‹ Le serment des hommes rouges [microforme]Chapitre 46 sur 66 · IT · texte numérisé non relu

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Et puis, quoique le pour le faire mourir, :

idée de |

magnat eût tout mis en oeuvre l ne pouvait se résoudre à cette aisser un homme enterré vivant. C'eût été le remords de sa vie,

Il venait tout raconter au marquis de Langevin, et le prier de donner des ordres pour aller retirer le comte de Mingréli de sa tombe anticipée,

Le récit de Maurevailles épouvanta le colonel.

[appela des hommes et dit au chevalier :

—Capitaine, conduisez-moi à la chambre qui est située au-dessus de la cage de fer.

Maïs quand on arriva à cette chambre. on chercha vainement la trappe... Le plancher, lisse et uniforme, ne présentait aucune solution de continuité.

— Cest étrange ! s’écria Maurevailles, C’est cependant 191,

Il s'interrompit. Bien que, comme aspect et comme ameublement, la pièce fut exactement semblable à celle par laquelle il s'était sauvé, il venait de constater certaines différences fort légères...

appartement voisin...

et meublé pareillement,

On sortit pour visiter I était fait sur le même modèle Trois, quatre, cinq pièces semblables furent en vain examinées et sondees, [mpossible des’ reconnaître.

Malgré toute sa bonne volonté, Maurevailles ne pouvait désigner d'une facon précise le salon dans lequel S'ouvrait la trappe.

Ce château était un véritable dédale dans lequel on finissait par ne plus savoir se diriger,

—Je ne vois qu'une chose à faire, dit le marquis de Langevin, allons consulter mademoiselle Réjane...

Peut-être se souviendra-t-elle mieux que vous...

La pauvre enfant, hélas! a perdu la raison.

—Que m'apprenez-vous! Mais consultons-la tout de méme, Elle retrouvera instinctivement l'endroit où elle

In

oeuvre à cette été le

vin, et comte

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a reçu le coup terrible qui a troublé sa raison... Allons la chercher,

On se rendit à l’appartement de la marquise où Maurevailles avait conduit la jeune fille. I fut impossible de rien lui faire dire. Au seul nom du magnat, elle se tordait dans d’horribles crises, dont elle ne sortait que pour divaguer ou se plonger dans une morne torpeur.

Restait le nain. Lui, qui connaissait tous les mystères du château, qui avait suivi le magnat et l'avait jeté dans la trappe, devait savoir où il l’avait laissé,

Mais l’avorton n'était pas disposé à parler. Comme il l'avait dit maintes fois, le magnat était homme à le faire pendre haut et court, aussitôt qu'il pourrait revenir sur terre. C'était une perspective peu rassurante.

En outre ,il s'imaginait servir Maurevailles et Réjane en gardant le plus profond secret,

— Non, non, murmura-t-il en secouant su grosse tête crépue, le vilain oiseau est en cage: il faut l’y laisser. Il est très bien !

—Songe qu’il est blessé, mourant peut-être, dit Maurevailles.

—Oh! il a la vie dure!...

-—Si tu as peur de lui, ne crains rien, je te protégerai, dit à son tour le marquis de Langevin.

—Je n'ai peur de personne..., monsieur le colonel, mais je ne peux pas vous dire où il est... Je ne m’en souviens plus !...

Il n’y eut pas moyen de le faire sortir de là. Prières, menaces, représentations, eurent le même résultat.

—Je ne sais pas, je ne me souviens plus, disait le nain à chaque nouvelle question qui lui était posée.

Et pendant ce temps, le misérable vieillard, privé de lumière et d’air, étendu sur le sol, la jambe cassée, mourait peut-être sans secours !

— Puisqu’il en est ainsi, dit le colonel, il nous reste un devoir à remplir.

Re a meute oem +

— Lequel ?

—Je ne puis m'occuper plus longtemps de ces recherches. [1 faut que je veille au départ de mon régiment. Mais, en l'absence du Mmagnat, la marquise est maîtresse absolue au château.

