encore de longs jours à vivre, Quant à vous, vos minutes sont comptées..,

—Infâme, infâme! répéta le chevalier.

—Je vous frappe avec votre arme, la ruse. continua le magrat qui savourait sa vengeance, vous avez voulu pénétrer les mystères de ce château: vous les connaftrez pour votre malheur, mais le secret en mourra avec vous.

— Oh! mes amis tireront de vous une terrible vengeance, fit Maurevailles menaçant.

— Vos amis? ils croiront que, tout entier à l'amour d'Haydée, vous renoncez à eux... à l’armée, à l’honneur... Ils ne penseront à vous que pour vous mépriser, vos amis. D'ailleurs, voilà enfin le moment où ces gardes-françaises maudits vont abandonner le pays. Demain matin, de votre cachot, vous pourrez entendre le tambour battre, les trompettes sonner le départ. Les chants joveux des soldats en marche arriveront jusqu’à vous... jusqu’à vous, prisonnier, jusqu’à vous qui implorerez en vain et dont, à cette heure même, commencera l’agonie, Chevalier de Maurevailles, dites n'est-ce pas que je sais me venger ?

- Mais, elle, elle!.,. s’écrin Maurevailles en désignant Réjane, qui, toujours assise sur le parquet, sem-

ti

argner, amou-

mblant d'elle.

2Z-VOUS troduit me...

je ne comme rte sur 8 à vi-

ntinua

voulu onnaîa avec

e ven-

amour l’honnépri- )ù ces s. Dedre le . Les 1squ’à 1i imimen- "est-ce

dési-. sem-

— RG9 —

blait assister, indifférente, à cette scène. Elle! Que vous a-t-elle fuit? Faites-moi mourir, mais sauvez-la.….

—Allons donc! tu profiterais de l’occasion pour t’enfuir avec elle!...

— Non, sur mon salut éternel, je vous le jure...

—Ah! le joli serment! Non, non, je ne te crois pas. Adieu, Maurevailles, je te souhaite une heureuse nuit de noces...

A ce mot, la jeune fille sortit de sa torpeur.

— Une nuit de noces... répéta-t-elle, qui donc parle de noces ici?... Ah! oui... c’est moi qui me marie... Oh, quel bonheur !...

Et elle se leva, l'oeil enflammé.

—Mon Dieu! murmura Maurevailles, que dit-elle ?

Réjane tendait les mains vers un objet invisible :

—Oh! la belle chapelle... dit-elle avec extase, tout

est prêt... les cierges brillent, éclairant la nef... Le prêtre est tout habillé... il va monter à l’autel... L’encens fume... la musique se fait entendre... Viens vite, mon bien-aimé, il ne faut pas être en retard... cela

porte malheur.

—Ah! s’écria Maurevailles, terrifié, la malheureuse enfant est folle!..,

Le magnat eut un atroce ricanement,

—Eh! eh, dit-il, tu vois, elle ne souffrira pas de sa réclusion, elle... Ce sera un poids de moins sur ma conscience... Mais toi, chevalier, quelle jolie compagne tu vas avoir là ?

—Ma soeur, disait encore Réjane, ma bonne soeur, que je te remercie... Malgré tes chagrins, tu es heureuse de mon bonheur...

—Tu vois, chevalier, elle est contente, elle... ricana le hideux vieillard.

—Oh! taisez-vous, misérable, n’insultez pas votre victime!..,

— Pourquoi ne chantez-vous pas? demanda doulou-

reusement l'enfant à celui qu’elle aimait. Cest pourtant jour de fête aujourd’hui. Vous voulez que je commencef Ai! bien volontiers !

Et elle fredonna sur un rythme bizarre :

Maman m'avait donné

Un gentil petit coeur,

Mais, moi, je l’ai donné

Vite à moa beau vainqueur! ,

—Réjane, chère Réjane!... s’écria Maurevailles,

— Pansons maintenant, fit la jeune fille en lui prenant la main, j’adore le bal... T’en souviens- ? c’est au bal de l'Opéra que je t'ai vu pour la première fois...

