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où nous sommes, c’est le burg du Margrave, situé en pleine forêt.
— C'est vrai, dirent plusieurs officiers qui ave ont déjà fait la guerre contre les Imjériaux et conne. «ent les plus petits coins des Pays-Bas.
—Le burg du Margrave, continua M. de Langevin, est une forteresse bâtie sur un rocher. Une garnison de mille hommes y tiendrait en échec, tant qu'elle aurait des vivres, toutes les armées du monde,
Un officier de l'état-major du marquis secoua la tête,
— Par conséquent, dit-il, on ne saurait songer à s’en emparer.
- Bah! fit le marquis.
Et comme l'officier le regardait avec un air d’étonnement :
-—Tenez, dit-il, moi qui vous parle, j'ai mis dans ma tête que le burg du Margrave. serait à nous.
—Ah! fit un vieil officier, c'est difficile, général,
—Et pas plus tard que la nuit prochaine...
les officiers hochèrent la tête.
—Messieurs, di: le marquis, il nous le faut.
—Et vous l'aurez, s’écria un jeune homme.
C'était un cadet, un simple cornette du régiment de Bourgogne, un garçon imberbe et qui n’avait pas vingt ans.
Le marquis le regarda.
—Tiens, dit-il, c'est vous, du Clos.
Le cornette du Clos était un jeune gentilhomme fort riche, fort brave, qui n'avait que dix-huit ans quand il s'était distingué dans trois batailles rangées,
—(C’est moi, général, répondit-il avec assurance.
— Vous prendrez le fort de Margrave, mon jeune coq ?
—Je le prendrai.
—Hé! hé! fit le marquis, il n’y a rien d’impossible à cela; car, vrai Dieu! la victoire est une catin qui 4 toujours eu un faible pour la jeunesse.
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= Les vieux officiers rongcaient leurs moustaches et souriaient d'un air plein d'incrédulité.
— Eh bien, dit le colonel, qui s'y connaissait en hommes et Jugeait les bre
aves d’un coup d'oeil, je veux bien Compter sur vous, du Clos. Nous allons délibérer sur vos moyens (l’action !
Mais le cornette fit la moue:
—Sauf le res je lui ferai obser guise,
— Ah! ah!
- Et si on veut me donner dix hommes Jeune du Clos.
pect que je dois à mon général, dit-il,
ver que Je désire agir absolument à ma
..., reprit le
—Pour quoi fa:::? demanda le colonel de Langevin.
— Mais, dit le dre le fort,
Cette fois, les
cornette avec sang-froid, pour pren-
vieux officiers qui entouraient le marquis se mirent à rire de tout leur coeur.
—Dix hommes que je choisirai, ajouta le cornette avec calme,
Et comme on riait toujours, il ajouta :
— Commandés par un sergent,
-—Quel sergent ?
—Ah !'mon général, dit le cornette, mon sergent n’est que Caporal; mais je vous supplie de le faire sergent pour la circonstance,
—Comment le nommez-vous ?
—Îl s'est battu tout le jour comme un lion et il a tué de sa main un officier impérial qui avait six pieds.
— Mais... son nom ?
— 1 a dix-sept ans, continua du Clos.
— Ce cornette est fou, murmura un capitaine qui tortillait sa moustache blanche.
—Et, poursuivit le cornette, je vais le présenter à Votre Seigneurie, Sur ce, le cornette souleva la portière de la tente et dit au soldat de planton :
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— Allez me quérir le caporal Tony.
— Tony? fit M. de Langevin étonné.
—Oui, mon général,
— Vous voulez le faire sergent ?
—S'il plaît à votre Seigneurie.
—Mais c’est un enfant...
Et, tout en faisant cette réflexion, le marquis de Langevin laissait percer sous sa moustache un sourire de satisfaction. Il était fier de son Tony.
— Bah! dit le cornette, je l’ai vu à l'oeuvre et je réponds, mon général, qu’il est dans le chemin par où passent les maréchaux de France!.
—Décidément, murmura le capitaine à la barbiche blanche, c'est le monde renversé! On fait des sergents de dix-sept ans et on charge les cornettes de prendre des forts. .
Tandis que le vieil officier maugréait, le caporal Tony entra.
— Tony, lui dit froidement le colonel-général, le cornette du Clos vous a vu au feu et me demande pour vous les galons de sergent. Je vous les donne.
—Mon colonel! s’écria le jeune homme avec effusion.
—Vous me remercierez en vous battant mieux encore.
Et se tournant vers le Cornette du Clos, le marquis ajouta :
— Eh bien, soit, du Clos, prenez avec vous Tony, je veux vous laisser tout l'honneur et tout le soin de votre entreprise.
Du Clos s’inclina en signe de reconnaissance et se retira pour réunir les dix hommes qu’il avait demandés.
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Si le cornette du Clos n'avait voulu faire connaître son plan ni au maréchal ni au marquis de Langevin, c’était par suite de deux sentiments bien opposés: la modestie ct la vanité.
On en aura la preuve tout à l'heure.
A l'arrivée du régiment de Bourgogne auprès des Cinq-Etoiles, le jeune cornette s'était dit que, malgré son joli nom, le lieu manquait de charme,
Les promenades en forêt ou sur lEscaut, outre qu'elles étaient dangereuses, lui semblaient fort monotones. Du Clos n'était pas grand buveur: il n’aimait ni les cartes ni les dés... En dehors de la bataille et des jours de grand'garde, il voyait peu de chances de passer gaiement la campagne.
Mais voilà qu'aux environs du camp, il avait un soir rencontré une fillette rose et blonde, au front pensif, aux cheveux cendrés tombant en longues nattes sur son corsage de velours brodé, la plus appétissante des Greetchen passées, présentes et à venir.
Etait-ce l’occasion tant désirée ?
—Parbleu, se dit le jeune homme, si les gardes-françaises, n0s joyeux compagnons, prétendent que chez eux : On fait l'amour, tout le jour... je ne vois pas pourquoi le régiment de Bourgogne n'aurait pas les mêmes privilèges... Palsambleu, la jolie fille ! T1 serait dommage de la leur laisser... Du diable, si je ne lie pas tout de suite connaissance avec elle,