— (C’est vrai.

— Dès le moment où elle sera informée de la disparition du comte, ce sera à elle de décider de ce qu’il y aura à faire.

— Et peut-être aura-t-elle sur ce nain enragé plus d'influence que nous.

I ne pouvait plus leur rester, en effet, que cette seule espérance,

[ls allèrent chez la marquise,

S'ils s'étaient rendus une heure plus tôt après de madame de Vilers, ils lauraient trouvée tout entière à sa douleur, d'autant plus vive qu'elle s'accusait d’être :a cause de la mort de son mari.

N'avait-elle pas d’abord, se fant aux paroles du ma- &nat, consenti à le suivre dans ce fatal château où le marquis avait dû venir la chercher ?

N’avait-elle pas ensuite, prise d’une folle terreur, lancé elle-même des bourreaux contre son mari qu’elle n’avait pas reconnu, et qui avait fait des prodiges pour arriver jusqu’à elle ?

Une seule personne eût pu désabuser Ja lu. JUIse ; c'était Réjane, qui venait de voir M. de Vilers. Mais Réjane était folle, et les muettes. attendriés pour la première fois de leur vie, n'avaient pas osé la montrer à la marquise.

Madame de Vilers était donc assise auprès de la fenôtre, regardant, sans le voir. le Panorama qui se déroulait jous ses veux.

echeriment.

îtresse

spari- 7 aura

plus

seule

Maman Nicolo et Bavette respectaient sa douleur.

Tout à coup, Haydée se leva brusquement :

--Madame Nicolo, dit-elle d’une voix entreconpée, vous êtes une véritable amie, Je puis compter sur vous, 'êtes-ce pas ?

— Comme sur moi-même!... s’écria la brave femme en passant la main sur ses veux humides.

— Et toi, ma petite Bavette ?

Bavette se jeta à son cou en pleurant...

— Eh bien, poursuivit madame de Vilers, je vous en prie, restez ici quelques jours encore : prenez soin de Réjane; protégez-la contre la colère du magnat... je me fie à vous pour cela... considérez-la comme votre fille.

—Mais, vous!

— Moi, je pars... pour quelques Jours... j'ai une mission à remplir... je profite de la liberté momentanée que me laissent ces événements...

— Vous partez?.., s’écria maman Nicola: mais où allez-vous ?

— Vous le saurez plus tard.

Et après avoir embrassé fiévreusement maman Nicolo et Bavette, la marquise descendit, fit à la hâte seller un cheval dans l'écurie et partit au triple galop.

Le désarroi causé par l'enterrement des muets et par la disparition du magnat l'avait servie en ceci que personne n'avait fait attention à ses actions.

Maman Nicolo et Bavette étaient encore à la fenêtre cherchant à l’apercevoir dans le lointain, quand le colonel et Maurevailles frappèrent à la porte,

Bavette leur raconta ce qui venait de se passer.

Maurevailles pâlit. Une idée terrible se fit jour dans son esprit :

—Si la marquise savait ce qui avait eu lion entre Vi. lers et les Hommes Rouges ?... Si elle était partie pour s’ensevelir dans un cloître ou pour aller mourir dans

un endroit inconnu, afin qu'on ne pût jamais avoir de ses nouvelles ?

Et il était impossible de courir à sa recherche, Le régiment allait se remettre en route pour ne plus &’arrêter cette fois; car la rencontre avec l’ennemi était proche !

Comment et par qui savoir où était allée Haydée?..,

voir de Le rés’arré-

it pro-

ée?,,,

La diane sonnait. Un long frémissement parcourait le camp qui s'éveillait. D'un bout à l’autre du parc, les gardes-françaises, habillés à la hâte, empaquetaient au plus vite leurs effets, pliaient leurs tentes, rebouclaient leurs sacs... Il failait partir...

Dans le château que venaient de quitter M. de Langevin et son état-major, le silence régnait. On se reposait des émotions et des fatigues des jours passés.