—Oh! cet homme, ce démon, dit Maurevailles en levant le poing vers le magnat, Va-t-en au moins. infâme !

— (C’est vrai, on ne regarde pas ainsi les jeunes mariés, fit l’épouvantable vicillard qui ricanait toujours. D’ailleurs, en voilà assez pour aujourd’hui... A demain, chevalier, je viendrai te revoir, sois-en certain, cria-t-il en se redressant.

Mais à ce moment, une ombre se montra derrière lui.

Le mägnat poussa un eri terrible et vint s’abattre aux pieds de Maurevailles..,

eme

re

prest au

n leme !

Triés, )’ailchel'en

lui.

aux

Le comte, relever.

[l avait la jambe droite cassée.

Instinctivement, Maurevailles regarda quel pouvait être le vengeur inattendu.

La tête ébouriffée et railleuse du nain ricanait maintenant dans l’embrasement de la trappe.

— Ah! ah! fit le petit homme en s'adressant an mafnat, vous ne vous attendiez pas à celle-là, mon doux seigneur ? Vous qui aimez tant à faire enfermer les autres, vous voilà pris à votre tour!

--Le nain s’écria Maurevailles. Ah! nous sommes sauvés! Vite, vite, à nous: une corde!

—Qui est-ce qui est là? dit le nabot en se faisant de la main un abat-jour pour regarder. Ah! diantre! le gentilhomme au manteau rouge qui a de si beaux louis “'or!... Et la jeune demoiselle de Paris! Tiens,

tiens !... C’est donc vous que le vieux voulait garder en cage ?

rugissant de rage, essaya vainement de se

—Une corde, une échelle, un objet quelconque pour sortir d'ici! cria de nouveau Maurevailles sans écouter le verbiage du petit nain, qui se dédommageait amplement de son mutisme forcé. Vite, et compte sur ma reconnaissance,

—Der Teufel! si j’y compte, je crois bien... Mais laissez-moi arranger l'affaire, vous allez voir... Je suis malin, moi, et si j'ai fait plonger le vieux là-dedans, c’est pour qu’il y soit seul et non pas en compagnie...

; ; n ; u ms Rp ee CERTES r + — Ltée . a ae 2 gs de «

res arte fr demie.

ed.

Tout en parlant, le nain travai été chercher une corde

[ait en effet; il avait assez solide pour porter un hom-

me; puis, arrachant une colonne sculptée s’étendait dans la pièce voisine, il lonne en travers de la trappe.

—(C’est ciré, | disait-il en plac la corde,

d'un lit qui avait placé cette co-

a corde glissera comme sur une poulie, ant en effet sur le bois poli le milieu de dont les deux bouts pendaient Jusqu'au sol, Allez, mon gentilhomme, vous n'avez qu'à attacher un bout à votre ceinture, vous vous hissurez aussi facilement que je boirais un verre de vin du Rhin.

Maurevailles avaii saisi la corde. ]

æ Imagnat se souleva de nouveau et s'approcha de lui. .

—Prenez garde! cria le nain en voyant le vieux comte se traîner jusqu'au capitaine, Montez, montez vite !

—AÀ Réjane d’abord, dit le chevalier qui, d'un coup de pied repoussa le magnat,

Réjane, la pauvre enfant! regardait sans Ja comprendre toute cette scène... Sa raison égarée lui représentait des tableaux lantastiques. Quand Maurevailles

, S'approcha d'elle, elle se recula :

— Que fais-tu donc, mon bien-aimé ? murmur d’un ton de doux reproche. Est-ce ainsi qu'on jour de mariage ?.

dent !...

a-t-elle agit, un Nos invités, nos amis nous atten-

—Kéjane !'chère Réjane ! il faut fuir d'ici, fuir, entendez-vous ?

— Fuir? Pourquoi? Ne sommes-nous pas chez nous, dans notre château ?

—Ï1 faut nous sauver, vous dis-je ! répéta Maurevailles en essayant d’entourer la taille de 1a jeune fille avec Ja corde,

—Je ne veux pas... laissez...