Seul, le nain ne dormait pas. Entr'ouvrant avec mille précautions la porte du réduit où il était relégué, il se glissa mystérieusement dans les couloirs. Il allait, assourdissant le brui de ses pas, s’arrêtant à chaque minute pour écouter ; un sourire narquois fendait sa large bouche. ;

[Il marcha ainsi jusqu’à l'office où il s’empara d’un pain et d’une cruche qu’il remplit d’eau.

— Frugal repas, murmura-t-il avec un rire muet,

IT reprit sa route à travers les corridors déserts.

Arrivé à l’aile où la veille Maurevailles avait cherché en vain la salle bardée de fer, il posa son pain et sa cruche et s’orienta. Puis il se mit à examiner, avec un soin scrupuleux, les boiseries des portes.

A la troisième porte, il s'arrêta en avant l’air satisfait de lui-même.

— Voilà mon affaire, murmura-t-il, je trouve tout, moi, tout. Si l'Homme Rouge avait, comme moi, pris la précaution de faire une entaille à la boiserie en sortant,

: il ne se serait pas donné tant de mal pour ne rien trou- Lu ver. .

WE [ ouvrit la porte et alla ensuite chercher le j° in et la dre Ur cruche d’eau, mn uk —Je suis plus malin qu'eux tous, continua-t-il en en- tée 1114 trant, (‘est comme la trappe: qui est-ce qui trouverait fai A ici une trappe ?...

Effectivement, cette trappe, admirablement dissimulée, était impossible à distinguer du reste du parquet. cou [alla à la cheminée, une grande cheminée monumen- let, tale en bois aux larges sculptures. | La —Si je n'avais pas suivi le magnat, se dit-il, je ne sue : l'aurais pas vu pousser le bouton. .. Où donc est-il, ce bouton?,., Ah!le voilà! Ouf"... Que c'est dur!... moi I appuya avec effort sur un des ornements de la che- : 17 minée, La trappe commenca à glisser dans ses rainures. lra ie À —C'est qu’ils voulaient le mettre en liberté !... pour- du suivit le petit homme avec indignation, Ah! non, il est voi { à moi, bien à moi... tiel La trappe était tout à fait ouverte. I] se pencha sur I l'orifice béant : EE — Eh! monseigneur! cria-t-il.

Pas de réponse. vou —Diable ! serait-il mort?... C’est cela qui me chif- vin fonnerait!... Je ne suis pas méchant, moi. Je voudrais ra lui laisser le temps de s'amuser un brin, Eh! monsei- lea gneur, monselgneur, dormez-vous ? exe La Voix rauque du magnat s’éleva, furieuse : = —Qui m’appelle?.,. Ah! c’est toi, bandit, scélérat, lier misérable !... que brai Infâme, brigand, lâche, traître! mes —Allez, allez, déchargez votre colère, cela soulage, : Tenez, moi, quand j'étais obligé de faire le muet, rien ne l'air

me remettait comme d’aller crier dans les coins.

1 trounet la

en en- Lverait

ssimMU= uet, amen- !

je ne -il, ce ie à cheiures, pouril est

à sur

chifdrais Nsei=

—Je te ferai pendre !...

— Ca, vous l’avez déjà dit, c'est monotone. Il ne faudrait pas vous répéter... Et puis, voyez-vous, monseigneur, vous êtes injuste, Moi qui vous apportais la pàté! Car enfin, depuis que vous êtes là, vous devez avoir faim ?

Un sourd grognement lui répondit,

Quelle que fût la fureur du magnat, pris au piège, comme un fauve et obligé de subir les insultes d’un valet, la tentation physique dominait le sentiment moral. La bête maîtrisait l'esprit... La faim domptait l’orueil.

— Donne! dit-il au nain qui lui offrait de quoi ne pas mourir de faim.

— Un beau petit pain, une jolie cruche pleine d’eau lraîche, dit celui-ci en descendant les provisions à l’aide d'une longue ficelle qu'il avait tirée de sa poche. En voilà assez pour faire un bon repas, frugal et substantiel,

Le magnat ne répondit pas. Il avait sauté sur le pain et mangeait avidement.

—Si vous voulez être bien sage, poursuivit le nain, je vous apporterai de temps en temps de la viande et du vin... quand je pourrai en voler à l'office, Mais, il faudra être bien mignon. Sinon, plus rien, rien que de l’eau... L'eau, ça calme les sens, tandis que le vin, ça excite,

—“Ecoute, dit le magnat, cherchant à fléchir son r0lier improvisé. Si tu veux me sortir d'ici, je te jura que je ne te ferai aucun mal...

—Tarare!... Votre premier soin serait de me faire brancher. Je suis bien plus sûr de vous comme nous sommes...

—Au contraire, continua le magnat, je te promets de faire ta fortune. T'u aimes l'or, tu en auras : tu seras ri-

or meurs

che et puissant, tu deviendras un seigneur à ton tour ; Sauve-moi, et tous mes trésors sont à toi!

— Bien sûr ?

Sur mon âme, je te le jure! ….

Eh! Eh! dites donc, votre âme? Elle ne me paraît pas en sûreté... C’est que ce n’est pas tout que de promettre, S1 je vous demandais la lune, bien sûr que vous me la promettriez, Mais après avoir promis, il faut teniret... je n'ai pas confiance,

Puis prenant un ton confidentiel :

— Et puis, voulez-vous que je vous dise la vérité? Il y à longtemps que j'ai besoin de tourmenter quelqu'un, Les hommes sont comme ca, Depuis que je suis au monde, on m'a traité comme un chien. parce que je suis petit, parce que je suis laid, parce que Je suis pauvre, Eh bien, je prends ma revanche... Je n'ai que vous pour cela, Tant pis, je vous garde!..,

— Ah! misérable bandit! rugit le comte.

— Encore? Ah! ma foi, allez, ne vous gênez pas. Je n'ai rien à craindre de vous. Comme vous avez dit, la cage est solide, on S'uscrait les doigts avant d'attaquer ses murs de fer poli... Menacez à votre aise. je suis bon prince, je vons donnerai la réplique.

—Ne chante pas tant victoire, On s’apercevra de mon absence à la longue et on viendra me chercher !...

—Sovez tranquille, on s'en est déjà aperçu, et on vous a cherché partout, Mais c’est de bon ouvrage, votre mécanique: on n'a rien découvert, On s'est dit que vous étiez peut-être parti et on ne s'occupe plus de vous !...

— Mais le marquis de Langevin, mon hôte...

—Le marquis, il à cherché aussi, il n’a rien trouvé. Ce n'est pas comme moi, je trouve tout, Car, il faut que je vons raconte cela pour égayer votre captivité, c'est moi qui at ouvert à M. de Maarevailles le passage secret pour aller enlever la marquise: c’est moi qui l’ai encore ouvert pour la seconde expédition, où vos vrais muets

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ont été si bien étrillés, C’est moi enfin qui ai levé l’éclu- “€ ct provoqué le courant qui a sauvé le marquis de Vilers et le caporal Tony... Eh! ch! eh! n'est-ce pas que Je travaille bien, quand je m'y mets?..,

Le magnat écumait de rage,

— Là, là, ne vous mangez pas le sang comme cela !.., conseilla paternellement le nain, vous allez vous faire du mal. J'en ai bien d’autres à vous apprendre, Vous allez voir, Et tenez, d'abord, entendez-vous ?

Un bruit sourd et régulier résonnait dans le lointain.

—Ce sont les tambours des gardes-françaises qui partent, reprit le nain, S'ils étaient moins loin, vous entendriez leurs chants joyeux... comme vous disiez À Maurevailles, vous rappelez-vous?... Ils partent gaiement, avec leurs officiers, avec M. de Maurevailles, M. de Lavenay, M. de Lacy et... M. de Vilers. Ca vous fait enrager, ce nom?.., Ah! mon bon seigneur, je vais vous dire quelque chose qui vous fera encore plus bondir, La marquise... vous savez bien? celle que vous appeliez votre fille... Elle à pris la poudre d’escampette !