Elie s'enfuit à Fautre extrémité de la pièce ; Maurevailles la poursuivit.

homit qui te co-

oulie, eu de I. Al- | bout t que

| soucomte !

coup comepréailles t-elle i “UE tten- 1ten- 1OUS, vail-

avec

ure-

—Ah! ah! ah! dit-elle triomphante, vous ne m’attraperez pas!...

Avec la mobilité d'esprit des fous, elle oubliait son idée de l'instant d'avant pour ne plus voir qu’un jeu dans cette poursuite,

— Vous ne m’attraperez pas, répéta-t-elle en échappant avec la lägèreté d'un oiseau, chaque fois que Maurevailles croyait l’atteindre, je cours mieux que vous

Et elle se mit à chanter :

Courez, courez, beau seigneur, Qui voulez avoir mon coeur !...

Ni par vos richesses,

Ni par vos prouesses,

De moi vous ne serez vainqueur.

Courez, courez, beau seigneur.

—Mon Dieu! que faire? s'écria Maurevailles frappé douloureusement au coeur par cette gaieté navrante en un pareil moment,

— Ah ! disait le magnat en se roulant sur le sol, tu ne pourras la faire sortir d'ici... elle mourra avec moi... je serai vengé!... vengé!...

—Laissez-la, montez, montez donc!... disait de son coté le nain, voyant que Maurevuiiies s’épuisait en eflorts inutiles pour saisir Réjane.

—Non, ce serait une lâcheté... je la sauverai ou je mourrai avec elle!...

Et la poursuite recommencça.

Le chevalier réussit enfin à s'emparer de la jeuve ï!le. IT l'attacha solidement sous les bras et essaya de lon ever.

Mais, ivre de rage, le magnat, malsré l’atroce douleur que lui causait sa blessure, s'était traîné jusqu’auprès d'eux, il saisit les plus flottants de sa robe et s’y cramponna désespérément,

—Faites-le lâcher, faites-le lâcher! cria le du haut de sa trappe un intérêt marqué.

nain, qui, , assistait à toute cette scène avec

Le magnat crispait ses énergie sauvage, contre | vain de réagir,

doigts sur l'étoffe avec une aquelle Maurevailles essava en

—\ ous nous sauverons ensemble, e pendre! hurlait le vieux comte ment, Ou bien

t je vous ferai tous avec un horrible ricanevous mourrez ici avec moi.

Il atteignit et saisit violemment le bras de Réjane à qui ce contact odieux arr

—Misérable !

lâcher prise! ..

Et Maurevailles broya poignet du magnat,

Ce fut une lutte horrible, mêlée d'exclamations de rage et de douleur, lutte désespérée dans laquelle le capitaine, tout en cherchant à maîtr en même temps obligé de veiller en plus terrifiée, 1 veau.

ache un cri de terreur.

rugit l'officier en essayant de Jui faire

dans ses mains nerveuses le

iser son ennemi, était sur Réjane, qui, de plus aisait des efforts pour s'enfuir de nou-

Enfin, le chevalier réussit à se débarrasser du magnat qu'il rejeta violemment à terre,

Tirant sur la corde, il hissa Réjane jusqu’à l’ouverture de la trappe.

— Reçois-la et aide-la à monter, cria-t-i] au nain.

Mais au lieu de répondre, celui-ci poussa un cri de terreur. :

— Prenez garde! fit-il.

Le comte était debout !

Désespérant de se sauver, il avait tiré de sa ceinture un long poignard et allait en frapper Maurevailles.

Celui-ci, les deux mains occupées par la corde qui soutenait Réjane, ne pouvait ni se sauver, ni se défendre,

—Je suis vengé, hurla le vieillard en baissant son arme pour frapper Maurevailles.

joie

ter.

n, qui, e avec

C une ya en

1 tous icane-

ane à faire ses le 1s de le caétait plus nouignat

ertu-

rl de

ture

sou e, \ ar-

I n'eut pas le temps de tuer le chevalier, Prompt com... me l'éclair, le nain s'était emparé d’un lourd tabouret en bois de chêne sculpté et, visant bien, de façon à n’atteindre ni Maurevailles ni la jeune fille, l'avait jeté sur la tête de son ancien maître,

Le magnat s'abattit lourdement.