Ce ne fut pas un cri, ce fut un hurlement de jaguar qui sortit de la poitrine du magnat.

— Pour sûr, vous allez vous casser quelque chose dans le gosier, dit le petit homme. Eh bien oui, la marquise s'est enfuie, Ah! c'est que, voyez-vous, depuis que vous vivez iei en reclus, il s'est passé bien des choses. On a signé la paix. Les Hommes Rouges ont ar angé leurs affaires. Le jour où le marquis de Vilers reprendra sa femme, où M. de Maurevailles épousera mademoiselle Réjane avec M. Mare de Lacy et M. de Lavenay comme témoins, je boirai et je manrergi joliment bien. Mais soyez tranquille, je vous apporierai, avant de me mettre à table, deux pains et deux cruches d’ean! Vous aussi, vous ferez bombance!...

Le nain savait bien qu'on était encore loin de la réa-

14 lisation des beaux rêves qu'il faisait tout haut, Mais il A S'amusait tant à torturer son ancien maître !

PE Malheureusement il dut reconnaître qu'il avait dé- Fi: passé le but, Le magnat en effet ne l’écoutait plus, En N { proie à des accès de rage insensée, il se roulait sur je sol 4 k en poussant des cris inarticulés.

JUL Diantre, diantre, se dit le petit drôle, aurals-je été

trop vite en besogne ? Si Je vie : plus de plaisir à causer avec cela, il va finir par se { dr

ux devient fou, il n'y aura lui. Et puis, s'il crie comme aire entendre de toute Or, si le trabun arrivait, c'est vais quart d'heure !. ,

Comme il pensait ainsi, dans le couloir,

la maison, moi qui passerais un mau-

des pas précipités retentirent

Les cris du magnat redoublaient,

Ouf dit le nain, fermons vite la rappe, I courut à la cheminée pour tirer le bouton, qui fai- Fi sait jouer le ressort.

Mais il n'en eut pas le temps.

FAR ; Au moment même où il mettait | LE, à

ton, la porte s'ouvrit brusquement,

a main sur ce bou-

Mais il

vait délus. En ar je s0l is-je été d'y aura comme maison,

In mau-

ntirent

jui fai-

ce bou-

Dans les explications qu’il donna au magnat, le nain n'avait raison qu’à moitié.

On allait partir, mais on ne partait pas encore.

Les tambours et les trompettes, dont le bruit, percant les murs de la cage, parvenait jusqu'aux oreille du comte de Mingréli, n'étaient point le signal du départ, mais annonçaient l’arrivée du maréchal de Saxe et de son escorte.

Car, on s’en souvient, c'était le maréchal de Saxe que les gardes-francaises attendaient à Blérancourt. Il devait prendre, en passant et sans s’arrôter, les deux régiments qu’en sa qualité de colonel-général, le marquis de Langevin avait sous ses ordres.

En arrivant au camp, le maréchal, dn premier coup Voeil, vit qu’on était prêt à partir. Les hommes avaient larme au pied; les tentes étaient pliées, les voitures de bagages et de cantine attelées.

Un sourire de satisfaction éclaira le visage An maréchal, qui, apercevant le marquis de Langevin debout sur le front de bandière, se fit traîner jusqu’à lui pour le féliciter.

Maurice de Saxe, celui qu’on appelait, depuis Fontenov Je glorieux maréchal, souffrait alors cruellement ’une épouvantable hydropisie qui, empêchant de monter À cheval et même de marcher, l’avait contraint à se faire fabriquer une petite carriole d’osier, dans laquelle on le roulait à la suite de l’armée.

Le beau tableau d'Henri À

Commandant à Fontenoy. Sait-on que, après cette batail. le, Louis XV donna au vainqueur le château de Chambord et quarante mille livres de rente? On va voir si le maréchal était digne de cette récompense,

Quand lillustre homme de guerre dut aller rejoindre à Blérancourt les régiments d umarquis de Langevin, Voltaire, témoignant des inquiétude sur sa précieuse santé, l’excita à rester À Chambord.

— Aller aux Pays-Bas. ce serait vous tuer, Jui disait-il.

—TÙ] ne s’agit pas de vivre. monsieur de Voltaire, lui répondit le maréchgal : il s'agit de partir.

Et il se mit en route dans sa petite carriole,

Or, c’est pendant que le maréchal et ] al causaient ensemble. que le torturer le magnat, lui avait porté le dernier couD...

Le vieillard se tordait. hurlant, au fond de la cage de fer où il eût laissé mourir Maurevailles et Ré

Le nain s’amusait énormément,

Mais qui venait ainsi. tont à peut-être venger sa victime ?

Le nain, voyant Ja porte ouvrir, s'était élancé dans la cheminée. L’imminence du danger lui avait sugréTé une idée; celle de grimper dans le tuyau où. petit et malingre, il se fût facilement glissé.

Mais, au milieu du tuyau, deux grosses barres de fer défendaient le passage,

Impossible d'aller plus haut.

Or, le nouvel arrivant n’était autre que Maurevailles

Le chevalier, nous l'avons déjà dit, n'avait pu. sans répugnance, abandonner le magnat À cette mort affreuse. T1 Peût, sans remor:

Totte nous le montre ainsi

e colonel-rénénain, prenant plaisir À

jane.

coup, Pinterrompre et

Âs, cloué de son épée contre nne porte, T/idée de le voir mourir de faim le faiaait fris. sonner.

Quand il s'était sauvé avec Réjane, il avait tenté vai.

nement d’arracher le vieillard à ce sépulere anticipé.

re ainsi Nous l’avons vu ensuite chercher, avec le marquis de dl > batail- Langevin, la chambre où était pratiquée la trappe, cham- | Cham- re qu'il n'avait pas trouvée, n'ayant pas eu, comme le )ir si le nain rusé, l’idée d’en marquer la porte. Profitant de l'heure de répit laissée au régiment avant

joindre départ, Maurevailles revenait seul, pour porter une ngevin, ‘roisième fois, secours à son ennemi vaineu. 18e san- Comme il cherchait à S'orienter, des cris affreux frap-

perent son oreille, C’était la voix du Imagnat qui, pasisait-1l. sant par la trappe ouverte, arrivait jusqu’au dehors.

ire, lui

, Maurevailles n'hésita pas. Il ouvrit Ja porte par laquelle Jui semblaient venir les cris.

Il aperçut la trappe ouverte, Quant au nain, il était toujours sau milieu de la cheminée.

Monsieur le comte ,dit Maurevailles en se penchant

]-vénéaisir à

Ds sur la trappe, je viens vous sauver!

age de [se releva frappé d'horreur. Le magnat, dans dhor- 1e. ribles spasmes, se roulait sur le sol sans paraître tenir compte des souffrances que « ait lui causer sa jambe pre et cassée, d'où à chaque mouvement jaillissait un sang noir. Une écume sanguinolente frangeait + lèvres. Ses yeux 6 dans ixes sortoient de leurs orbites : sur son crâne dénudé, de uggéré rares cheveux blancs se dressaient... 1] se traînait conet ma- “ulsivement, par saccades, hurlant plutôt qu’il ne criait, adressant d’une voix devenue inintelligible, à des êtres de fer jue Jui seul voyait, des supplications, des insultes et des nenaces; frappant du poing les murs de fer et retomant découragé, en proférant un blasphème, pour reailles commencer la minute d’après.

. Sans -0h! cest horrible! s'écria Maurevailles. fFreu- A la voix du chevalier, le nain dégringola de la chee une minée et s'élança vers lui, espérant recevoir ses félicita- | fris- tions, — Une échelle, vite, une échelle! lui commanda Mau- 6 vai- revailles.

icipé. —Que voulez-vous faire ?