Sans perdre une seconde, le chevalier fit arriver Ré- Jane jusqu'au plancher supérieur o elle fut reçue par le nain, qui la détacha et rendit la corde à Viuurevailles.

Le magnat étourdi poussait des plaintes sourdes. Maurevailles fut pris de pitié.

— Malgré sa perfidie et ses crimes, se dit-il, je n'ai pas le courage de lui faire subir le sort qu'il me destinaitl..,

—Eh bien, qu'est-ce que vous faites? s'écria le nain stupéfait, Venez, venez donc! Nous ne pouvons rester plus longtemps ici, les autres vont nous surprendre,

— Qu'importe? dit Maurevailles en soulevant le masnat par les épaules pour l’attacher à son tour.

— Ne faites pas cela, dit le nain qui comprit la pensée du chevalier, Ne faites pas cela, pour Dieu, il nous lerait tous massacrer, Je vous le jure, si vous le montez cl, au moment où il arrivera, je coupe la corde.

[l'avait tiré de sa poche un couteau et se disposait à exécuter sa menace,

— Allons, murmura Maurvailles, il le faut.

Et il s'enleva seul jusqu'à l'ouverture.

En le voyant partir, le vieillard sortit un instant de sa torpeur, 1 fit un effort pour se relever.

Mais ses forces le trahirent.

Il retomba avec un gémissement.

Une fois dehors, Maurevailles prit Réjane dans ses bras et l’emporta vers le logement de la marquise.

Pendant ce temps, le nain regardait avee une sombre joie le magnat étendu au fond de la chambre bardée de LEP,

en + FA

mort ?

Un soupir lui prouva que sa crainte était vaine. — Ah! grommela le petit bonhomme, c’est solide, ces vieux-là, Il peut durer encore longtemps. On s’amusera. Le vautour est eu cage, fermons la porte !

Il fit glisser la trappe dans sa rainure et s'en alla en sifflotant.

ne bouge plus, se dit-il avec regret, serait-il

‘(te

po

[l de

Ï vin con l'af ne.

tan:

un

Ï il v fon le r ava

Par les ordres du magnat, le traban s'était occupé de la sépulture des muets, tués dans les souterrains.

Naturellement on ne tenait pas à ébruiter l’affu re, mais encore le comte de Mingréli ne pouvait-il refuser aux cadavres de ces malheureux les bénédictions d'un prôtre,

\près avoir fai! creuser des fosses dans une partie reculée du pare, l’intendant avait prié le curé du villas de venir dire un service,

IL se rendit avec ce prêtre à l'appartement du magnat

pour prendre ses nouveaux ordres.

Le magnat n’était pas chez lui.

L'intendant se mit à sa ‘cherche; chez la marquise de Vilers, on n'avait pas vu le comte, Où donc était-il ?

Le traban alla ensuite auprès du marquis de Langevin, qui, connaissant les projets des Hommes Rouges et comprenant la fureur dans laquelle devait les plonger l'affront qu'ils avaient subi, fut saisi de la crainte qu’ils ne se fussent vengés sur le magnat.

Il donna ordre de les appeler immédiatement. Mais tandis qu'on les cherchait, Maurevailles lui fit demander un entretien.

Le chevalier était pâle. T'horrible scène, dans laquelle il venait de jouer un des principaux rôles, l’avait profondément ému. Tant qu’il lui avait fallu lutter contre le magnat et songer à sauver Réjane, son énergie ne lui

ŒDÉIEL CU D md à paie = iiC ii

avait pas fait défaut.

Le danger passé, elle l’abandonnait.

US

MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART

(ANSI and ISO TEST CHART No. 2)

Il DO “I£ I

ue 32 L F 12

ES

is

APPLIED IMAGE Ine

Page 1