—Que t’importe? Allons, vite, le temps presse! , Dominé par l'accent impérieux de |

a voix du capitaine ,le nain se hâta d

aller chercher une échelle mince et longue, que Maurevailles fit passer par la trappe.

Le nain n'avait pas été long à la trouver, mais les miiutes Ctaient des siècles pour le magnat. [£n voyant l’extrémité de l'échelle, il poussa un eri de Joie. Les bras tendus vers elle, dans l'attitude de l'extase, il la regarlait descendre lentement.

Quand le premier échelon arriva à hauteur d'homme, le Vicillard gaivanisé fit un effort surhumain : Va sur sa seule jambe valide’et pied de échelle, S'y cram/}

il se relesaisit fiévreusement le onnant comme un noyé se cramponne à la corde qu'on lui jette, il appliqua inconsciemment un baiser furieux à l'instrument de son ga- (UE...

Mais tout à coup les nerfs se détendirent. Un son rauque s'exhala de son gosier. [1 lâcha l'échelle, battit l'air de ses deux bras et tomba comme une masse.

Il était mort.

La rage, causée par l’insuccès de ses projets et par les insultes du nain, avait encore aigri son sang... Les eflorts qu'il avait faits pour se sauver avaient aggravé sa blessüre... Le mal physique et le mal moral ayant réuni leurs atteintes, une attaque de tétanos venait d’emporter le magnat.

—Allons, dit Maurevailles, il n'y Au bout du compte, il vaut peut-être mieux qu'il en soit ainsi. J’ai tenté tout ce que j'ai pu pour lui porter secours. Sa mort ne sera pas sur ma conscience. .

— Ni sur la mienne non plus, ma foi, dit en ricanant le nain,

a plus rien à faire.

—D'ailleurs, pensa le chevalier. il me semble inutile

iii U CIC de faire savoir ce qui vient de se passer... L'armée va partir, je ne puis rester plus longtemps. Le magnat est mort et ne mérite guère qu’on se dérange pour lui faire

“Je

capitainince et s les miint l’ex- Æ£s bras 1 regar-

homme, se relenent le noyé se | inconson sa-

on rauit l’air

par les Les ef- ‘avé sa nt réu-

d’em-

faire.

en soit ter se-

anant nutile iée va at est faire

des funérailles. IT est bien ici, ajouta-t-il tout haut, qu’il v reste,

-Amen, dit le nain en repoussant la trappe et en suivant Maurevall qui avait gagné la porte. Si jamais on le trouve, je ‘:ux bien devenir cardinal! s’écria-t- |, en sortant, avec un éclat de rire.

Le capitaine s’éloigna à grands pas pour rejoindre sa compagnie, Le nain resta seul.

Voilà le maître enterré, se dit-il. Personne ne sait où ilest, C'est le traban qui va s'occuper de diriger le château, Or, comme le traban commence à croire que le vieux est parti avec la marquise, il va bientôt se consoler le l’absence de son maître avec son système habituel, l’eau-de-vie de Dantzig... Chacun son goût; mois je préfère le vin de France... Mais, en attendant, nous allons être, à nous tous, les maîtres, les vrais maîtres du château. Nous allons bien nous amuser!

Les tambours battirent aux champs. Avant le départ, le maréchal et le marquis passaient devant les troupes.

—(Ca m’émotionne, murmura le nain, d'entendre ces tambours. Pour un rien, si je n’étais si petit, je m’enrôlerais dans les gardes-francaises, avec les Hommes Rouses... Malheureusement, il faut cinq pieds six pouces

t je n'ai guère plus que les deux tiers de la taille... Si cette brave maman Nicolo voulait de moi pour employé ?

Il était arrivé aux cuisines et profitant de nouveau du désarroi général, il se versait coup sur coup de grands verres de vin de Bourgogne.

-Vrai Dieu! disait-il tout haut avec un enthousiasme croissant... C’est une belle femme, maman Nicolo, haute en couleur et bien plantée... Elle a des bras solides

t fe rait joliment respecte FE homme qui saurait lui plaire. Et pourquoi ne jui plairais-je pas ? Sarpejeu, pour n'être pas aussi long que tous ces escogriffes, je n’en suis pas plus laid... et puis, je suis un malin, moi!... Eh!

sés, du moins indéfiniment ajournés.

ch! j'ai envie d’aller demander maman Nicolo en mariage !

Il avala une nouvelle rasade. Sa ligure blème prit des tons violacés,

— Positivement, continua-t-il, on s'ennuie au château. On n’a personne avec qui causer... Je ne suis pas bavard, mais je sais parler quand il le faut. Lei, il n’y a que des infirmes... pouah! vilaine société! A l’armée, au contraire, il y a de bons vivants, buvant sec et souvent. . Je ne suis point ivrogne, mais j'aime à boire un verre de vin avec un ami... Quand J'aurai épousé la vivandière, je pourrai trinquer avec mes anis, avec les gardes-françaises, tant que cela me fera plaisir!... Hourra! c’est dit, j'épouse maman Nicolo!.…

Le bout d'homme, se levant tout titubant, sortit du château afin d'aller exposer sa demande. Sous l'influence du bourgogne, il voyait tout en rose et ne doutait pas un seul instant qu’on pât le refuser.

Mais, en bas une singulière surprise l’attendait.

Tandis que d’un côté les gardes-françaises défilaient pour rejoindre la frontière, de l’autre, dans le carrosse du marquis de Langevin, le carrosses qui suivait l’armée et où, en temps ordinaire, selon l’usage de l’époque, ie colonel passait la nuit, maman Nicolo, Bavette et Ré- Jane se disposaient à partir du côté de Paris.

Ne sachant ce qu'était devenue madame de Vilers, le colonel n’avait pas voulu laisser la pauvre enfant, toujours folle, aux mains de l’intendant du comte. Ne pouvant pas non plus l’emmener &vec lui, il avait offert son carrosse à maman Nicolo pour la reconduire à Paris, à Phôte Ide Vilers, où se trouvait toujours le bon Joseph

dont la pauvre enfant parlait souvent. La même voitu-

LÉSSES ESS la Fa Ÿ Forrar: DE: }. * à n EE à re, CR TejOISRANT i AFHiCC, ÿ ramenerait la vivandière et

sa fille.

Les projets matrimoniaux du nain étaient, sinon bri-

TH

en marit des

hâteau.

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| verre vivanès gar- Hour-

‘tit du ifluenuit pas

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—Peuh! se dit-il avec la philosophie de l’ébriété, je vais rester au château... Si je m’y ennuie, j'irai rejoindre les soldats au pays des têtes carrées!

Il rentra à Blérancourt et, du haut des remparts, suivit longtemps des yeux le régiment qu: s’éloignait.

En route Je marquis de Langevin. voyant marcher près de Tni, triste et abattu, le pauvre Tony qui, de Paris, était parti avec tant d’enthousiasme, lui demandait malignement :

- Penserais-tu donc à Bavette, enfant ?

Tony rougit. Mais il répondit :

— Non, pas en ce moment. Je cherche à deviner où À peut être allée la marquise...

Pendant ce temps, Lavenav disait À Maurevailles : Tu es content, toi?...

Content? Entre la marquise et moi, se place l’imae de Ta pauvre petite Réjane, devenue folle... Ah! je vondrais que la première balle fût pour moi...

ET Tacy ajouta :

—N'allons-nous pas apprendre, en arrivant dans les Pays-Bas, comment s’est fait tuer pour nous ce pauvre Vilers ?

Et, pendant ce temps-là, les hommes chantaient iovensement,, se réjouissant de chaque pas qui les r'approchaïient de l’ennemi...

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